La constatation est douloureuse mais implacable, l’Europe est aujourd’hui confrontée à une perte drastique de compétitivité. Coincée entre les hégémonies triomphantes des USA et de la Chine, l’Europe est sur le point d’être laminée ! Mais rien n’arrive par hasard et l’Europe est hautement responsable de ses malheurs…
A plusieurs reprises j’ai déploré, dans mes chroniques, le déclin global de l’Europe et de la France en particulier. En ce début d’année, je reviens sur le sujet car il semble que les évènements se précipitent et que le déclin s’accélère, au point de prononcer le mot d’agonie, pour reprendre le terme employé par Mario Draghi dans un rapport alarmiste qui vient de paraitre et fait l’effet d’une bombe dans l’entre-soi satisfait de nos médiocres politiciens.
Au cours de ces deux dernières années, j’ai souvent évoqué le déclin de l’Occident et de l’Europe en particulier, qui me hante. Je vous renvoie pêle-mêle à la chronique n°1022 intitulée « Europe : Nostalgie de la grandeur ?» dont je vous recommande la relecture et plus récemment la chronique n° 1056 « Symptômes du déclin européen », ainsi que la chronique n°1055 « Les civilisations sont mortelles ».
L’arrivée au pouvoir du couple Donald Trump et Elon Musk aux USA risque d’accroitre le fossé, déjà existant, entre les économies de chaque côté de l’Atlantique, reléguant l’Europe dans le rôle de supplétif. On n’en finit pas d’énumérer l’ensemble des difficultés qui s’amoncèlent sur le chemin européen…
Décrochage industriel
L’économie européenne reposait sur les industries traditionnelles dans lesquelles elle disposait d’un savoir-faire et d’une compétence technologique reconnue : industrie automobile, industrie lourde, industrie chimique et technologie nucléaire.
Pendant des décennies, l’Europe a joui d’une suprématie industrielle qui reposait sur des sources d’énergie bon marché et d’un réseau d’école d’ingénieurs de haut niveau, lui permettant d’exporter des produits de qualité dans le monde entier.
L’industrie automobile fut longtemps le prototype et le modèle vertueux d’une industrie florissante dont les produits étaient présents sur tous les continents. Mais, aujourd’hui, cette industrie traditionnelle est à l’arrêt et, ici ou là à travers toute l’Europe, les plans sociaux se succèdent et des usines ferment.
Les politiciens ont suivi bêtement les admonestations des écologistes qui poussaient à la mobilité électrique à marche forcée, sans en mesurer les conséquences et sans prévoir une planification cohérente et rigoureuse. En conséquence, les clients sont hésitants, par convaincus par le bien-fondé de ces décisions et attendent le made in China, moins cher !
Toutes les industries sont lourdement pénalisées par une énergie 4 à 5 fois plus onéreuse qu’aux USA. Les usines ferment et se délocalisent sous des cieux plus cléments… Le comble de la bêtise et du cynisme revient, bien entendu, aux politiciens qui se vantent maintenant de rendre l’Europe plus verte ! A moins que les écologistes en fassent un désert…
Le fossé technologique
Pendant que la Chine et les États-Unis investissent des sommes faramineuses dans les nouvelles technologies et renforcent leur avance dans les industries digitales, l’Intelligence Artificielle, les satellites et les drones, l’Europe dilapide ses maigres ressources pour subventionner les canards boiteux des industries du passé…
Deux noms symbolisent le décrochage européen dans les industries du futur : Tesla et SpaceX, tous les deux ont le même père, Elon Musk. Ce n’est sans doute pas un hasard si le génial inventeur est honni des médias et des politiciens français, qui haïssent les succès et chérissent la médiocrité…
Pendant que SpaceX lance 2 à 3 satellites par semaine, Ariane Espace s’est contentée d’un seul envoi en 2024, le 6 décembre dernier, sans parler du coût faramineux en comparaison de SpaceX ! Sur un peu plus de 10.000 satellites qui tournent au-dessus de nos têtes, SpaceX en possède près de 70%. Ce réseau donne accès à Internet haut débit au monde entier, avec la mini parabole Starlink, qui relègue Orange et consorts au Moyen-Âge d’internet.
« En gros, on est bon dans les machines à laver » lance un expert désabusé et amer !
La fuite des cerveaux
La conséquence immédiate de l’absence européenne dans les nouvelles technologies réside dans le départ des ingénieurs qualifiés vers des destinations plus excitantes et aussi plus rémunératrices. Pendant que le CNRS ou l’Université offre au départ des salaires annuels de 35.000 euros, le salaire américain tournera autour de 250 ou 300.000 dollars… Le calcul n’est pas long à faire.
