429 – LA SOBRIETE HEUREUSE

Posted on mai 15, 2013 par

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Nous poursuivons notre voyage au pays de la décroissance, sans savoir encore si ce pays pourrait un jour exister. Nous avons vu les critiques de Pierre Rhabi vis à vis de la société de consommation qui, selon lui, nous aliène. Quelles solutions propose t-il ?

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Disons-le d’emblée, Pierre Rhabi propose de modifier radicalement les fondements de notre société : « Nous considérons que le modèle dominant actuel n’est pas aménageable et qu’un changement de paradigme est indispensable ». Il n’appelle pas à la révolution mais à « l’insurrection des consciences ».  Pour lui, « le temps est venu de savoir où nous voulons aller et quelle vie nous voulons vivre. » Pour cela, il propose dès l’enfance, « une pédagogie de l’être » qui abolit le chacun pour soi et qui ne soit pas fondé sur l’angoisse de l’échec mais sur l’enthousiasme d’apprendre comme par exemple dans les écoles Montessori.  « Ce que tout le monde appelle « éducation » est une machine à fabriquer des soldats de la pseudo-économie, et non de futurs êtres humains accomplis, capables de penser, de critiquer, de créer ». Il s’agit, au contraire, d’éveiller à la beauté du monde et à la responsabilité à l’égard de la vie. La réussite ne se compte pas en quantité de savoirs mais en qualité d’élévation de la conscience et d’épanouissement personnel.

La possession est lourde; le partage est amusant.

La possession est lourde;
le partage est amusant.

 « La seule économie qui vaille est celle qui produit du bonheur avec de la modération », tel est en bref le cœur de la pensée de Pierre Rhabi. Cette « sobriété heureuse » étant facteur de justice et d’équité, la pauvreté devient une véritable option de vie, un choix délibéré. C’est ainsi qu’il plaide pour une société fondée sur le bonheur d’être plutôt que sur la volonté d’avoir. C’est dans cette perspective qu’il plaide pour « l’agroécologie », une sorte d’éthique de vie basée sur une technique agricole qui permet aux populations de regagner en autonomie. Une agriculture raisonnée, à taille humaine, telle que l’on en trouve encore en Europe et qu’il faut préserver afin d’éviter une industrialisation déshumanisante.

De la même façon il insiste sur l’importance du travail manuel, « de l’intelligence des mains », de la production locale, grâce à l’artisanat et au petit commerce. Une sorte d’autosuffisance et de restriction volontaire de la consommation. Produire l’essentiel et tourner le dos au superflu et à l’inutile. C’est un peu la philosophie et la légèreté du nomade qui ne possède rien, ou pas grand chose, sauf le plaisir de la vie et la joie d’être. La vision de Pierre Rhabi est un peu celle du paradis perdu. « L’initiation à la modération est source de joie, car elle rend plus accessible la satisfaction, abolissant la frustration que produit le toujours plus ».

Cette vision peut paraître utopique, mais Pierre Rhabi n’est ni idéologue, ni théoricien, il a vécu concrètement cette vie là et son plaidoyer est l’histoire de sa vie, ainsi que celle de tous ceux qui ont suivi sa voie, dans le cadre de diverses associations qui fonctionnent actuellement sur le modèle de la sobriété heureuse. Pas besoin donc de décrets ou de lois restrictives, pas de chamboulements inutiles, mais simplement un engagement personnel, comme un appel vers une autre façon de considérer la vie et le bonheur. Il s’agit d’une véritable insurrection pacifique des consciences qui ne demande qu’à faire tâche d’huile…

image001 Il est important de signaler que Pierre Rhabi ne s’inscrit pas dans la lignée de certains altermondialistes, engagés politiquement, qui rêvent d’imposer à tous leurs modèles de société. Ils rêvent surtout de prendre aux riches, de taxer davantage, de lutter contre le système en place, de travailler moins et de recevoir plus ! Il s’agit d’une sorte de revanche des médiocres et des envieux qui luttent pour une société d’assistés telle qu’elle est décrite dans le numéro d’Avril du mensuel Alternatives Economiques qui avance 10 propositions « pour vivre mieux sans croissance ».

Nous sommes bien loin de l’égoïsme, de l’irresponsabilité et du cynisme de nos sociétés contemporaines. La sobriété heureuse est basée sur le partage et l’échange, sur la richesse des expériences humaines ; elle débouche naturellement vers plus de liberté et plus de responsabilité. Pierre Rhabi n’a pas choisi la voie de la facilité mais celle de l’engagement, il ne rêve pas de vivre aux dépens de ceux qui travaillent !… Il n’est pas un envieux mais un visionnaire.