597 – L’AMERIQUE RESTERA LA SUPER PUISSANCE MONDIALE

Posted on décembre 28, 2015 par

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A la suite de deux guerres fratricides qui ont anéanti l’Europe, l’Amérique s’est retrouvée maîtresse du monde et le restera sans doute pour encore une ou deux générations.

51fwRG77-VL._SX330_BO1,204,203,200_ A ceux qui s’intéressent à la géopolitique et qui s’interrogent sur le devenir du monde et des civilisations, je conseille la lecture d’un livre fascinant et intitulé : « The accidental Super Power » avec le sous titre suivant que je traduit : « La prochaine génération d’une prééminence américaine et le désordre global à venir ». La thèse globale de l’auteur, Peter Zeihan, est de démontrer que l’Amérique jouit d’une position géostratégique privilégiée qui la met à l’abri des désordres mondiaux, et dont elle sait profiter en attirant sur son sol les meilleurs talents du monde.

Il suffit de regarder une carte de géographie pour constater combien les Etats-Unis occupent le centre d’un continent qu’ils contrôlent au Nord et au Sud. Deux océans immenses les séparent et les protègent, à l’Est et à l’Ouest, du reste du monde. Ce bloc cohérent est facile à parcourir dans toutes les directions et l’unité du pays est assurée par une langue commune et une civilisation qui en assure la cohésion. Une constitution qui donne à un gouvernement fédéral assez de force pour permettre de déléguer aux différents Etats assez de pouvoir locaux, ce qui les éloignent de tout désir d’émancipation. L’Amérique est une mosaïque certes, mais qui cultive les mêmes valeurs et qui en est fière.

Ainsi positionnés, les Etats-Unis apparaissent comme la région du monde la plus sûre de la planète, la plus facile à défendre. Son réseau d’alliés stratégiques à travers le monde, ainsi que sa présence militaire dans de multiples points du globe, leur assurent une suprématie incontestable, au point qu’ils sont sans rival et que l’on n’imagine même pas qui serait tenté d’essayer ! Depuis deux siècles personne n’a tenté même une invasion partielle des USA… Quel pays peut en dire autant ? C’est ce monde à part, ce continent central qui attire les capitaux et les talents, comme un aimant.

Ce pays continent est en lui-même un marché immense qui a permis l’émergence de gigantesques sociétés commerciales et industrielles, susceptibles ensuite d’exporter dans le monde entier. L’Amérique est en outre auto-suffisante en nourriture et en de nombreuses matières premières, y compris dorénavant en énergie. Le pétrole et le gaz de schiste que l’Europe se refuse, vont grandement contribuer à la richesse du pays. Si l’on combine tous ces facteurs, on constate que ni les soubresauts du monde, ni même les pires catastrophes géopolitiques qui surgissent ailleurs, ne peuvent atteindre la superpuissance américaine, tant celle-ci est constitutive de sa position privilégiée et de son unité. L’Amérique a pu ainsi commettre d’énormes erreurs stratégiques avec ses interventions militaires catastrophiques au Vietnam, en Afghanistan et en Irak, sans que sa suprématie et son leadership ne puissent être jamais contestés.

L’arme la plus efficace de la suprématie américaine fut la mise en place, après la deuxième guerre, au niveau mondial, d’une politique économique libérale et globale qui prit le nom de « Free Trade » ou « Libre Echange ». Cette politique du Libre Echange, brandie par l’Amérique comme l’étendard de la liberté, ouvrait l’immense marché américain et a permis la plus formidable expansion économique que le monde occidental et ses alliés aient connue. Naturellement, ce Libre Echange supposait une libre circulation des marchandises, c’est à dire une protection navale sur toutes les mers du monde, protection assurée par la puissance maritime US. (Lire chronique 595 « La maîtrise des mers »).

Cette protection américaine, offerte à ses Alliés, supposait deux contreparties : d’une part l’acceptation du dollar comme monnaie d’échange et, d’autre part, de suivre aveuglément la politique étrangère US vis à vis de l’Union-Soviétique. Mais le deal en valait la peine car sinon, aucun des Alliés n’avait la moindre chance de redressement économique ou de rester indépendant de l’Union Soviétique. L’Europe a profité de ce parapluie stratégique mais a aussi perdu son indépendance et toute ambition de retrouver sa suprématie. On peut dire que ce deal, scellé en 1944 à Bretton Woods, est toujours valable 70 ans après, bien que certains paramètres aient changé.

Une population US encore jeune

Une population US encore jeune

 L’Amérique a d’autres atouts qui lui permettront de rester une super puissance pendant encore longtemps. Tout d’abord elle jouit d’une faible densité de population, environ le tiers de celle de l’Europe, et en même temps d’une démographie privilégiée par rapport à cette dernière. En effet, d’une part le vieillissement de la population y est moins accentué et d’autre part une forte immigration choisie, de jeunes diplômés et de jeunes talents, apporte du sang neuf et booste l’économie. Les universités américaines et les centres de recherches attirent les meilleurs étudiants et chercheurs du monde entier. L’Amérique est une pépinière de talents qui ont la passion de l’innovation, c’est ce ferment qui bouillonne depuis un demi siècle en Californie, d’où proviennent les innovations majeures dans le domaine des nouvelles technologies.

Une population européenne vieillissante, surtout en Allemagne (pyramide de droite)

Une population européenne vieillissante, surtout en Allemagne (pyramide de droite)

 Cette créativité attire les capitaux de monde entier, prêts à s’investir dans les innombrables start-ups qui peuplent le pays. Au point que les créateurs européens partent avec armes et bagages pour se développer aux USA, après avoir démarré dans les incubateurs locaux. C’est une perte sèche pour l’Europe et assure l’avenir de l’Amérique.

Situation encore plus dramatique au Japon (à gauche) et en Chine (à droite)

Situation encore plus dramatique au Japon (à gauche) et en Chine (à droite)

Selon Peter Zeihan, vers 2030, les principales puissances du monde seront confrontées à un tel vieillissement de leurs populations que leurs économies en seront gravement affectées. A cette époque, l’Amérique sera en phase de régénération, sans véritable rival. « Les Etats-Unis apparaitront comme le seul pays avec des capitaux abondants, le seul pays avec une économie en croissance et le seul pays avec un marché en expansion ». Autrement dit, pour ceux que cela intéresse, le « rêve américain » est encore possible…

Imaginez un seul instant, ce qu’il adviendrait de l’Europe si les Etats-Unis, réorientant leur géopolitique vers l’Asie, c’est-à-dire les marchés de demain, n’en protégeaient plus le commerce et laissaient les nations européennes livrées à elles-mêmes, incapables de se prémunir des vents mauvais qui ne manqueraient pas de souffler de l’Est, du Sud-Est et du Sud ? Ouvrez les yeux et soyez attentifs car c’est ce qui est en train de se passer : l’Amérique n’a plus besoin du pétrole du Moyen-Orient et dorénavant, se désintéressera totalement de cette région du monde, sauf pour la protection d’Israël.

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