744 – QU’EST-CE QU’UNE VIE REUSSIE?

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Sommes-nous sur le bon chemin pour réussir notre vie ? Peut-être que nous faisons fausse route ? Mais quelle route suivre et quel but atteindre?

J’arrive à un âge où cette question semble pertinente et où je peux tenter d’y répondre, du moins avancer des hypothèses. J’ai rencontré dans ma vie beaucoup de personnes insatisfaites de leur vie intime ou de leur vie professionnelle, parfois les deux. Souvent, je me suis aperçu qu’elles suivaient des buts chimériques et qu’elles avaient, selon moi, une mauvaise conception de ce que peut-être une vie réussie.

Une société d’abondance

Les sociétés occidentales contemporaines sont caractérisées par l’accumulation et l’abondance de tout : de biens matériels, de beaux habits, de nourriture, de travail, d’argent, de connaissance, de diplômes, d’amis sur Facebook, de relations, de pouvoir de séduction, de patrimoine culturel, d’activités sportives, de séances de fitness, de stages de développement personnel, de performances, de loisirs variés, de plaisirs, de voyages, d’expériences sexuelles…

Individuellement, et collectivement, nous croyons pouvoir atteindre le bien-être et le bonheur dans cette escalade infinie de recherche de nouvelles ressources et de nouvelles activités. Les gouvernants croient qu’ils apporteront le bonheur au peuple en accroissant le Produit Intérieur Brut, en construisant une nouvelle piscine, un centre commercial ou un nouveau parc d’attraction.

Dès le plus jeune âge nous sommes immergés dans cette société d’abondance et dans cette course épuisante vers ce que nous croyons être la réussite. Aussi bien à l’école qu’en famille les enfants sont soumis à un emploi du temps surchargé, à une accélération du temps qui ne laisse aucune part à une vie intérieure, à une vie à soi.

L’abondance des nouveaux jouets qu’ils reçoivent tout au long de l’année, comme une avalanche, peut leur donner un sentiment d’envahissement et d’étouffement. Ils n’ont plus aucun répit pour être un instant seul avec eux-mêmes ou pour jouer avec un bout de ficelle ou un manche à balai, comme tous les enfants du monde aiment faire. Sont-ils capables de gérer ce trop plein, comme un cadre ne peut plus gérer l’abondance des e-mails qu’il reçoit de façon permanente ?

Les deux grands symboles de cette société du « toujours plus » et de surabondance résident, selon moi, d’une part dans l’augmentation vertigineuse du nombre d’enfants obèses et, d’autre part, dans l’épuisement des ressources naturelles. L’obésité de l’enfant était inconnue jusque dans les années 70. J’ai connu un vieux pédiatre qui n’en avait jamais vu dans sa pratique ! L’homme moderne est devenu un prédateur boulimique, insatiable et jamais satisfait d’une vie devenue absurde.

Nous sommes happés par cet environnement sociétal qui mise tout sur l’accumulation et génère l’insatisfaction. Sommes-nous plus heureux ? Notre vie est-elle plus réussie que celle de nos ancêtres qui vivaient sobrement ? On peut en douter si on considère le nombre de suicides ou de dépression dans les sociétés que l’on dit riches. Mais riches de quoi ? (lire chronique 729 : « Mort par désespoir »).

Stress, burn-out et dépression

Cette société moderne avancée, que je viens de décrire, est affligée de certains maux qui semblent inhérents à ses modes de vie. La course au prestige, au succès et à la richesse est souvent épuisante. J’ai déjà abordé le sujet dans une autre chronique « Les riches ». (702)

On nous dit que nous sommes stressés parce que notre employeur est trop exigeant, que nous faisons des burn-out parce que nous avons été harcelés par un supérieur hiérarchique, que nous sommes dépressifs parce que nous avons eu une déception amoureuse… Que sais-je encore ?

Nous avons tendance à croire que nos malheurs viennent de l’extérieur, comme nous croyons facilement que notre bonheur provient des ressources que nous accumulons. C’est peut-être à ce niveau-là que nous faisons fausse route, en nous trompant sur la direction à prendre…

Il se peut que nous ne soyons pas avec le bon partenaire ou ce travail ne nous convient pas, il y a erreur d’aiguillage, nous avons fait un mauvais choix. Autrement dit, nous ne vivons pas notre vie. Le travail ou le partenaire qui nous convient est celui qui est source de plaisir et d’épanouissement, celui qui satisfait nos valeurs profondes. Pour illustrer ce propos vous pourrez relire la chronique 734 « Le plus beau des présents ».

