579 – LES PRISONS PSYCHIQUES

Posted on août 24, 2015 par

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Nous croyons être libres de nos pensées et de nos actes. Mais, bien souvent, nous sommes façonnés et orientés, à notre insu, par des influences extérieures qui nous dictent nos façons de vivre, de penser et d’agir. Il est même fréquent que nous soyons notre propre geôlier psychique qui surveille et contrôle notre vie : comment tout cela est possible ?

images-1Nous ne sommes jamais tout à fait sûrs que nos choix nous appartiennent. Beaucoup de nos attitudes quotidiennes ne sont que le fruit de modes, plus ou moins éphémères, que nous suivons aveuglément, c’est-à-dire sans avoir conscience que nous ne faisons que suivre « ce qui se fait », sans jugement critique. A cet égard la publicité joue un très grand rôle, de façon très insidieuse, on pourrait dire clandestine. Les spécialistes de la communication savent très bien dicter nos choix, en nous laissant croire que c’est nous qui avons choisi. L’influence des media sur nos choix politiques est, à cet égard, primordiale.

Par ailleurs, beaucoup de nos opinions, même celles que nous croyons les plus personnelles, comme les engagements religieux ou politiques, ne sont que des répétitions familiales, des fidélités inconscientes à des traditions que nous ne voulons pas remettre en cause et que nous suivons en nous persuadant que ce sont nos choix. Nous sommes imprégnés, jusqu’au plus profond de nos cellules, par notre culture. Ce que nous avons entendu dire dans notre enfance a pénétré en nous, comme dans une éponge, à une époque où nous n’avions pas encore de jugement critique. Nous restons marqués à jamais par cet environnement et, le plus souvent, par confort personnel, nous ne le remettons pas en cause. Notre liberté est alors tout à fait illusoire et le vote démocratique est souvent dicté par notre fidélité familiale. De la même façon, prendre le contre-pied systématique de sa culture familiale et la combattre, c’est encore en tenir compte et en être prisonnier !

Cette fidélité familiale inconsciente peut être beaucoup plus destructrice. Il peut arriver que nous « répétions » des attitudes parentales nocives, sans nous en rendre compte. Ainsi, beaucoup d’alcooliques sont des enfants d’alcooliques, beaucoup de femmes battues avaient un père violent, beaucoup de pédophiles ont été victimes avant d’être bourreaux, etc. Comment peut-on avoir souffert d’une attitude et la répéter soi-même ? C’est un des grands mystères de la psychologie. Nous sommes parfois comme enchainés à notre destin, prisonniers d’une filiation généalogique. Il est nécessaire d’en prendre conscience pour s’en évader.

images-2L’endoctrinement est une autre façon de perdre sa liberté psychique. C’est le danger de tout militantisme, comme on peut le constater dans nombre de mouvements politiques, religieux ou syndicalistes. Il n’y a pas que dans les sectes où l’on rencontre des gourous ! Il suffit d’écouter les slogans, les phrases toutes faites et le bourrage de crânes auxquels sont soumis les adeptes d’un mouvement pour observer cette aliénation. Un individu peut garder son jugement personnel lorsqu’il est seul, mais peut le perdre dès qu’il est en groupe. Il se produit une sorte d’osmose entre les individus qui perdent leur différentiation et sont alors vulnérables à n’importe quel lavage de cerveau et sont prêts à répéter les slogans qui leur sont dictés. L’observation d’une manifestation est,à cet égard, instructive; on constate que les foules sont particulièrement dangereuses car elles broient tout jugement critique qui est emporté par une sorte d’hystérie collective.

Cette décérébration peut aussi s’exercer en famille, dans des circonstances particulières, qui rendent un sujet vulnérable à l’influence d’un autre. Certains caractères ont cette tendance à vouloir prendre le contrôle psychique sur les autres, comme pour mieux les façonner. Il existe des pères ou des mères qui exercent une sorte de tyrannie sur un enfant, même s’il s’agit d’une tyrannie douce, mais qui ne laisse aucun espace de liberté psychique à l’enfant. Un mélange de surprotection et de contrôle permanent laisse l’enfant dans une sorte de dépendance dans laquelle sa personnalité ne peut s’épanouir.

Un phénomène du même ordre peut être à l’œuvre à l’intérieur d’un couple dans lequel l’un des deux cherche à prendre le contrôle sur l’autre. Même si ce processus est inconscient, il aboutit à une sorte de mise sous tutelle où l’un peut devenir une sorte de zombie au service de l’autre. D’une certaine façon il croit être consentant, mais en fait il a perdu toute liberté psychique à l’intérieur du couple. Cet abus de pouvoir est en général le fait de personnalité de typologie paranoïaque, qui cherche à compenser une très grande fragilité intérieure en écrasant l’autre. Il s’agit d’un attachement morbide qui flirte avec le sado masochisme et qui est extrêmement autodestructeur pour le couple.

images-3La perte de la liberté psychique est également à l’œuvre lorsqu’un individu est sous la dépendance de l’alcool, de la drogue, des jeux, du tabac ou même du sport. Cette dépendance peut atteindre des degrés divers, mais elle est extrêmement pernicieuse car le sujet est rarement conscient qu’il est dépendant. Il se croit libre d’arrêter quand il veut et c’est cette illusion qui le rend vulnérable !

A la limite, sous sommes tous des névrosés, nous avons tous nos petites habitudes, nos obsessions inoffensives, mais auxquelles nous tenons beaucoup parce qu’elles nous structurent et nous servent de garde-fous. Les psychologues disent que nos névroses servent à éloigner nos angoisses, mais il arrive qu’elles se transforment en un Surmoi qui nous dicte quantité d’interdits qui nous étouffent. Ces interdits, qu’ils s’exercent dans la famille, dans une société coercitive ou à l’intérieur d’une religion, peuvent écraser une personnalité et l’empêcher de s’épanouir.

A des degrés divers, nous avons tous une prison intérieure que nous acceptons, le plus souvent de façon inconsciente. L’évolution psychique consiste à en prendre conscience et à déceler les coupables pour se libérer de nos chaînes. Cet « éveil », vers plus de liberté intérieure, est le travail de toute une vie. C’est un long cheminement, jamais totalement achevé, toujours à reprendre…