727 – LE « JURIDISME »: MALADIE DU SIECLE

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Sournoisement, les juristes ont pris le pouvoir en complexifiant les rapports humains dans un charabia abondant et opaque dans lequel tout le monde se perd.

Au niveau individuel, au sein des entreprises, entre les Etats, les rapports sont devenus juridiques avant tout. Nous croulons sous les lois, les décrets, les réglementations, et les directives qui s’accumulent, s’enchevêtrent et se contredisent.

Les lois sont souvent interprétées selon la Lettre et non selon l’Esprit. Elles finissent par être détournées de leur but et de l’esprit dans lequel elles ont été promulguées. Confondre l’Esprit et la Lettre, c’est ce que font les spécialistes du droit canon depuis des siècles. Aujourd’hui, les juristes et les avocats sont à la charnière de chaque transaction. De ce fait, les relations sont devenues d’une complexité et d’une lourdeur qui ralentissent les échanges, les accords et la création.

 Des contrats léonins

Chaque jour, nous signons les yeux fermés quantité de contrats, aussi volumineux qu’illisibles, pour contracter une assurance, ouvrir un compte en Banque, obtenir un prêt, ou acheter un téléphone portable. Nous savons bien que ces contrats ont été écrits par des juristes, au profit exclusif de l’entreprise qui les emploie, et destinés à être lus par des juristes.

Sur les réseaux sociaux ou pour le commerce en ligne, nous avons pris l’habitude de cliquer sans hésitation sur le fameux « J’accepte », sans jamais savoir ce que nous acceptons. Je mets au défi n’importe quel individu, normalement constitué, de lire et de comprendre le fouillis de lignes serrées, souvent mal traduites… et pourtant nous signons.

Nous sommes démunis face à cette littérature indigeste que nous sommes obligés d’approuver sans en connaitre la teneur exacte. Nous savons simplement que, généralement, nous abandonnons tous nos droits au profit exclusif de l’entreprise contractante !

Il est clair, qu’il y a une profonde dissymétrie entre les parties contractantes. Le simple usager n’a ni le temps, ni les compétences, ni même la possibilité, de contester ce qu’on lui demande de signer. En cas de conflit devant les tribunaux, les juges devraient mettre en lumière le caractère léonin de ces contrats.

 Le double carcan

A la fin du siècle dernier, les financiers avaient pris le pouvoir au sein des entreprises. Ils avaient une vue à court terme et leur but étant de « maximiser le profit », comme ils avaient appris dans les écoles de management.

Mais, face à l’abondance des lois et règlements nationaux et européens, les juristes ont pris de l’importance au sein des entreprises. Plus un accord, plus une collaboration, plus un brevet ne sont possibles sans la supervision d’un ou plusieurs juristes. Les contrats deviennent chaque jour plus longs et plus complexes.

Il faut dorénavant une kyrielle de spécialistes en droit des affaires, en commerce international, en droit des marques, en propriété intellectuelle, etc, qui se disputent un bout de territoire.

En Europe, c’est à la France que revient la palme du juridisme galopant. L’emblème, l’étendard du juridisme à la Française repose sur les 3142 pages de l’édition 2018 du Droit du Travail, désormais célèbre bien au-delà des frontières, et dont la nation tire son orgueil !

Les Directeurs des Ressources Humaines sont des juristes qui doivent connaitre sur le bout des doigts les contradictions et les méandres d’un fleuve juridique, sans cesse en crue… Une simple embauche ou une procédure de licenciement demande des heures de réflexion et de rédaction d’un roman fleuve imbuvable.

Il n’y a donc plus beaucoup d’entrepreneur dans les entreprises, sauf dans les start-up. Nombre de grandes entreprises sont aujourd’hui incapables d’innover et de créer. Elles sont inhibées dans leur développement sous la double férule des financiers et des juristes.

 La fabrique des eurosceptiques

Au niveau des Etats, on assiste à la démission des Politiques au profit du juridisme. Dès qu’il y a un conflit, une difficulté, un choix à faire, le problème sera « réglé » sous un habillage juridique ad hoc.

Dans ce domaine l’avantage revient à L’Union Européenne qui, dans son ensemble, est gérée par des juristes. Ils ont réalisé ce tour de force de transformer le plus beau des rêves des années 60 en un cauchemar de règlements indigestes et pointilleux qui ont éloigné les citoyens du projet européen.

Le juridisme fut à l’œuvre lors de la crise bancaire de 2008 qui fut prise en main par un bataillon de juristes qui noyèrent les problèmes dans une prose absconde. En langage clair, ils ont mis la poussière sous le tapis de telle sorte qu’on ne la voit plus.

C’est le même procédé qui fut employé pour la Grèce. Elle entra dans l’Union Européenne suite à un montage juridique trompeur et mensonger dans lequel personne ne comprenait rien et elle fut sauvée du naufrage par un autre subterfuge juridique. La réalité était que la Grèce était insolvable, mais les juristes ont trouvé les mots pour la masquer. Elle reste et demeure insolvable !

Avec le Brexit, les juristes sont à la fête et on peut faire confiance à la mauvaise foi britannique pour faire prendre des vessies pour des lanternes ! Il sortira de tout cela un traité qui fera des milliers de pages difficiles à comprendre, mais surtout contradictoires, afin que chacun y trouve son compte.

Il faut envisager le futur, lorsque le « juridisme » sera pris en main par l’intelligence artificielle. Irons-nous vers encore plus de complexité ou bien les ordinateurs auront-ils plus de bon sens et l’esprit plus clair que nos juristes en chair et en os ?

 

 

 

 

 

 

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