882 – LA TYRANNIE URBAINE

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Les villes s’étendent comme des cancers qui rongent peu à peu la campagne environnante. Les citadins dominent le monde et veulent décider de tout, au mépris de ceux qui vivent dans des territoires périphériques. Les villes prospèrent et le monde rural se paupérise.

Les citadins vivent désormais comme dans un camp retranché, barricadés, coupés de la nature environnante, hors-sol, comme des plantes que l’on fait pousser sous serre, indifférentes aux saisons et aux intempéries. Ils sont en quelque sorte cultivés in vitro, comme des cultures de cellules nourries de façon artificielle et ils prolifèrent ainsi au point de tout envahir.

Les habitants des campagnes, des villages et des petites villes, occupent l’immensité des territoires, mais ils sont de moins en moins nombreux car les habitants des villes, très largement majoritaires, non seulement accaparent toutes les ressources, mais encore, dictent leurs conditions et donnent des ordres.

Le cancer urbain

Les grandes villes sont devenues des mégapoles, les petites villes sont devenues des grandes, les villages deviennent parfois des petites villes. Nous avons tous vu cela au fil des années, cette immense gangrène qui ronge les paysages et finit par les engloutir.

Cela commence par les entrées des villes qui sont systématiquement saccagées, bétonnées et enlaidies. On construit un immense hangar qui deviendra un supermarché, entouré d’un gigantesque parking d’asphalte, sans un arbre, sans une fleur ! Oui, le patron il habite une grande ville fleurie, mais il a décidé qu’un arbre et une fleur, cela ne rapporte rien et cela nécessite de l’entretien. Puis viennent la succession des stations d’essence, des drapeaux colorés des vendeurs de voitures, des halls des succursales des enseignes à bas prix, des immenses panneaux publicitaires qui barrent le paysage, des zones en friches, des HLM qui rivalisent de laideur puis, à nouveau, des hangars qui abritent les jardineries, les vendeurs de vélos ou d’articles de sport. Au milieu de tout cela on voit pousser, ici et là, une usine sans grâce.

Bref, les périphéries des villes deviennent d’immenses zones commerciales et industrielles hétéroclites, jusqu’au jour où la ville se hisse au rang de grande ville avec sa frénésie de construction d’immeubles à étages qu’il convient de faire monter le plus haut possible pour faire oublier au citadin que leur ville fut un jour petite et belle !

Le même phénomène se produit, de façon amplifiée, autour des grandes villes ceinturées de banlieues inhospitalières où s’égrènent des forêts d’immeubles et de tours dans lesquelles s’entassent et s’agglutinent des millions de gens, le long d’avenues bruyantes.

Les cellules cancéreuses ont la caractéristique de se nourrir aux dépens des cellules saines environnantes qu’elles affaiblissent pour prendre leur place et envahir tout le territoire jusqu’à l’asphyxie finale. Elles utilisent un processus connu sous le nom d’angiogenèse qui consiste à construire son propre réseau sanguin de façon à faciliter la prolifération cellulaire et la croissance tumorale en accaparant les ressources disponibles.

De la même façon, combien de banlieues sans âme étouffent les villes qu’elles encerclent ? Au point que les centres villes se sont vidées de leurs activités et ont perdu leur attrait, car la périphérie, grâce au mécanisme de l’angiogenèse, a capté toute l’énergie disponible.

Les grandes villes sont devenues sources de dysharmonies, de violences, d’intolérances et de modes éphémères. Les populations y sont coupées de leurs racines et prêtes à épouser les idéologies les plus folles et les mœurs les plus contre nature. Elles sont gagnées par un cancer qui ronge leur âme…

L’écologie punitive

Les centres historiques des grandes villes et des capitales abritent ceux qui décident, les politiques, les experts, les patrons, les journalistes. Depuis leur salon, ou depuis l’épaisse moquette de leur bureau, ils veulent décider de la marche d’un monde qu’ils ne connaissent qu’à travers les statistiques des rapports d’experts théoriciens !

C’est parmi eux que se recrutent les patrouilles les plus actives en faveur de la nouvelle idéologie écologique qui fait actuellement des ravages. Je suis un écologiste de la première heure, alors que les idéologues d’aujourd’hui n’étaient pas encore nés. Mais l’écologie, au sens politique du terme, s’est fait happer par une idéologie hors-sol, simplificatrice, coupée des réalités et surtout sans vision globale.

