548 – BARBARIE: IL FAUT REMONTER AUX CAUSES

Posted on janvier 19, 2015 par

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Oui, il faut parler du sujet qui occupe tous les esprits depuis cet horrible 11 Janvier 2015. On parle de barbarie qui déshonore l’espèce humaine ! Je me permets de vous inciter à lire ce que nous écrivions il y a quelques semaines à propos de la barbarie qui n’est malheureusement l’apanage de personne, mais au contraire largement partagée par beaucoup…(533 – D’Où VIENT LA BARBARIE ?) .

Mais ce qui nous intéresse ce sont les causes. Les conséquences, nous les connaissons et n’y pouvons pas grand chose, mais bien peu de commentateurs parlent des causes. Il ne suffira pas de défiler dans les rues pour les amender. Comme toute maladie, la violence haineuse a des causes et il convient d’agir sur ces causes. Il existe des causes immédiates et aussi des causes plus lointaines. Comme dans toute maladie grave les causes sont multifactorielles.

On peut déjà s’étonner que les frères Kouachi, dont tout le monde savait qu’ils revenaient d’un entrainement militaire au Yémen, pouvaient continuer à vaquer à leurs occupations, comme s’ils revenaient d’un séjour au club-Med. Cette étrange naïveté est une faute grave. Que dire du compère Amedy Coulibaly qui avait été condamné à 5 ans de prison en 2013 et, quelques mois plus tard, pouvait tranquillement se promener dans Paris avec une Kalachnikov sous le bras ? Le laxisme de la justice face à la grande délinquance apparaît ici dans toute son ampleur…

Coulibaly lui-même avait dit : « la prison est la meilleure école du crime ». Cette phrase en dit long sur l’état des prisons françaises et, surtout, elle montre que la prison n’est probablement pas la meilleure réponse face à la délinquance des jeunes. Laisser des jeunes pendant des mois dans des conditions insalubres et dans une grande promiscuité, c’est favoriser la fermentation de la haine et du ressentiment et finalement exacerber la violence. On ne traite pas la violence par la violence mais par l’éducation et le travail. Il faut réinventer des centres de travail pour jeunes délinquants et leur proposer un enseignement, un apprentissage, une rééducation. Sinon les prisons françaises continueront d’être un centre d’entrainement et de formation pour de futurs criminels.

images Il faut aussi parler du ressentiment des banlieues, zones de non-droit, abandonnées à elles-mêmes, où les jeunes, après une scolarité durant laquelle ils n’ont rien appris, se livrent à toutes sortes de trafics et progressivement se transforment en délinquants. L’école est devenue l’école du laxisme, sans que s’exerce une autorité capable de se faire respecter. On ne respecte que ce qui mérite le respect. Ensuite, naturellement, le monde du travail est fermé pour ces jeunes sans formation et qui n’ont jamais appris la discipline la plus élémentaire. Ils se sentent exclus, même s’ils ont eux-mêmes tout fait pour cela. Le journaliste Nordine Nabili, directeur du Bondy-blog, écrivait cette semaine : «  Même les jeunes des banlieues qui travaillent dur n’arrivent jamais aux postes clés parce qu’il s’appellent Mohamed ou Malika. Dans les banlieues 45% des jeunes sont au chômage. La France reste sourde à ces problèmes. Il est temps de mettre le doigt sur nos failles ». L’humiliation et le ressentiment font surgir la haine.

