832 – UN RÉGIME PLUS AUTORITAIRE EST-IL SOUHAITABLE ?

Posted by

Nos démocraties libérales sont fatiguées et souvent inefficaces. Dans de nombreux pays l’unité nationale est fracturée et les citoyens se révoltent. Il n’a jamais été aussi difficile de gouverner. Quelles sont les alternatives ?

 D’un côté, nous observons la déliquescence des démocraties parlementaires libérales qui s’abiment dans le chaos, comme c’est le cas dans de nombreux pays européens- dont la France- et comme c’est aussi le cas aux Etats-Unis, leader du monde occidental. La pandémie au covid-19 a mis à jour les failles et les faiblesses des démocraties, à la fois trop libérales et trop centralisées.

D’un autre côté nous voyons, ici et là, surgir des régimes autoritaires, issus des urnes, mais exerçant le pouvoir avec une extrême fermeté pendant la durée de leurs mandats. Ces gouvernements semblent plus stables et plus performants au point de susciter un certain intérêt.

Par ailleurs, l’expérience que nous avions tiré des régimes communistes était qu’un système totalitaire ne pouvait mener à la réussite économique. Le succès de la Chine nous administre la preuve du contraire.

Les éléments que je viens d’énumérer nous obligent à remettre en question nos points de vue et à poser une nouvelle fois l’éternelle question : « Quel est le meilleur système de gouvernement ? ».

La démocratie parlementaire décrédibilisée

L’Occident a inventé la démocratie parlementaire qui fut longtemps le modèle idéal de gouvernement. Mais j’ai souvent démontré dans mes chroniques comment ce système s’était dévoyé au fil des années. (Relire la chronique 753 « Redonner la parole au peuple»).

Cette démocratie est devenue une démagogie, et, pour être élus, les politiciens doivent faire des promesses irréalistes. Autrement dit, ce sont souvent les meilleurs bonimenteurs qui sont élus, au détriment des meilleurs talents ! Les gouvernements issus de ces élections flattent les électeurs, surfent sur les émotions et sont incapables de prendre les décisions indispensables, dès lors qu’elles peuvent être impopulaires.

En outre, dans les démocraties parlementaires, les citoyens transfèrent leur pouvoir à des représentants et se trouvent dépossédés, les élus étant eux-mêmes affiliés à des partis politiques sectaires, qui s’intéressent davantage à la suprématie du parti qu’aux bienfaits de la nation…

Le consensus étant impossible, il se trouve toujours des citoyens qui sont en désaccord avec les décisions prises et un parti politique de l’opposition pour souffler sur les braises de la contestation populaire. Qui peut imaginer que la démocratie parlementaire sera capable d’agir efficacement contre le réchauffement climatique ?

Dans ces conditions, la démocratie, ballotée entre la démagogie et la contestation permanente, se trouve affaiblie et dépouillée au profit de mouvements ultras qui occupent la rue, manifestent et souvent engendrent des dégradations. Ils sont aidés en cela par les media qui font leurs choux gras du sang et des larmes !

C’est alors que le chaos s’installe, que le gouvernement apparait faible, ce qui aggrave l’instabilité et le flottement dans l’opinion. Bien sûr, on peut changer de gouvernement, mais le même processus se reproduit ce qui, d’année en année, affaiblit et décrédibilise la démocratie parlementaire.

Les régimes autoritaires sont-ils plus efficaces ?

SI notre regard se tourne vers des démocraties moins libérales, elles nous apparaissent moins faibles et plus performantes. C’est naturellement à la Russie de Poutine à laquelle nous pensons, régime particulièrement autoritaire, certes, mais qui semble tenir la route!

Il est de bon ton en Occident de vilipender Wladimir Poutine, et même de le boycotter, mais force est de constater sa grande popularité en Russie, malgré sa fermeté. Il a pour lui la légitimité et la longévité qui assure à son pays la stabilité intérieure et le respect à l’extérieur. Il est facile d’imaginer que la Russie sans Poutine aurait vraisemblablement sombré dans le chaos !

On peut citer le président Turc Recep Erdogan, qui n’est pas un tendre, mais néanmoins élu, et qui mène son pays d’une main ferme avec de grandes ambitions. Il ne rêve rien de moins que de reconstituer l’Empire Ottoman, projet qu’il a commencé de mettre en œuvre en Irak, en Syrie, et en ce moment même en Lybie, où il a damé le pion aux Européens, trop faibles pour réagir.

Le Hongrois Viktor Orban constitue un autre exemple de gouvernement démocratique autoritaire et respecté. Il ne fait que profiter de la faiblesse de l’Union Européenne à son égard pour mener sa propre politique. Comme de nombreux hongrois, il n’a pas digéré les frontières décidées par le traité de Trianon en 1920 qui a fait perdre 71% de son territoire au royaume de Hongrie et en particulier la Slovaquie, la Croatie, une grande partie de la Roumanie actuelle et la pointe sud de l’Ukraine. Orban restaure symboliquement la Grande Hongrie et s’appuie politiquement sur cette nostalgie qui peut faire craindre de futurs conflits.

Impossible unité nationale

On peut se demander si l’erreur fondamentale des démocraties libérales n’est pas de rechercher le consensus. Elles entretiennent le mirage de l’unité nationale qui recule au fur et à mesure que l’on avance.

