1083 – L’EUROPE LE CUL ENTRE DEUX CHAISES !

Les dirigeants européens n’en finissent pas de faire des mauvais choix politiques et géostratégiques. L’heure du bilan approche et la sanction va être sévère. Nous allons payer chèrement les fruits de la médiocrité qui, inéluctablement, nous conduit vers le déclin !

Depuis 15 ans, dans ces chroniques, j’alerte mes lecteurs sur les nombreux symptômes du déclin européen. Certains m’ont jugé trop pessimiste ! Je crains, hélas, que j’étais encore trop optimiste, tant les évènements en cours accélèrent le funeste destin de l’Europe.

Je cherche, en vain, les prémices d’un redressement et des raisons d’être optimiste… Il ne faut rien espérer tant que les peuples n’auront pas pris conscience de la gravité de la situation, permettant ensuite un sursaut salutaire. Il ne faut rien attendre des politiques qui ne feront jamais leur autocritique et rendront toujours les autres, ou la malchance, responsables de leurs déboires…

Selon eux, si l’Europe va mal, c’est de la faute à Poutine, c’est de la faute à Trump ou c’est de la faute à Xi Jinping ! Mais l’Europe serait exemplaire et même un modèle à suivre. Les dirigeants européens n’ont pas le sens du ridicule et font volontiers la leçon au monde entier. Les pays les plus endettés de la planète n’hésitent pas, comme le fait la France, à donner, avec condescendance, des cours d’économie et de bonne gouvernance à l’ensemble du monde…

Dans les faits, l’Europe et ses dirigeants sont directement et lourdement responsables des déboires du continent. Cela fait des décennies qu’ils œuvrent méthodiquement à l’affaiblissement de l’Europe pour des raisons idéologiques contraire au bon sens.

Un aveuglement politique

La construction européenne fut jadis un projet ambitieux porté par l’enthousiasme d’une jeunesse européenne qui rêvait de paix et de prospérité. Une poignée de pays, jadis ennemis, firent ce projet d’une Europe unie capable de rivaliser avec les grands pôles économiques mondiaux.

Le projet européen était à la fois économique et politique, dont le but, étape par étape, était de constituer une entité fédérale. Mais, ce projet supposait, à terme, une indépendance économique, géostratégique et politique vis-à-vis des autres puissances, en particulier de la puissance américaine.

Les politiciens européens ont commis une double faute impardonnable : d’une part, ils ont d’emblée renoncé à une armée européenne et ont cru se mettre à l’abri sous le parapluie américain. D’autre part, une kyrielle de politiciens et de fonctionnaires européens médiocres ont abandonné l’idée d’un gouvernement fédéral autonome.

Les fonctionnaires de Bruxelles ont pris le pouvoir et se sont empressés d’accumuler des normes et des directives qui entravent totalement l’économie et le dynamisme européen. Le comble fut atteint avec la nomination de Madame Van der Layen à la tête de la commission européenne. Elle est totalement soumise au leadership américain et prend ses ordres à Washington… Autrement dit, l’Europe s’est faite hara-kiri ! Sur le plan politique elle est inexistante. (Relire chronique 1032 « La déception européenne »).

Des choix économiques et industriels désastreux

Par démagogie et cynisme, les dirigeants européens ont délibérément choisi d’acheter les biens et les matériaux à l’étranger, au plus offrant. Les pays asiatiques ont pleinement profité de notre inconscience et de notre vision à court terme.

C’est la très grande faiblesse des démocraties que d’être incapables de voir au-delà de la prochaine échéance électorale, c’est-à-dire de plaire aux électeurs dans l’immédiat, sans jamais se projeter vers l’avenir.

L’électeur pense d’abord à son pouvoir d’achat immédiat et veut acheter le moins cher possible. Si la Chine offre de meilleurs prix, achetons chinois ! Au fil des années, les entreprises européennes ont perdu en compétitivité, les usines ont fermé les unes après les autres. (Relire chronique n° 1066 « Lente agonie européenne »).

Pendant ce temps-là, les dirigeants, enivrés par l’utopie d’un vertige idéologique, prônaient une société sans usine, consacrée presque exclusivement aux services, sans jamais préciser lesquels. Cette absence de bon sens, que l’on peut assimiler à un vent de folie, fut attisée par une idéologie écologique hors-sol qui accuse les usines de polluer. C’est sous ces fallacieux prétextes que l’Europe s’est drastiquement désindustrialisée.

