745 – SEXUALITE ET EROTISME

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On peut opposer la sexualité et l’érotisme. La sexualité implique le corps, l’érotisme suppose un accord profond, un échange et un partage au niveau du corps, de l’esprit et de l’âme.

 Le sociologue Allemand, Hartmut Rosa, propose de repenser la différence entre sexualité et érotisme dans le sens d’une opposition entre une rigidification et une fluidification du rapport à l’autre. D’un côté, il parle d’aliénation, et de l’autre de résonance.

Comme un archet

L’expression « faire l’amour » semble supposer une union du cœur et du corps, un accord voluptueux teinté de sentiments. On peut postuler que plus les sentiments sont profonds et partagés plus la vibration sera intense, plus l’orgasme sera voluptueux.

Depuis le romantisme, l’amour entre deux êtres est considéré comme une forme pure de relation de résonance dans laquelle le sujet aspire à devenir tout entier un message adressé à l’autre. Pour citer Rilke, la relation amoureuse est « comme un archet qui tire de deux cordes une seule voix ».

Le point culminant de l’union sexuelle apparait comme un moment de fusion avec le monde, au-delà de l’osmose avec le ou la partenaire, une transformation qui peut aller de pair avec une ouverture maximale et une dissolution des frontières.

Le rapport sexuel n’est pas seulement physique, il implique alors une relation érotique chargée d’une dimension spirituelle et symbolique, impliquant tout l’être : le corps, l’esprit et l’âme de chacun des amoureux vibrent à l’unisson et entrent en résonance.

Dans cet état d’harmonie, ils ne craignent plus rien et l’ensemble de leur vie prendra la teinte de cet accord, ils seront en osmose avec le monde… Cet érotisme sera encore davantage transcendé s’il est accompagné d’un désir de laisser une trace vivante !

Étreinte froide

A l’inverse, une relation physique, aussi torride qu’elle puisse être, peut aller de pair avec une absence totale de résonance psychique.

C’est le cas, bien sûr, des formes de sexualité dans la pornographie et la prostitution, dans lesquelles l’acte sexuel se pratique de façon mécanique, comme un savoir-faire sans implication personnelle et qui ne signifie rien pour les participants…

On peut aussi qualifier d’étreintes froides nombre de relations sexuelles éphémères, en vogue chez les jeunes, et chez les moins jeunes, par l’intermédiaire des réseaux sociaux. L’acte sexuel est alors ramené à sa plus simple expression, celle d’une libération d’une tension, d’une pulsion.

La représentation qui est faite de cette sexualité dite « libérée », dans les media et surtout à la télévision et dans les réseaux sociaux, donne aux jeunes une image tronquée d’une sexualité muette, sans affect.

Il s’agit d’une sexualité sans résonance, caractéristique d’une société hypersexualisée où les énergies libidinales sont rapidement évacuées, sans échange vrai. Nombre de sociologues considèrent que ce type de relation désérotisée produit entre l’homme et le monde une aliénation fondamentale, une solitude, c’est-à-dire une absence réciproque de résonance.

Amour virtuel et neurones miroirs

Hartmut Rosa désigne notre époque sous le terme de « modernité tardive » dont la caractéristique réside dans la marchandisation de nos désirs : « les sujets modernes tardifs perçoivent leur corps comme un objet façonnable et se désintéressent de la rencontre proprement dite ».

Ainsi les désirs sexuels peuvent de plus en plus être satisfaits virtuellement au moyen de toutes sortes de sex-toys et ils perdent leur valeur sociale de rencontre et d’échange. La production de désir porte désormais sur un sujet devenu son propre objet !

La sexualité virtuelle est aussi à l’œuvre dans la pornographie qui se répand sur internet. Le sujet se satisfait de voir sur l’écran un acte sexuel mécanique pour exprimer sa propre libido. Le voyeur en action est seul, aliéné à son désir.

Pour comprendre le mécanisme dont se satisfait le voyeur, il est utile de faire appel aux neurosciences et au concept de « neurones miroirs », situés dans le cortex prémoteur et mis en évidence par l’italien Giacomo Rizzolati. Ces neurones s’activent de façon identique lorsqu’un singe se saisit d’une cacahuète ou lorsqu’il observe d’autres macaques accomplir le même geste !

L’extérieur et l’intérieur se trouvent pour ainsi dire dans un rapport de miroirs. On peut saliver en regardant les autres manger, le voyeur peut jouir en regardant d’autres s’activer sexuellement.

Selon Rizzolati, « Le lien étroit entre les réponses visuelles et les réponses motrices des neurones miroirs semble indiquer, en effet, que la simple observation de l’action accomplie par un tiers évoque dans le cerveau de l’observateur un acte moteur potentiel analogue à celui spontanément activé durant l’exécution effective de l’action ».

Mais les neurosciences ne disent rien de la frustration de l’observateur au niveau de l’alignement de ses composantes physiques, émotionnelles et spirituelles… Les neurones miroirs ne produisent pas de contenu et ne révèlent qu’un potentiel latent.

N’oublions pas qu’éros avait pour frère jumeau « anthéros », dieu de l’amour mutuel, et pour sœur « harmonie ».

 

 

 

 

 

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