757 – LE MAL ÊTRE DES JEUNES

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Les chiffres sont inquiétants : beaucoup d’enfants vont mal. Les pédiatres parlent d’épidémie de troubles psychiques divers. Les causes ne sont pas claires.

 Ce sujet me préoccupe et m’interpelle. Je m’intéresse de très près à la santé depuis des dizaines d’années. Je suis habitué aux maladies de civilisation galopantes dans nos sociétés de surabondance, tels le diabète, l’obésité, le cancer ou les maladies cardiovasculaires.

Mais les troubles psychiques et du comportement, chez les enfants, constituent un phénomène relativement nouveau qui s’amplifie d’année en année de façon très angoissante, d’autant que l’on a de la difficulté à cerner les causes. Finalement, c’est peut-être là que se situe le plus grave problème que les sociétés modernes contemporaines doivent affronter !

L’alerte des pédopsychiatres

Des professionnels de la santé infantile viennent de publier une tribune afin d’alerter l’opinion, les instances médicales et les responsables de la santé. Ils parlent « d’épidémie » et publient des chiffres qui font peur. 25% des parents sont concernés.

« Le nombre d’enfants scolarisés de 2 à 11 ans souffrant de troubles intellectuels et cognitifs, de troubles du psychisme ou de troubles du langage est en très forte augmentation alors que les chiffres des troubles visuels ou auditifs n’ont pas bougé ».

Ainsi, entre 2010 et 2018 :

  • les troubles intellectuels et cognitifs ont augmenté de 27%
  • les troubles psychiques ont augmenté de 54%
  • les troubles de la parole et du langage ont augmenté de 97%

Le cri d’alarme des enseignants

Dans une précédente chronique j’ai rapporté l’inquiétude des enseignants face aux troubles graves du comportement chez de nombreux enfants qui deviennent hyper-agressifs et très difficiles à canaliser.

Même en Suisse, les classes chez les 12-15 ans sont souvent devenues infernales, impossible à gérer tellement ils sont agressifs et insolents.

Beaucoup d’enseignants sont épuisés et désabusés face à un problème auquel ils ne sont pas préparés tandis que la société et les parents ne semblent pas en avoir mesuré l’ampleur.

Les tyrans domestiques

Ces problèmes de comportement surviennent aussi à la maison mais sont souvent minimisés par les parents, sauf dans les cas les plus graves dans lesquels ils doivent demander de l’aide.

Le CHU de Montpellier a ouvert un service spécialisé pour les parents en détresse face à des enfants tyrans. Des enfants qui règnent en maître à la maison et dictent leurs lois, des enfants qui menacent et battent leurs parents.

« Mon fils, il se sent propriétaire de la maison, c’est comme si c’était nous qui vivions chez lui. Il voit déjà comment déshériter sa sœur… » raconte une femme exténuée. « Ma fille elle dit, c’est mon canapé, mon chat, mon assiette. Si je veux rentrer dans sa chambre elle m’attaque », soupire une autre.

Selon la pédopsychiatre en charge du service : « Il y a souvent un trouble déficit de l’attention, une hyperactivité, une anxiété. Ces enfants, sont souvent issus de milieux favorisés, font de gros efforts pour s’adapter à l’extérieur et explosent en rentrant à la maison ». Chez les enfants tyrans, il ne semble pas qu’il y ait de carences éducatives, selon les spécialistes.

Le stress

Dans la chronique 720 « Le burn-out des enfants », j’ai déjà montré combien le stress que subissent nombre d’enfants face à une surcharge d’activité pouvait générer des troubles du comportement.

Certaines associations militent pour « moins de pression et plus d’enfance », pour plus de temps libre. Selon les statistiques médicales 30% des enfants de moins de 11 ans souffrent de troubles du sommeil.

La course à la réussite et à la performance a un prix !

La pollution chimique

Parmi les causes de ces troubles psychiques chez les enfants, nombreux sont ceux qui mettent en cause la pollution. J’ai déjà traité ce sujet dans la chronique 717 « Nos enfants gravement menacés ». 

Des études ont montré un lien entre le taux de particules fines dans l’atmosphère pendant la grossesse et les troubles cognitifs. Il fut également montré que les perturbateurs endocriniens, présents dans les pesticides, perturbaient le développement intellectuel et provoquaient une baisse significative du quotient intellectuel.

Une étude californienne a même fait le lien entre la présence d’un insecticide organophosphoré et l’incidence de l’autisme qui touche aujourd’hui un enfant sur 68 !

Surexposition aux écrans

Les parents connaissent tous la fascination qu’exercent les écrans sur les cerveaux des plus jeunes. En France, un collectif lance une alerte de santé publique à ce sujet.

Selon ce collectif, « de nombreux travaux confirment depuis vingt ans l’effet délétère sur le langage, le sommeil et le comportement, d’une exposition à la télévision d’enfants de moins de 2 ans ». Il précise qu’à ce jour aucune étude n’a montré un quelconque effet bénéfique de l’exposition aux écrans.

Pour les plus grands enfants, les études confirment le lien entre l’exposition aux écrans et les troubles du sommeil, les troubles de l’attention, l’hyperactivité et la baisse des résultats scolaires.

Il revient aux pouvoirs publics de lancer des messages d’alerte aux parents et appliquer un principe de précaution élémentaire.

On connait donc le mal-être des enfants, depuis le simple trouble du sommeil jusqu’au burn-out, en passant par l’enfant tyran. Les causes sont sans doute multifactorielles : stress, pollution chimique, écrans, sans oublier les familles éclatées et un certain laxisme dans l’éducation de nombreux enfants qui manquent ainsi de repères sécurisants. Je ne peux pas m’empêcher de penser aussi au nihilisme et au cynisme ambiant d’une société qui a perdu le sens…

 

 

 

 

 

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