Liberté de ton, Liberté d'opinion
Ce mot a été fabriqué à partir du grec topos (lieu) précédé de « ou » privatif. Il s’agit donc de « nulle-part », c’est à dire d’un lieu qui n’existe pas. La lecture de ce livre nous est particulièrement précieuse, à une époque où nous cherchons à réinventer le monde. Thomas More n’aurait pas renié ceux qui, aujourd’hui, prônent la décroissance et le refus de la société marchande qui gouvernait déjà le monde de son temps. Son livre constitue un procès en règle contre « la conspiration des riches ». Nous ne savons pas si Thomas More lui-même croyait en la possibilité de cette société idéale, de même que nous ne savons pas si les apôtres de la décroissance sont convaincus que leur rêve soit jamais réalisable ou même souhaitable. La dernière phrase de son livre ne lève pas le doute : « Il y a dans la république utopienne bien des choses que je souhaiterais voir dans nos cités. Je le souhaite plutôt que je ne l’espère ».
Dans l’ile d’Utopia, il n’y a ni propriété individuelle, ni signe extérieur de richesse. L’or est considéré comme un métal vulgaire dont on pare les condamnés et les esclaves. « La nature n’a attaché à l’or et à l’argent aucune propriété qui nous serait précieuse, si la sottise des hommes n’ajoutait du prix à ce qui est rare ». La beauté de la nature et la musique suffisent au contentement des hommes qui ne manquent de rien. Ils vont au marché pour s’approvisionner gratuitement en biens et nourritures qui sont là en suffisante abondance car « c’est la hantise de la pénurie qui rend avide et rapace »
l’ordre public et les règles utopiennes. « Il est toutefois interdit, avec une pieuse sévérité, que personne dégradât la dignité humaine en admettant que l’âme périt avec le corps ou que le monde marche au hasard sans une providence ». Le suicide est autorisé car « c’est agir sagement que de mettre fin par la mort à ce qui a cessé d’être un bien pour devenir un mal ». D’un autre côté, « l’adultère est puni de la servitude la plus dure ».