Il suffit de prendre quelques exemples pour illustrer l’aveuglement des idéologues qui ont peint leurs discours en vert : arrêter les centrales nucléaires et les remplacer par des centrales à charbon afin de diminuer l’émission de C02, comme cela se passe en Allemagne !

Le plus croustillant, si je puis dire, provient de l’idée de construire des éoliennes à la campagne et au bord de la mer ! L’écologiste citadin qui va en vacances à l’ile de Ré ou dans des zones protégées, voudrait imposer l’installation d’éoliennes qui saccagent le paysage et l’environnement, dans des lieux où il ne va jamais ! Imposer l’installation des éoliennes chez les autres, telle est la philosophie des écolo-bobos. Si les citadins aiment tant les éoliennes ils peuvent les installer dans les banlieues des grandes villes qui, en termes de laideur, ne risquent plus rien !

Est-ce écologiste de souiller les plus beaux paysages de nos campagnes ? Ont-ils moins de valeur que le béton des villes ? Une éolienne en haut de la Tour Eiffel ou de la colonne Vendôme, voilà une bonne idée ! C’est ainsi que le fossé se creuse inexorablement entre les habitants des grandes villes et la périphérie…

Le mépris

Il y a quelques semaines, je vous avais informé du référendum qui, en Suisse, proposait l’interdiction pure et simple des pesticides (relire chronique 878 « Faut-il interdire les pesticides ? ». L’empoignade a été sévère entre les écolos citadins et les ruraux. Tout le monde, naturellement, rêve d’une agriculture sans pesticides…

Parmi les débats qui ont précédé le vote, il y eut un échange entre une élue Vert Genevoise et une agricultrice. L’écolo-intello connaissait le sujet sur le bout des doigts et avec éloquence et brio expliqua combien c’était indispensable et facile d’arrêter d’épandre des pesticides dans les campagnes. En face, sur le banc des accusés si je puis dire, une agricultrice mal à l’aise et peu habituée aux rhétoriques politiques. Elle eut cependant cette phrase, qu’elle prononça avec courtoisie et qui résumait bien l’incompréhension : « Il y a chez nos opposants un manque de connaissance de notre métier et peu de respect ».

Tout est dit ! C’est facile du haut d’une chaire d’imposer des décrets théoriques, sans savoir de quoi on parle. Mais surtout, ce qui est le plus intolérable, c’est le mépris, c’est cette façon qu’ont les urbains de donner des leçons aux ruraux qui, de façon subliminale, sont à leurs yeux des sous-développés.

L’initiative contre les pesticides a été rejetée par plus de 60% du peuple Suisse qui, dans un sursaut d’honneur a fait corps avec ses paysans qui le nourrissent. De près ou de loin nous avons tous des ascendances paysannes, et nous ne voulons pas de ce mépris.

C’est le même type de mépris de la part des citadins qui a donné naissance au mouvement des Gilets Jaunes en France et qui émanait de tous ceux qui se sentaient rejetés, tout juste bons à garder les parcs à éoliennes ! Le ressentiment n’est pas éteint et il se verra aux prochaines élections avec un puissant rejet de cette élite urbaine, déconnectée de la réalité du monde.

Les ruraux et les habitants des zones périphériques sont restés pragmatiques et ont secrété des anticorps pour se protéger du cancer urbain tentaculaire, de ce monde inhumain, de cette idéologie mortifère et culpabilisante, de ces donneurs de leçon, de ces théoriciens de l’écologie à la vision étroite. Les urbains ont trouvé un mot pour réfuter toute contestation, ils traitent les opposants de populistes ! Alors soyons populistes et fiers de l’être !

Je plaide pour un réveil du monde paysan. Ce n’est pas parce qu’il est ultra-minoritaire en nombre qu’il doit oublier que c’est lui qui nourrit les écolos bobos. Les paysans ne sont pas rétribués à leur juste prix et ils se paupérisent. Il est temps de faire cause commune avec eux et de les aider à se reconvertir d’urgence à l’agriculture biologique, non pas en les humiliant mais en achetant les produits bios au juste prix.

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