290 – LE BONHEUR EST-IL MAUVAIS POUR LA CROISSANCE DU PIB?

Posted on juin 4, 2012 par

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Le mot « croissance » est à la mode et récité comme un mantra par les hommes politiques de la planète. Mais il ne suffit pas de parler de croissance pour qu’elle soit au rendez-vous.

Fils, n’oublie pas de paraître malheureux quand tu rencontres les ouvriers.
Nous avons passé des années à les convaincre que l’argent ne peut acheter le bonheur.

 Dans les sociétés modernes, les systèmes économiques sont basés sur la croissance. Qu’il s’agisse d’un régime ultra socialisant ou d’un régime ultra libéral, la croissance semble indispensable pour éviter la chute, un peu comme une bicyclette qui s’arrêterait de rouler ! Je me suis souvent posé la question de savoir si la croissance est réellement indispensable. Suivant le principe que les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, de même, ne peut-on imaginer une économie stable et adulte, se contentant d’entretenir un régime de croisière et de maintenir un niveau suffisant d’abondance ? Au nom de quel principe faudrait-il bétonner toute la surface de la planète, utiliser toutes les ressources et, sans cesse, vouloir consommer davantage ? Au-delà d’un certain niveau de vie et de confort, il apparaît évident qu’un surcroît de richesse n’apporte pas une once de bonheur en plus !

J’ai toujours été étonné que l’on mesure le bonheur des peuples en

Bien sûr que l’argent n’achète pas le bonheur.
Pas avec ton salaire!

 fonction du niveau du PIB. Nous mesurons et comparons sans cesse ; nous sommes dans le quantitatif et jamais dans le qualitatif. Il est vrai qu’il est plus facile de connaître la cylindrée de ma voiture que mon niveau de bien être psychologique… Regardons l’agriculture, on nous parle de millions de tonnes de blé ou d’hectolitres de lait produits par pays. Mais la production agricole n’est pas appréciée en terme de qualité. En occident, ne sommes-nous pas arrivés à un stade où nous aimerions, non pas manger plus, mais manger mieux ? Hélas, la qualité ne fait pas augmenter le PIB ! Un mauvais repas au restaurant augmente autant le PIB qu’un bon. Dans le domaine de la santé, faut-il mieux, selon la formule célèbre : « ajouter des années à la vie ou bien de la vie aux années » ? La course du toujours plus, du toujours plus haut, plus grand, plus riche, a quelque chose de pathétique, comme une frénésie maladive.

La croissance économique semble être l’apanage des sociétés matérialistes dans lesquelles l’augmentation du PIB remplace le développement spirituel. L’avoir supplante l’être ! Comme l’écrit le guide spirituel Anthony de Mello : « La spiritualité, ce n’est pas de savoir ce que vous voulez, mais de comprendre ce dont vous n’avez pas besoin ».

Je me plais donc à imaginer une société stable, occupée à entretenir ses biens, son confort, sa santé et son bien être global, sans ressentir le besoin de produire plus, à tout prix. Une telle société ne grandirait que dans la mesure où elle augmenterait le nombre de ses habitants.Telle serait une société idéale qui ne chercherait pas à accroître sa puissance, ni à augmenter son territoire, mais au contraire à valoriser ses talents, à améliorer sa qualité de vie et à développer sa spiritualité.

« garde ton argent mamie, je peux télécharger la musique gratuitement »

 La course à la croissance nous jette dans une compétition sans fin pour produire plus et moins cher. Pour produire plus et consommer plus, nous sommes amenés à nous endetter, au niveau individuel comme au niveau collectif. La croissance à tout prix est une fuite en avant qui nous entraîne dans l’engrenage des dettes. Nous nous endettons toujours plus, c’est-à-dire que nous hypothéquons l’avenir, pour assurer cette fameuse croissance. Si celle-ci vient à ralentir, nous nous endettons encore davantage pour retrouver la dite croissance. Mais il arrive un moment où nous sommes tellement endettés que le coût des intérêts absorbe la majorité de nos ressources. Cela devient un cercle vicieux car il faut toujours plus de croissance pour payer le coût de la dette. Et il faut sans cesse emprunter davantage pour stimuler l’économie. L’occident en est là : l’endettement est si important que la croissance n’est plus possible mais, dans le même temps, pour payer nos dettes nous avons besoin de croissance ! CECI REVIENT À DIRE QUE SANS DETTES NOUS POURRIONS BIEN VIVRE SANS CROISSANCE.

Il apparaît donc que c’est la course effrénée à la croissance qui a entraîné l’occident dans l’enfer des dettes. Nos gouvernements se sont lancés dans une course-poursuite entre plus de dettes pour plus de croissance. Mais ils s’épuisent à ce jeu pervers et, en même temps, nous ruinent. Le leitmotiv, c’est d’augmenter le PIB. Si vous allez au restaurant, au lieu de vous cuisiner un bon repas à la maison avec les légumes du jardin, vous augmentez le PIB. Si au retour vous avez un accident, vous augmentez le PIB. Mieux encore, si vous êtes hospitalisé pour une fracture vicieuse, vous faites faire un bon au PIB. D’une façon générale, plus nous gaspillons, plus nous polluons et plus nous sommes malades ou invalides, plus nous faisons progresser le PIB : la belle affaire ! Il n’y a rien de pire pour le PIB qu’une population satisfaite, épanouie et en bonne santé…elle consomme si peu !

Nous avons besoin de croissance, parce les Etats ont des dettes ! Comme l’a écrit récemment Bill Bonner, dans sa chronique Agora : « Le problème, avec la croissance du PIB, c’est qu’elle ne fait qu’indiquer à quelle vitesse les roues tournent. Elle ne dit pas si l’on arrive quelque part ».

 

NB : La chronique-libre n°293 constituera la suite de celle-ci et sera intitulée : « Les faux remèdes de la croissance ? ». Nous exposerons les caractéristiques et les dangers des fausses pistes, proposées par certains.

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