Un gouvernement est élu sur un programme, sur un projet et sur des convictions. Il reçoit, de la majorité du peuple, un mandat pour aller dans ce sens. Pourquoi faut-il qu’il hésite, qu’il tergiverse ou qu’il se laisse intimider par une opposition qui, quoi qu’il fasse, sera toujours contre ?

Il est impossible de gouverner en faisant plaisir à tout le monde, sinon cela finit dans la rue et à la fin c’est la rue qui gouverne, comme on l’a trop vu en France. Un chef d’Etat doit agir en conscience pour le bien général des citoyens et de la nation, il ne doit pas avoir la main qui tremble en décidant.

Gouverner, c’est accepter le clivage et c’est aussi montrer sa détermination et sa force. C’est aussi être capable de créer un lien particulier avec ses partisans, de se sentir soutenu dans son action. Le modèle qui nous vient à l’esprit c’est naturellement de Gaulle qui incarna la division, et l’assuma en 1940 contre le camp de l’armistice, et la renouvela en 1958 en crevant le ventre mou de la Quatrième République. Ensuite, il pousse une partie de l’opinion contre l’autre au moment de l’indépendance de l’Algérie et, en 1968, la France est à nouveau fracturée entre ceux qui veulent la révolution et les partisans de l’ordre.

Charles de Gaulle n’a jamais cherché l’unité nationale, sa mission se situait au-delà des émotions et des états d’âme provisoires des citoyens, il était au service de la nation. Il a pu transformer la France parce qu’il ne cherchait pas l’unité à tout prix.

Certes, tout le monde n’est pas de Gaulle, mais un leader doit avoir du charisme, une autorité naturelle, un talent, grâce auxquels il tisse des liens de confiance avec ses partisans. Sa main ne doit jamais trembler. Le Président Macron est intelligent et a du talent, mais c’est un intellectuel et c’est malheureux à dire, il est trop civilisé, trop poli, trop délicat, pour mener un peuple récalcitrant qui ne respecte que la force ! Il lui faudrait un peu plus de charisme pour emporter l’adhésion.

Il se peut que le nouveau et tonitruant Dupont-Moretti, ministre de la justice, apporte un peu d’émotion et de vie à la technocratie trop rationnelle qui s’est éloignée de l’humaine condition.

Dictature ou démocratie directe ?

Du temps de la République romaine, lorsque les conditions l’exigeaient, les deux consuls se mettaient d’accord pour nommer un « dictateur » provisoire, avec tous les pouvoirs, limités à 6 mois. Pendant ce laps de temps, il devait régler le conflit. Le dernier des dictateurs fut Jules César en personne qui garda le pouvoir au-delà des 6 mois requis et fut assassiné. L’étymologie du mot « dictateur » est celui qui parle et qui a l’autorité pour dicter aux citoyens la voie à suivre.

Nommer un ‘dictateur provisoire’ pourrait être un moyen de régler un certain nombre de conflits en France, telle la réforme des retraites ou la réforme de la fonction publique! A tout prendre, je préfère un dictateur provisoire, nommé ou élu, à une dictature imposée, ce qui pend au nez de nombreux pays qui ne parviennent pas à réformer leur démocratie trop libérale et trop molle. Je pense à la France, bien sûr.

L’autre alternative, pour laquelle j’ai plaidé maintes fois dans ces colonnes, s’intitule la ‘Démocratie directe’. Elle semble faire peur aux français, trop habitués aux régimes étatiques centralisés, dans lesquels c’est le gouvernement central qui va décider de tout, y compris de l’achat d’un nouveau képi au garde champêtre du village !

Dans la démocratie directe, ce sont les citoyens qui décident de tout, sans exception, au niveau local, au niveau régional et au niveau national. Pas besoin de grèves, de routes barrées, de manifestations ou de dégradations. Tout se passe en douceur, sans heurt et sans dictateur… Et, la Démocratie Directe est dans l’air du temps, parce qu’il s’agit d’une gouvernance horizontale qui tranche avec la gouvernance verticale, héritée de la monarchie…c’est la démocratie de l’ère d’Internet ! (Voir chronique 812 « Vers la démocratie horizontale »).

Cela fait plusieurs années que j’annonce le déclin des démocraties libérales parlementaires. Il faut songer à la suite :

  • Soit on ne fait rien : la chienlit s’installe, la racaille occupe la rue, la guerre civile menace et le peuple cherche un sauveur pour rétablir l’ordre. Il se trouvera toujours un candidat qui hurle plus fort que les autres pour prendre le pouvoir et s’imposer en dictateur.
  • Soit l’Assemblée, ou le président, nomme un dictateur provisoire pour résoudre les problèmes immédiats et ensuite le gouvernement reprend les rênes avec plus de fermeté, s’il en est capable.
  • Ou bien la Démocratie Directe est instaurée, grâce à un référendum ou par décision d’un dictateur provisoire, et c’est réellement le peuple qui gouverne, libre mais responsable. Ceci est valable au niveau des nations et aussi au niveau de l’Union Européenne. C’est ainsi que seul le peuple souverain peut imposer, et donc accepter, les mesures nécessaires pour lutter contre le réchauffement climatique.
  • Si vous voyez d’autres alternatives, vous pouvez faire vos suggestions…

 

Inscrivez-vous pour recevoir gratuitement chaque semaine une nouvelle chronique libre qui traite d’un sujet de société.

Merci de faire connaitre autour de vous www.chronique-libre.com

 

 

 

Laisser un commentaire