486 – QUE LA FÊTE COMMENCE !

Posted on décembre 2, 2013 par

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La ruée vient de commencer. La chasse aux cadeaux est ouverte et chacun se précipite pour acheter des choses dont nous n’avons pas besoin avec de l’argent qu’il n’a pas !…

 

La saison des achats de Noël nous offre un exemple parfait d’hystérie collective qui s’exprime sous une forme de frénésie d’achats plus ou moins somptueux et le plus souvent inutiles. Pour vous en convaincre, il suffit d’entrer dans la chambre de n’importe quel enfant occidental pour constater l’ampleur du ridicule. Elle est généralement encombrée d’une multitude d’objets que certains dénomment « jouets » et qui s’amoncellent en tas hétéroclites qui s’agrandissent à vue d’œil, au fil des jours. Et, lorsque l’on est grand parent, on se demande ce que l’on va bien pouvoir ajouter à cette caverne d’Ali-Baba. Faire plaisir à l’enfant est devenu une mission quasi impossible. L’enfant est devenu le symbole de notre société de consommation, gavée, repue et blasée.

Nous sommes ainsi élevés avec cette idée que le superflu va nous apporter un supplément de bonheur. Nous bâtissons notre identité grâce aux objets que nous possédons et les marques prestigieuses que nous vénérons semblent nous apporter plus de respectabilité. Ce qui importe désormais, ce n’est pas le goût du Champagne que nous boirons à Noël mais l’étiquette qui figure sur la bouteille. Un cadeau n’a plus besoin d’être beau, ni d’être utile, il faut simplement qu’il soit estampillé aux armes d’une marque célèbre et luxueuse.

Le nouveau magasin Cartier à Genève

Le nouveau magasin Cartier à Genève: le palais des illusions…

Le luxe, en effet, est devenu le maître mot. Nous avons si peu confiance en nous et de notre richesse intime que nous avons besoin d’éléments extérieurs pour nous apporter un supplément de valeur. Désormais nous jugeons nos amis et relations à l’aulne de ce qu’ils portent comme signes extérieurs de richesse. La voiture, les vêtements, les bijoux et, bien sûr la montre ! Il y a longtemps que les montres ne sont plus évaluées en fonction de leur fiabilité et de leur précision, mais en fonction de leur prix. Chacun sait désormais que si vous portez une Rolex à 10.000 euros c’est que vous avez réussi votre vie mais, si hélas, vous vous contentez d’une montre à 50 balles qui vous donne néanmoins entière satisfaction, c’est que vous êtes plus ou moins un minable !

Il faut arpenter les « malls » gigantesques de Dubaï, ou déambuler le long du faubourg Saint-Honoré à Paris, ou bien flâner rue du Rhône à Genève, pour se faire une idée de l’ampleur du business du luxe. Les superlatifs et le gigantisme sont au rendez-vous. Cartier vient de tripler la surface de sa boutique avec 2100 m2 rue du Rhône et Chanel se développe désormais sur cinq étages dans la même rue. Chacun rivalise de clinquant, de luxe, de dorures et il faut que la richesse dégouline, comme un trop-plein.

La malle Vuitton sur la Place Rouge

La malle Vuitton sur la Place Rouge

 De son côté Louis Vuitton voulait s’offrir la Place Rouge, à Moscou, sur laquelle trônait une immense malle qui cachait les dômes dorés de la cathédrale Saint Basile et masquait l’entrée du mausolée de Lénine. Finalement Vuitton fut obligé de démonter cette malle géante de 30 mètres de long qui enfermait un magasin de vente! Les marques de luxe s’affichent dans les lieux les plus prestigieux qui rehaussent encore leurs renommées. Le luxe, pour être le luxe, a besoin d’être envahissant, hautain et méprisant pour tout ce qui lui est étranger. Il y a une insolence du luxe qui nous irrite et qui nous fascine en même temps. Nous critiquons ce que, au fond de nous, nous envions.

Les économistes ont déjà sorti leurs calculettes pour savoir si le cru 2013 sera aussi bon que les précédents et supputent déjà que, au milieu d’une grave crise économique, les achats de Noël établiront un nouveau record, surtout dans le luxe. Nous sommes incorrigibles ! Allez… vous prendrez bien encore une part de gâteau au chocolat avant de partir faire vos achats. Mais si, vous allez y arriver, et mettez un peu de crème Chantilly par-dessus !

La ville d’Aspen,  dans le Colorado, est considéré comme la ville qui compte la plus grande concentration de riches et il paraît qu’ils sont « malheureux comme des pierres », écrit un psychologue qui habite là-bas. « Les femmes ont toutes le même air étrange- des sorte de robots femelles- parce qu’elles ont toutes le même chirurgien esthétique. Les hommes sont tous si occupés avec leur travail, à gagner de l’argent, qu’on ne les voit que durant le week-end. Ils en sont à leur deux ou troisième mariage et les enfants sont complètement perdus ». Et vous savez quoi ? Eh bien, le taux de suicide à Aspen est de quatre fois la moyenne nationale ! Allez comprendre…

Faites donc vos achats de Noël le cœur léger. Vous savez bien, au fond de vous, que le cadeau qui fait plaisir est celui que vous avez choisi avec votre cœur et non pas avec votre porte-monnaie…