Dans le même temps où l’Europe perdait sa suprématie industrielle et commerciale, et que donc elle s’appauvrissait, elle a voulu augmenter son train de vie en décidant d’une pléthore de subsides et d’avantages sociaux tous azimuts. Comme si cela ne suffisait pas, les principaux pays européens ont ouvert largement leurs portes à des vagues migratoires massives dans lesquelles ils peuvent perdre pied et se noyer.

Cette aberration économique n’a été possible qu’au prix d’un endettement massif. Certains pays, dont la France, risquent de couler, emportés par une dette qu’ils ne sont plus capables de maitriser. Dès que les taux d’intérêts vont remonter, la France sera asphyxiée, le seul paiement des intérêts de la dette représente le principal poste de dépense.

Le résultat de cette politique économique suicidaire a conduit à un manque total de compétitivité au niveau international. A titre d’exemple, en ce qui concerne la France, l’économiste Patrick Artus énumère au moins cinq handicaps majeurs générés par une politique économique désastreuse : un niveau élevé des coûts de production, une pression fiscale excessive, une règlementation tatillonne, un bas niveau de qualification et un système éducatif médiocre (1).

Certains chiffres sont plus parlants que de longs discours : en France ou en Allemagne, une heure de travail dans l’industrie coûte 47 ou 49 $ à l’employeur contre seulement 28$ aux USA. La somme des charges sociales, des cotisations et des impôts représente 46,6% du coût total du travail en France contre 29,9% aux USA… Les autres pays européens font un peu mieux, mais sont tous largement au-dessus des USA. Autrement dit, l’économie européenne est moribonde.

Une autonomie diplomatique et militaire impossible

Tout se tient. Une bonne politique doit être globale. Toute faiblesse sur un élément se répercute sur les autres. C’est ainsi que la faiblesse économique et politique de l’Europe impacte lourdement sa légitimité, et son indépendance diplomatique et militaire.

L’absence d’un Europe fédérale, dotée d’un gouvernement central souverain et élu démocratiquement, entraine l’impossibilité de disposer d’une armée européenne autonome. Elle doit donc s’allier à plus fort qu’elle pour assurer sa sécurité.

Par ailleurs, sa faiblesse économique et industrielle met l’Europe en grande dépendance des nations qui disposent des outils industriels modernes et performants, et lui imposent ses choix. La puissance protectrice, en l’occurrence les USA, lui impose ses investissements et ses choix industriels et militaires.

La faiblesse politique, économique et industrielle de l’Europe, lui a enlevé son autonomie diplomatique et stratégique. Elle ne peut plus décider par elle-même de son destin. C’est dans ce contexte qu’elle s’est crue obligée de suivre les USA dans leur périlleuse aventure militaire en Ukraine. Elle a abandonné ses atouts en Russie et a renoncé à ses liens diplomatiques et amicaux avec Wladimir Poutine, pour suivre aveuglément Joe Biden.

Au lieu de constituer un pôle de réflexion et de prendre du recul par rapport aux provocations américaines en Ukraine, les dirigeants européens se sont empressés de se ranger du côté des Américains contre les Russes. Ceux qui lisent mes chroniques régulièrement savent que le revirement américain était prévisible. La Guerre en Ukraine était la folie du clan Biden. Tout changement de gouvernement à Washington, quel qu’il soit, devait conduire à l’abandon de l’Ukraine à son triste sort…

Avec la nouvelle politique économique de Donald Trump et son désir évident de tirer un trait sur l’Ukraine, l’Europe se retrouve sans allié. Elle prend conscience que dans le monde réel, on ne respecte que les forts. Sa faiblesse sur tous les tableaux rend l’Europe extrêmement vulnérables aux vents mauvais de la politique.

L’Europe s’est stupidement aliéné la Russie et ne se fait plus respecter par son allié américain. Elle est désormais seule et durablement affaiblie par des décennies d’aveuglement. Elle se retrouve le cul entre deux chaises et ne peut s’en prendre qu’à elle-même et à ses politiciens sans envergure.

Le seul sursaut possible serait de constituer d’urgence une Europe fédérale, avec un gouvernement central et une armée autonome à son service. Mais je crains que l’Europe ait perdu son âme, elle vieillit mal, comme l’on dit d’un vieillard qui a perdu le goût de vivre. Elle peut rapidement se déliter, chaque membre s’empressant d’aller faire allégeance à Washington, en implorant sa clémence…

(1) – Patrick Artus « Les acteurs de l’économie française sont responsables d’une partie de sa perte de compétitivité». Le Monde 5/04/2025

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