 Il faut aussi parler de la liberté d’expression, d’une part, et du sacré d’autre part. Il y a quelques années, nous avons déjà réfléchi sur le sacré lors de la parution du très beau livre de Régis Debray « Jeunesse du sacré ». (voir 248 – VICISSITUDES DU SACRE). Le sacré a toujours été au cœur des sociétés humaines et n’est pas nécessairement lié au religieux. Le sacré peut être profane, comme le drapeau, la mémoire de nos ancêtres, la tombe du soldat inconnu, un symbole. Chaque communauté possède son domaine sacré, qui constitue le cœur de sa culture, inaliénable, et qu’elle peut être prête à défendre au péril de sa vie. De tous temps le blasphème et le sacrilège ont constitué des actes graves. Lors d’une précédente chronique nous écrivions : « Aucun citoyen ne peut tolérer que l’on piétine son drapeau, ni que l’on raille la religion de ses ancêtres. C’est comme si on lui crachait à la figure » (215 – LES FOUS DE DIEU). Dans cette perspective, il est clair que Charlie Hebdo a manqué de vigilance et de modération. Cet hebdomadaire satirique, sous couvert de plaisanterie, a souvent donné l’impression de semer la haine et le mépris de l’autre. A cet égard, la loi française, à géométrie variable, est ambiguë puisqu’elle permet l’invective des Chrétiens et des Musulmans mais interdit la même chose vis à vis des Juifs et des homosexuels. Cette différence de traitement participe au ressentiment et à l’exclusion. A cela il faut ajouter que Charlie Hebdo, dans une ultime provocation, a une nouvelle fois prouvé, la semaine dernière, qu’il est réellement « un journal bête et méchant« . Pour toutes ces raisons «Je ne suis pas Charlie ».

Il est des causes plus lointaines qui constituent les racines de ce que l’on pourrait appeler le « syndrome musulman » qui touche l’ensemble des musulmans du monde entier. Il s’agit à la fois d’une sorte de complexe d’infériorité et de sentiment d’humiliation vis à vis du monde occidental. Les exactions permanentes et impunies des Israéliens vis à vis des Palestiniens attisent ce sentiment. De même les actes de barbarie commis par les américains en Irak, en Afghanistan ou dans la prison de Guantanamo apportent de l’eau au moulin de ceux qui parlent de deux poids, deux mesures ! Sans compter les drones américains qui, chaque jour, tuent des femmes et des enfants au Yémen et au Pakistan. Quand les maîtres du monde se croient tout permis, toutes les lois peuvent être transgressées et aucune valeur ne mérite le respect.

Enfin, il faut aussi parler de l’extrême laxisme des européens vis à vis de l’immigration de masse en provenance des pays islamiques. Cet afflux non maitrisé d’une population jeune, sans formation, et difficile à intégrer, a généré des ghettos de désespoir. Il est coupable de laisser venir des gens alors que l’on n’a rien à leur offrir et aucun espoir à leur proposer. Les gouvernements européens peuvent prendre la mesure de leur faiblesse et de leur lâcheté en ce qui concerne l’immigration.

On peut se demander si la cause la plus profonde et la plus grave ne proviendrait pas tout simplement de la faiblesse des démocraties occidentales, dépourvues de valeurs sacrées et en manque d’âme. Elles ont perdu tout sens du sacré et ne supportent pas les cultures qui, au contraire, le chérissent ; elles se croient donc permis de les insulter. « Ce n’est ni le matérialisme, ni la science, ni la laïcité, ni le consumérisme qui vont sauver l’occident », écrivions-nous dans une chronique dont je me permet de vous recommander la lecture (470 – L’ISLAM EST CONQUERANT). L’agressivité de la mouvance laïque en France et le harcèlement permanent contre les religions ont créé un climat d’affrontement. La stupide interdiction du voile islamique ainsi que la mariage des homosexuels ont été considérés comme des provocations. Plus que jamais la société française est fracturée et dans l’attente d’une confrontation plus vaste.

Il n’en demeure pas moins que l’attaque meurtrière contre Charlie Hebdo est atroce et intolérable. Pour cette raison, je suis solidaire de Charlie Hebdo, sans cautionner ses publications. Mais il convient, avant tout, de comprendre les sources profondes de cette haine, afin d’y remédier par une action globale, à chaque niveau du faisceau de causes qui ont généré ces meurtres abominables.

 

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