764 – L’EUROPE A-T-ELLE UNE ÂME?

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L’Europe restera-t-elle Atlantique ou deviendra-t-elle Européenne ? Restera-t-elle à l’ombre de l’Amérique ou va-t-elle s’émanciper ? Pour avoir un avenir, elle a besoin d’une identité propre, disons d’une âme…

(La photo qui précède cette chronique a été prise devant le bâtiment des Institutions Européennes à Bruxelles : elle illustre l’aveuglement des peuples et des dirigeants.)

Les gens de ma génération ont eu un rêve, celui d’une Europe forte et unie, d’une Europe rayonnante, d’une Europe épanouie, un point de repère, le phare avancé de l’Occident. L’avenir de l’Europe me tourmente depuis longtemps et j’ai déjà abordé ce thème qui me tient à coeur. (Relire, entre-autre, la Chronique 722 « Nouveaux dangers pour l’Europe ».

L’essayiste et intellectuel français Régis Debray a eu ce même rêve. Mais je me refuse à partager son pessimisme d’aujourd’hui, qu’il justifie dans son dernier livre dont le titre résume sa pensée : « L’Europe fantôme ».

La peur est le ciment des peuples

L’Europe s’est bâtie avec la ferveur des anciens ennemis qui ont soudain, après tant de guerres fratricides, pris conscience de l’enjeu et du risque que les guerres modernes faisaient courir à notre civilisation. C’est ce vertige qu’ils ont eu, en contemplant l’hécatombe qui les mena vers ce rêve d’union.

La peur était toujours là, ce ciment qui fait les peuples, face à la menace toujours plus forte d’une URSS envahissante et hégémonique qui, au sein même de l’Europe, avait installé ses bastions avancés que constituaient les partis communistes, surtout en France et en Italie. D’une certaine façon, on peut dire que l’ogre Staline a fait l’Europe.

Les nouvelles générations ne savent pas que l’histoire est tragique. L’Europe Occidentale vit en paix depuis plus de 70 ans et elle est encore riche, du moins son endettement le lui fait croire. Elle est individualiste, égoïste et hédoniste. Il est donc bien difficile aujourd’hui, en temps de paix, alors que la vie semble si facile, de souder des peuples qui n’ont pas peur et sont aveuglés par leur bien-être quotidien.

Nous n’avons plus d’ennemi, voilà notre dilemme d’enfants gâtés. Nous avons cette illusion que plus rien de fâcheux ne peut nous arriver. L’oncle d’Amérique veille sur nous et, en contrepartie, nous devons lui obéir et subir ses humeurs. Comment pouvons-nous être si aveugles que nous ne voyons pas où cela va nous mener ? Désunis, et accrochés à un nationalisme étriqué, nous serons des vassaux et nous subirons les châtiments réservés aux plus faibles !

Il nous manque la ferveur

Les peuples se rassemblent autour d’une identité, autour de valeurs fortes, autour d’une histoire et d’une culture commune, et à l’intérieur de frontières stables et reconnues. C’est cela l’âme des peuples, ce qu’ils partagent et sont prêts à mourir pour le défendre.

L’Union Européenne porte en elle, depuis le début, le germe de ses échecs futurs. Elle n’a pas compris l’importance des valeurs, l’importance du sacré. Elle a cru que le bla-bla sur la laïcité républicaine constituait une valeur suffisante pour nous rassembler.

Elle a gommé notre double héritage méditerranéen et chrétien, ces valeurs millénaires qui ont animé nos aïeux, qu’ils ont aimé, parfois jusqu’à la folie, pour lesquelles ils sont vécus et se sont même entretués. Pendant des millénaires, Athènes, puis Rome, ont été le centre du monde et nous ont tout appris, le pire comme le meilleur. Elle est là, l’âme de l’Europe, vibrante encore et inscrite jusque dans nos lois, nos coutumes et nos fêtes.

Nous avons perdu le sens du sacré et nous avançons à l’aveuglette, sans âme, sans ferveur, désabusés. Regardez l’Amérique que nous détestons autant que nous l’aimons et l’admirons ; elle a une âme et son drapeau est sacré. Ses valeurs sont chrétiennes et ils en sont fiers. Ses buts sont peut-être discutables, mais elle a des buts et un vrai patriotisme.

Une Europe abstraite

L’Europe n’a même pas de frontières définies et sûres. C’est un vaste espace incertain, ouvert à tous les vents, soumis à toutes les influences mais qui ne sait pas qui elle est et quel est son destin.

C’est dans ce contexte que les pays européens font une crise identitaire qui a conduit au Brexit et qui mène au repli sur soi que l’on note dans de nombreux pays européens. Cette crise identitaire et ce regain de nationalisme sont la conséquence inévitable d’une Europe sans âme, sans consistance, sans attrait, sans sex-appeal.

Le rêve européen avait été mis en acte il y a plus de 60 ans par des leaders qui avaient une vision et par six pays fondateurs qui avaient la ferveur en ce projet audacieux. Mais ce rêve a été volé, à la génération suivante, par des politiciens sans vision et sans projet qui ont confié son avenir entre les mains des banquiers et des juristes.

Comme l’écrit Régis Debray, « l’Europe, aujourd’hui, c’est la Commission à Bruxelles, la cour de justice à Luxembourg et la Banque Centrale à Francfort », l’alliance des juges et de la finance, pas de quoi faire rêver les peuples. Et il ajoute cette phrase choc : « On ne construit pas une civilisation par décret ».

Une opportunité historique

Néanmoins, je refuse le défaitisme et tant que l’Europe respire encore, on peut la ranimer, la réveiller, la redynamiser. Il faut pour cela appuyer la plus petite tentative pour renforcer l’Union Européenne. C’est pourquoi j’appuie totalement les initiatives d’Emmanuel Macron qui vont dans ce sens.

Le Brexit peut-être l’occasion de se ressaisir et de souder les peuples. L’Angleterre a toujours été un frein à la construction européenne, un pied dedans, un pied dehors. Elle cherchera encore un compromis pour profiter des avantages de l’Europe, sans participer, tout en participant. Si les 27 sont fermes jusqu’au bout, il faut mener le Brexit jusqu’à son terme.

Mais, une fois de plus, les media mentent et cherchent à nous faire peur en promettant l’Apocalypse en cas d’un « no deal ». En fait, l’Europe a peu à perdre et beaucoup à gagner si elle est ferme sur ses positions et sait saisir cette opportunité historique.

En effet, il faut peut-être rebattre les cartes et poser démocratiquement la question de confiance. Qui veut d’une Europe unie et forte, nécessairement confédérale ou qui préfère une Europe molle, désunie et ballotée par les aléas de l’histoire ?

Peut-être faut-il repartir à six comme en 1967 et adopter une constitution européenne. Les Etats-Unis ne se sont pas faits en un jour, la Confédération Helvétique non plus ! Il est plus facile de s’entendre à six qu’à 27. L’Europe n’a pas besoin des ventres mous et des bras cassés qui sont incapables de s’engager.

Tel est mon espoir aujourd’hui, rebâtir depuis les fondations. Ils sont aveugles et sourds, ignorants de l’histoire, ceux qui ne voient pas la nécessité absolue et vitale, pour nous et surtout pour les générations futures, de construire une Europe forte. N’écoutez pas les politiciens et les politiciennes qui prêchent pour un repli national, ils sont prêts à vous conduire au déclin et à la ruine pour satisfaire leur goût du pouvoir.

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