388 – RELIGIONS, MARIAGES ET SEPULTURES

Posted on février 1, 2013 par

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Sous toutes les latitudes, et à toutes les époques, les sociétés humaines – quelles soient archaïques ou développées – étaient caractérisées par trois invariants universels.

Ces trois piliers sur lesquels reposent toutes les sociétés humaines, depuis la nuit des temps, sont les suivants : elles disposent toutes d’une religion ; l’institution du mariage est sacralisée et solennelle ; enfin les morts bénéficient d’une sépulture après des rites sacrés.

Or, il se trouve que nos sociétés contemporaines occidentales tournent progressivement le dos à ces trois caractéristiques qui paraissaient comme constitutives de toutes les sociétés. La religion est délaissée au profit d’une laïcité qui nous a fait perdre toute notion du sacré. Le mariage est contesté, il est devenu facultatif et il a perdu une grande partie de son caractère solennel. Le fameux « mariage pour tous », c’est-à-dire entre personnes du même sexe, enlève définitivement la valeur fondamentale symbolique du mariage. La vie humaine ayant perdu son caractère sacré, la mort n’a plus besoin d’être accompagnée par des rites religieux, elle débouche sur le néant. Le décès d’un proche ne pose que des problèmes matériels, des soucis d’intendances, mais toute autre considération plus ou moins sacralisée est évacuée par une laïcité bienveillante.

Il est difficile de dire quelles peuvent être les conséquences d’un tel bouleversement des valeurs, sur le devenir de nos sociétés humaines. Cette laïcité triomphante, héritée de la vision purement matérialiste de la vie, saura t-elle apporter assez de réconfort et de liens sociaux pour permettre à ces sociétés de continuer à se développer harmonieusement ? Ou bien, au contraire, ce matérialisme froid et anxiogène va t-il engendrer une angoisse existentielle qui pourrait déboucher sur une société dépressive ?

Il est difficile de répondre, mais chacun sent bien que notre société occidentale contemporaine est soudain saisie d’un immense doute quant à son devenir. Il est possible que le renversement des totems et des tabous ne soit pas sans conséquence sur la survie même de nos sociétés.

LE CULTE DE LA RAISON

LE CULTE DE LA RAISON

 Sur le plan de la religion, on ne peut pas dire que les tentatives de sociétés sans dieux aient débouché sur un émerveillement et un enchantement des citoyens. Dans les années qui suivirent la révolution française, Robespierre imagina le « culte de l’être suprême », un mélange de culte de la raison, de vénération des Lumières ainsi que de la liberté et de l’égalité. Plus tard, l’athéisme total triompha et les églises furent transformées en « temples de la raison ». Hormis quelques représentations spectaculaires qui attirèrent les foules curieuses, les temples de la raison furent vite oubliés. L’Union Soviétique fit une tentative similaire, elle chassa toutes les manifestations religieuses ou spirituelles et opprima les représentants du culte. Il suffisait de voyager à cette époque dans l’une ou l’autre des républiques soviétiques, ou leurs satellites, pour se rendre compte de l’immense déprime collective.

Sur le plan du mariage, j’ai déjà ici exposé les raisons qui, selon moi, militaient contre 1823078_3_c2a3_avec-la-nouvelle-loi-les-epouses-des-meres_aa07b4738fce527476ea9d0aa99711e3l’adoption du mariage pour tous. Le mariage est une institution porteuse d’avenir, élaborée par les sociétés humaines, pour célébrer une union qui est sacrée parce qu’elle incarne les générations futures et le devenir du clan et de la race. Le mariage est une union tournée vers l’avenir qui marque la foi dans la destinée de la société qui la célèbre. Au contraire, l’union entre deux individus du même sexe tourne le dos à l’avenir, puisqu’elle n’est pas féconde. Le mariage pour tous enlève donc son caractère sacré au mariage qui devient un banal contrat légal.

Unknown-3 Sur le plan des cérémonies mortuaires, nous assistons aussi à une simplification des rites, voire à leur suppression presque totale. En quelques années la crémation remplace la mise en terre. Les morts sont dorénavant privés de dernière demeure, leurs cendres sont dispersées aux quatre vents, comme pour mieux marquer combien la mort ne débouche sur rien. Les familles qui ne sont rattachées à aucune religion sont souvent privées de cérémonie ce qui complique singulièrement le travail du deuil. Ceci n’est sans doute pas étranger au fait qu’une dépression sur deux survient après un deuil mal fait. Les spécialistes parlent de « deuil pathologique ».

Les trois institutions fondatrices de nos sociétés sont contestées et en voie de disparition. J’en profite pour citer un très beau texte d’un ancien Premier Ministre français, Lionel Jospin : « Les institutions ont été créées pour fonder et étayer les sociétés… Je ne crois pas qu’il soit pertinent d’en dénier le sens. Le mariage est dans son principe et comme institution, « l’union d’un homme et d’une femme ». Cette définition n’est pas due au hasard. Elle renvoie non pas d’abord à une inclination sexuelle, mais à la dualité des sexes qui caractérise notre existence et qui est la condition de la procréation et donc de la continuation de l’humanité ». Après avoir réfuté l’adoption par des couples homosexuels, l’ancien Premier Ministres conclut : « On peut respecter la préférence amoureuse de chacun, sans automatiquement institutionnaliser les mœurs ». Tout est dit, il n’y a rien à ajouter.

En même temps que nous disons Adieu à Dieu, nous disons Adieu à la vie que le mariage symbolise et Adieu au monde des morts auquel nous étions jadis relié à travers les générations. Jusqu’à présent les sociétés laïques et athées n’ont débouché que sur un monde désenchanté, sans le lien social qui reliait les communautés grâce à son caractère sacré…