423 – IMAGINONS LE FUTUR

Posted on avril 26, 2013 par

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Si notre civilisation est arrivée au bout de son parcours, il convient d’imaginer un autre futur. Nous allons brasser quelques utopies, mais il ne faut fermer aucune porte et éviter les a priori.

J’aime citer cette belle métaphore de Jean Giraudoux qu’il plaça dans la dernière scène d’Electre. Une femme demande : « Comment cela s’appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd’hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l’air pourtant se respire, et qu’on a tout perdu, que la ville brûle, que les innocents s’entre-tuent, mais que les coupables agonisent, dans un coin du jour qui se lève ? ».

Le mendiant lui répond : « Cela a un très beau nom. Cela s’appelle l’aurore ».

images-3Peut-être est-il temps de se préparer à un nouvel aurore ? Il faut se rendre à l’évidence, la croissance devient une utopie car elle est tout simplement globalement impossible. La terre comptera 9 milliards d’habitants en 2050. Du point de vue écologique, nous vivons à crédit depuis plus de quarante ans. Vous avez certainement en mémoire des petits coins de paradis de votre enfance, une rivière à l’eau claire, un quartier tranquille, une campagne non souillée… Que sont-ils devenus ? Que deviendront-ils demain si nous ne changeons pas de direction ?

Nous puisons dans les ressources naturelles bien au-delà de leurs capacités de

Nom-de-nom, qu'est-ce qui ne va pas avec vous? Ramez!... ramez!... Vous voulez que l'on sombre tous?...

Nom-de-nom, qu’est-ce qui ne va pas avec vous?
Ramez!… ramez!…
Vous voulez que l’on sombre tous?…

régénération, tandis que nos déchets et la pollution que nous engendrons dépassent les capacités d’absorption ou d’élimination. Ces 9 milliards d’habitants ne pourront donc pas avoir le mode de vie à l’occidentale comme nous avons aujourd’hui : c’est tout simplement impossible ! Il n’y aura pas assez de forêts, de lacs et de mers ; pas assez de poissons et de ressources. Il faudrait 4 ou 5 planètes pour faire vivre 9 milliards d’individus comme nous avons appris à vivre…

La croissance mondiale devient mécaniquement impossible. S’il doit y avoir croissance

quelque part, il faut envisager la décroissance ailleurs. Tel est le nouveau défi : prendre conscience que les arbres ne montent pas jusqu’au ciel ! La décroissance, c’est un nouveau mot qui fait encore peur et qui demeure tabou dans la bouche des économistes et des politiques. Est-ce une utopie de plus, cheval de bataille de quelques intellectuels gauchistes et alter mondialistes ? Ou bien est-ce une nécessité implacable qu’il vaudrait mieux organiser que subir ?

Unknown-1 Depuis Adam Smith, cela fait 250 ans que nous pensons que le progrès doit nécessairement être associé à la croissance et que la réponse à tous nos problèmes réside dans davantage d’expansion. Il est vrai que ceci a fonctionné pendant longtemps mais, depuis les années 70, la suspicion a commencé à germer chez certains esprits novateurs qui ont douté que le futur puisse continuer à ressembler au passé. Un petit groupe d’industriels et de scientifiques européens se sont réunis dans la capitale Italienne pour réfléchir à ces questions et ils furent connus ensuite sous le nom de « Club de Rome ». Ils chargèrent une équipe de jeunes analystes du fameux MIT (Massachussets Institute of Technology) de réaliser une étude globale. Cela donna lieu, en 1972, à la publication d’un rapport intitulé « The limits to Growth » qui fut traduit en 30 langues et vendu à 30 millions d’exemplaires. Il n’est pas exagéré de dire que ce fut le fondement de la pensée écologique et la première prise de conscience globale des problèmes environnementaux.

Les conclusions du rapport peuvent se résumer en trois points :

1-  Si la tendance actuelle de la population mondiale, de l’industrialisation, de la pollution et de la diminution des ressources continue, les limites de la croissance sur cette planète surviendra durant le prochain siècle.

2-  Il est possible de modifier cette tendance et d’établir les conditions d’une stabilité écologique et économique qui soit durable dans le temps. Cet état d’équilibre global pourrait être réalisé de telle sorte que les besoins matériels de base de chaque individu sur cette terre soient satisfaits et que chacun ait une opportunité équivalente de réaliser son potentiel humain individuel.

3-  Si les peuples du monde décident de s’orienter vers cette seconde solution, plus tôt ils se mettront au travail, plus grande sera leur chance de succès.

Ce rapport n’a jamais été contesté, mais il n’a jamais été mis en pratique sérieusement. Il ne suffira pas d’attendre l’aurore sans rien modifier de nos comportements. Nous verrons s’il est possible d’organiser la décroissance… ou bien s’il s’agit d’une utopie d’intellectuels.