463 – L’ITALIE A T-ELLE MANQUE SON RENDEZ-VOUS AVEC L’HISTOIRE?

Posted on septembre 12, 2013 par

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En Novembre 2011, lorsque Mario Monti fut nommé premier Ministre, succédant à une clique de politiciens démagogues, un immense espoir est né pour que ce gouvernement de « techniciens », non affiliés à un parti politique, puisse sortir l’Italie de l’ornière.

 

MARIO MONTI

MARIO MONTI

 L’Italie s’est retrouvée dans une situation calamiteuse en raison non pas d’un trop peu de démocratie, mais de la déliquescence avancée de son mode de gouvernement. Les mesures prises par Mario Monti furent saluées par les marchés, ce qui permis à nouveau au pays d’emprunter à des taux plus raisonnables. Il entreprit des réformes de structures pour rendre l’économie plus compétitive (voir chronique 341).

 

« L’expérience Italienne » d’une démocratie dépolitisée était suivie avec intérêt partout dans le monde pour savoir « si elle peut servir d’antidote à la paralysie et aux dysfonctionnements qui accablent aujourd’hui l’Occident. Si la déliquescence politique peut céder le pas à une bonne gouvernance en Italie, la voie tracée par Mario Monti aura bénéficié à tous ». Ces propos ont été écrit par Nicolas Berggruen dans son livre « Gouverner au XXIème siècle » et dont nous reparlerons dans  notre prochaine chronique.

 

« Une bonne gouvernance n’est possible que si l’on débarrasse le processus décisionnel politique de toute dimension vétocratique », précise l’auteur dont nous venons de parler. Ce terme de vétocratie est emprunté à Francis Fukuyama, rendu célèbre avec son fameux livre sur « La Fin de l’Histoire ». « Dans une vétocratie, les décideurs élus sont prisonniers d’opinions populistes et de groupes d’intérêts organisés ». Ainsi, il est toujours plus facile de dire non à toute réforme et de garder le statu quo que d’envisager de vrais changements. A cet égard, la France n’a rien à envier à l’Italie !

 

En une année de gouvernement Mario Monti eut le courage que le gouvernement français n’a jamais eu, c’est à dire s’attaquer aux tabous de la gauche comme de la droite. Il augmenta les impôts certes, mais il entreprit aussi des réformes de structures. Il  réforma les retraites y compris celle des fonctionnaires, ramenant l’âge de départ à 66 ans, il s’attaqua aux niches fiscales et aux privilèges de certaines professions, il réorganisa la fonction publique et il imposa l’église Catholique. Enfin, il prit des mesures pour fluidifier le marché du travail. Pour l’ensemble de sa politique, il reçut le soutien de la Chancelière Allemande et du Président des Etats-Unis.

 

images-2 Vous savez hélas ce qu’il advint : les partis politiques repartirent à l’attaque et harcelèrent ce gouvernement qui avait pourtant sauvé l’Italie de la Faillite. Mario Monti démissionna en Décembre 2012 et organisa des élections d’où il sortit un parlement ingouvernable. Les partis politiques prirent d’assaut les media qui jouèrent, comme d’habitude, un rôle funeste. Monti commit l’erreur de se présenter aux élections mais les électeurs se firent à nouveau hypnotiser par des démagogues de tous bords ! Les peuples sont ingrats. Un gouvernement a-politique était pourtant la seule forme de gouvernement qui pouvait permettre à l’Italie d’avancer. Les élus manquent trop de courage et de détermination.

 

La coalition au pouvoir aujourd’hui est fragile et n’est pas à l’abri des surenchères démagogiques et

"même le pape a pris sa retraite avant Berlusconi"

« même le pape a pris sa retraite avant Berlusconi »

des chantages des autres partis. « Le gouvernement est désormais un mort qui marche », écrivait récemment le journal Il Fatto quotidiano. Silvio Berlusconi, condamné par la justice, menace de faire tomber le gouvernement s’il est déchu de son mandat de sénateur. A l’heure où nous écrivons, nous sommes encore dans le suspense d’un soap opera à la romaine !

 

La politique italienne est donc revenue à la case départ : magouilles, menaces, chantages, truquages, bref à nouveau la déliquescence et l’inaction, as usual. L’Italie a sans doute manqué son rendez-vous avec l’histoire. Pendant ce temps, le PIB italien recule de 2,1% mais c’est le dernier des soucis de la classe politique qui n’a pas d’autres buts que de conserver ou de conquérir le pouvoir… Que restera t-il du travail de Mario Monti ?

Qui sauvera la démocratie ? Mérite t-elle d’être sauvée ?

 

Posted in: Economie, Politique