Mais ce peut-il aussi que notre déprime ou notre burn-out provienne de nous, d’un manque à l’intérieur de nous, d’un mauvais alignement entre notre corps, notre esprit et notre âme ? Nous avons peut-être en nous une carence qui ne sera jamais comblée par un surplus d’abondance en provenance de l’extérieur.

La dépression et le burn-out sont-elles des maladies de l’âme, comme s’il manquait une pièce essentielle dans notre puzzle personnel, comme si nous étions aliénés aux seules exigences tyranniques du corps et de l’intellect ? Serait-ce une fuite devant l’absurdité de notre vie ?

Si je suis à ma place dans mon travail, assez compétent pour le faire, je ne peux être entamé par le poids de la hiérarchie et je n’ai rien à craindre. Si j’ai peur, de quoi ai-je peur ? Craint-on l’avenir parce que l’on a peur de perdre ses acquis et possessions ? Si j’ai de l’angoisse, c’est qu’il y a une partie de moi qui n’est pas nourrie, qui n’est pas en accord avec son destin.

Dans cet état, il est en nous une énergie bloquée qui ne parvient pas à circuler librement, une rétraction, une coupure, un manque d’harmonie et de communication avec le monde et ceux qui nous entourent. Il convient peut-être de reprogrammer et de corriger les bugs dans nos croyances pour que la totalité de notre être, dans toutes ses composantes, puisse vivre en osmose avec l’univers ? Nous quitterons alors l’aliénation de l’avoir pour la liberté d’être.

Fluidité et résonance

Nous avons tous, au fond nous, une idée de ce que peut-être une vie réussie et cette image est loin des clichés véhiculés par la société de consommation. Nous rêvons d’harmonie, de vibration, de plénitude, de fluidité dans notre rapport au monde.

Ce qui fait vibrer notre âme n’est jamais quelque chose que l’on acquiert, que l’on accumule, que l’on peut quantifier, c’est beaucoup plus subtil comme un accord harmonieux qui fait résonner tout notre être.

Regardez une mère qui allaite son enfant, sentez la sérénité qui en émane, sentez la puissance de l’osmose entre ces deux êtres, la complétude qui fait naitre sur le visage de la mère une douceur paisible, une sorte de béatitude. La succion du sein génère chez la mère une libération d’ocytocine qui inonde aussi l’enfant et les réunis dans une parfaite symbiose, dans une sensualité partagée. A ce moment-là, rien de fâcheux ne peut leur arriver, ils sont hors d’atteinte des aléas du monde.

Nous avons tous connu de tels moments, même s’ils furent fugaces, nous en avons la mémoire au plus profond de nous et nous pouvons en retrouver la saveur comme Proust qui retrouve la saveur de son enfance : « A l’instant même où la gorge mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse : ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi. J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. »

Avons-nous la mémoire d’une soirée entre amis, d’un feu de camp, d’un concert, d’un pique-nique en famille sur une belle prairie fleurie, une journée ensoleillée de printemps ? Nous avons vécu des moments intenses de bonheur lorsque nous étions en communion avec les autres, en parfait accord, en résonance, au-dessus des tracas de la vie, reconnectés avec une énergie universelle.

Regardez un couple d’amoureux, observez comme leur démarche est fluide, comme leur visage est serein. Ils ne craignent rien car ils sont en totale harmonie, leur être tout entier vibre à l’unissons. Leur corps frémit de sensualité, leur esprit est joyeux et leur âme est comblée… Ils sont dans le total présent et il y a en eux quelque chose de mystique, de spirituel.

C’est la fréquence avec laquelle nous pouvons, dans la vie de tous les jours, libérer de l’ocytocine, l’hormone du plaisir, et entrer ainsi en harmonie, en résonance avec le monde, qui déterminera la réussite de notre vie. Une vie réussie est une vie qui nourrit nos trois dimensions du corps, de l’esprit et de l’âme, en vibration cohérente et harmonieuse avec l’univers.

Soyons dans la vie comme des amoureux, vibrons intensément à chaque instant avec tout notre être, laissons l’ocytocine nous envahir et notre corps s’émouvoir devant le sourire d’un enfant, en regardant l’être aimé ou une fleur s’épanouir. Restons fluide dans nos projets, dans chacun de nos gestes, apprécions ce que nous avons et oublions ce que nous n’avons pas… et surtout, arrêtons de courir et prenons du temps pour savourer l’instant. Nous cesserons alors de nous sentir «médiocre, contingent, mortel ».

 Dans ma prochaine chronique, j’aborderai un autre sujet de société qui complètera cette réflexion : « Sexualité et érotisme ».

A la semaine prochaine… et soyez heureux… malgré, parfois, les difficultés de la vie.

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