609 – VIVEMENT DEMAIN!

Posted on mars 21, 2016 par

0


 

Notre objectif, dans nos chroniques, c’est d’observer l’organisation des sociétés et de regarder vivre les peuples, puis de porter notre regard le plus loin possible en avant afin d’anticiper ce que pourrait être l’avenir. Comme d’autres, nous avons fait de sombres pronostics concernant l’avenir de l’Europe et plus généralement des sociétés occidentales, ayant perdu leurs valeurs fondamentales et dont la pensée reste étriquée, à l’intérieur d’un carcan idéologique, mélange exclusif de rationalisme et de matérialisme.

Mais notre rôle consiste aussi à percevoir le feu du renouveau printanier qui couve sous la glace. Nos sociétés contemporaines sont ainsi parcourues par de nouveaux mouvements d’idées, de pensées alternatives, pleines de légèreté, de joie et de liberté qui redonnent espoir à une jeunesse souvent désabusée qui doute d’elle-même et de son destin. C’est dans ce contexte, afin de vous réconcilier avec le futur, que nous vous conseillons d’aller voir le film-documentaire sobrement intitulé : « Demain ». Croyez-nous, c’est le plus puissant des antidépresseurs que vous puissiez imaginer

images Pour une fois, vous n’y verrez pas de prévisions apocalyptiques mais, au contraire, vous serez les témoins du renouveau en gestation grâce à des milliers d’intervenants, dispersés ici ou là et qui, au lieu de se lamenter, se sont mis à l’ouvrage avec détermination dans de multiples domaines. D’une certaine façon, « Demain » fait écho au thème de « Small is beautiful » dont nous parlions dans notre dernière chronique. Les réalisateurs sont aussi les fils spirituels de Pierre Rabhi, adepte de « la sobriété heureuse », de Charles Hervé-Gruyer apôtre de la permaculture et qui préfigure la révolution agricole à venir, source potentielle de millions d’emplois, et aussi du japonais Masanobu Fukuoka auteur du merveilleux livre « La révolution d’un seul brin de paille » et qui écrivait : « Il y a du sens et de la satisfaction fondamentale rien qu’à vivre à la source des choses. La vie est chant et poésie ».

C’est une autre conception du monde qui se met en place et propose une autre approche de l’économie, de la finance, de la croissance, de l’énergie, du transport, de l’industrie, de l’agriculture et de la façon de vivre. Ce qui apparaît dans ce film, c’est que le renouveau ne viendra ni des politiques, ni du gouvernement, ni des patrons de la finance, ni même des milieux intellectuels et scientifiques, mais de la société civile, c’est-à-dire de vous et moi ! Nous sommes les artisans du futur, c’est là que se situe notre liberté et notre responsabilité. « Demain » n’est pas la promesse du grand soir mais celle de la succession de petites aubes. Il nous revient ainsi en mémoire la dernière scène d’Electre de Jean Giraudoux, lorsque qu’une femme demande : « Comment cela s’appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd’hui, et que tout est gâché, tout est saccagé, et que l’air pourtant se respire, et qu’on a tout perdu, que la ville brûle, que les innocents s’entre-tuent, mais que les coupables agonisent dans un coin du jour qui se lève ? ». Le mendiant lui répond : « Cela a un très beau nom. Cela s’appelle l’aurore ». Tel est l’espoir formidable qui est à l’œuvre dans « Demain », celui d’une nouvelle aurore, pour une nouvelle génération.

Cette nouvelle ère, c’est celle de la pensée globale, de la prise de conscience Cyril-Dion-Melanie-Laurent-La-strategie-Cyril-Dion-reseaux-sociaux-celle-militant-ONG-peut-compter-medias-classiques-pour-faire-connaitre-action_1_730_403de l’interdépendance à tous les niveaux, entre les hommes et entre les hommes et la nature. Chacune de nos pensées et de nos actions ont une influence globale dans le réseau des interconnections entre les êtres. Rien n’est plus dans l’air du temps que cette notion de réseau, de mise en commun et de partage, à l’image du web. Vient le temps de la décentralisation en opposition aux grandes structures étatiques ou privées, le temps des initiatives individuelles de petits groupes à taille humaine, de la prise de conscience de la responsabilité de chacun pour faire éclore ce monde qui se prépare.

Et, comme toujours et partout, cela commence par le mode éducatif. C’est à ce niveau que tout se joue. L’éducation est « à l’origine de toutes les consciences », rappellent les deux réalisateurs. Le modèle finlandais, choisi par le film, est basé sur la confiance et l’échange, complètement à l’encontre du modèle classique basé sur l’autorité et une diffusion verticale du savoir, de haut en bas. Il ne s’agit plus d’avoir une tête bien pleine mais un corps et un esprit bien fait en développant aussi bien la créativité manuelle que la liberté de pensée. Dans ces écoles horizontales, les maîtres ne sont pas perchés sur des estrades, mais vivent au milieu des élèves et prennent leurs repas à leurs tables. Mais surtout, ces enfants respectés, autorisés à exprimer leurs émotions sont formés « à vivre ensemble et à se rassembler pour prendre des décisions ».

Nos structures sociales et politiques, observe un des auteurs du film, ne sont pas adaptées à l’ampleur de ces crises. La démocratie a disparu : les hommes politiques n’écoutent plus les citoyens, ils se contentent de répondre aux vœux des entreprises, qui veulent toujours plus d’une croissance aberrante. C’est donc une remise en cause de la démocratie parlementaire actuelle, au profit de la démocratie directe, qui permet aux citoyens d’exprimer leurs souhaits et de prendre des décisions par eux-mêmes. Ceux-ci peuvent dès lors proposer des lois, s’y opposer, écrire la constitution ou la modifier.

Autant le dire, « Demain », financé par la plateforme de crowdfunding « Kisskissbank », est plus qu’un film, c’est un état d’esprit, un manifeste, un plaidoyer. Il ne s’agit pas d’une idéologie dogmatique qu’il faudrait imposer aux gens malgré eux, à la manière de certains mouvements écologiques. Il s’agit seulement d’une approche pragmatique sur une nouvelle manière de vivre qui est proposée à ceux qui sont prêts à faire cette démarche. Pas d’idéologie, pas de morale, pas de culpabilisation, pas de peur, mais beaucoup de joies et de sourires. En sortant du film, on se dit : « Vivement demain ! ».