C’est ainsi qu’il est estimé que 20% des titulaires d’un doctorat s’envolent vers les USA qui jouent le rôle de pompe aspirante attirant les meilleurs. L’oncle Sam peut se permettre de bien les payer car laisse à l’Europe le soin de payer leurs études ! Je me souviens de l’époque où l’Allemagne de l’Est a construit le célèbre mur qui séparait l’Est de l’Ouest, confrontée au même phénomène que l’Europe d’aujourd’hui. Faut-il construire un nouveau mur de l’Atlantique ?
Aux USA, la majorité des Licornes, ces sociétés nouvelles qui valent plus d’un milliard de dollars, ont ainsi été créées par des étrangers. Le taux atteint les deux tiers en comptant les enfants d’immigrés.
« On a quand même un problème », explique Jean Tirolle, prix Nobel d’économie, « Les étudiants qui ont fait Normale-Sup ou Polytechnique, qui sont les plus brillants et les plus entreprenants de leurs promos, et dont leurs études ont été payées intégralement par l’État, s’empressent d’aller vivre aux USA. On est incapables de les retenir ».
Les médias ont cité le cas de la prestigieuse école d’économie de Toulouse qui a offert des postes à 6 brillants jeunes économistes et qui a essuyé 6 refus ! Ils ont tous filé à l’étranger, là où s’offrait de meilleurs salaires et aussi de meilleurs perspectives… (Relire aussi la chronique n°990 « La France poursuit sa chute ».)
L’effritement social
Les conséquences de la désindustrialisation, et du manque de compétitivité économique de l’Europe, conduisent à un appauvrissement généralisé qui devient extrêmement préoccupant. Cela génère, en effet, des conséquences en cascades qui se répercutent à l’ensemble de la société selon le processus du cercle vicieux.
Par exemple, la peur du lendemain et la peur de perdre son emploi génèrent un sentiment d’angoisse latente qui favorise l’apparition de maladies et inhibent le goût du risque. C’est ainsi que même la construction immobilière s’effondre, symbole du mal-être de la société. En France, par exemple, le nombre de construction de nouveaux logements en 2024 ne fut que de 250.000, soit le niveau d’après-guerre en 1950, alors qu’il fallait tout reconstruire et que la France comptait 20 millions d’habitants en moins. 2025 s’annonce pire encore avec en prévision 100.000 emplois supprimés…
Dans le domaine immobilier le nombre de défaillances d’entreprises bondit tandis que le taux moyen de crédit atteint 3,5% contre 1% avant la guerre en Ukraine. Dans le même temps, et pour les mêmes raisons, les prix de la construction ont augmenté de 25 à 30%.
La croissance est presque nulle, les plans sociaux se succèdent et le taux de pauvreté bondit. On estime que le taux de pauvreté en France atteint désormais 14,4% de la population, contre 2,4% il y a vingt ans. Le moteur va caler !
Pour tenter de colmater les brèches dans l’urgence, les gouvernements soupoudrent l’économie de subventions diverses, mais sans plan à long terme et sans stratégie cohérente. Enfin, pour éviter l’augmentation du chômage et l’explosion sociale, on embauche des fonctionnaires qui alourdissent le budget.
Le résultat de cette gabegie généralisée a enflé la dette des États au point que certains d’entre eux sont au bord de l’asphyxie. C’est le cas de la France, le plus mauvais élève de l’Europe, et dont la situation devient hautement préoccupante.
Quelles sont les causes de ce délitement ?
Malgré ce sombre tableau, nos politiciens, à Bruxelles ou à Paris, pérorent et se pavanent. Ne pensez pas un instant qu’ils se sentent responsables de cette décrépitude. Ils vont accuser les Chinois, les Russes, les riches, les autres, y compris Donald Trump et Elon Musk.
En France, les politiciens sont encore plus pathétiques qu’ailleurs, englués dans leurs calculs égotiques et leurs plans de carrière. Comme le résume si bien Éric Zemmour, « C’est le retour à la IVème République, caractérisée par l’instabilité et l’impuissance ».
L’Europe semble tétanisée, sans idée et sans innovation. Elle est obligée de copier ce qui se dit et se fait outre Atlantique. Elle endosse les folies du wokisme, de la cancel culture, des transgenres et autres déviances, et elle puise dans la liste inépuisable des mouvements LGBTQ+++, etc… Pour le reste, l’Europe s’aligne totalement sur l’Amérique dont elle est devenue le docile supplétif.
Nous sommes lourdement handicapés par deux armées de fonctionnaires pléthoriques et improductifs, dans chaque capitale d’abord, et à Bruxelles ensuite, pour chapeauter l’ensemble. Dans ces conditions, l’Europe agonise sous le poids d’une technostructure envahissante et s’achemine vers la mort cérébrale avec un encéphalogramme plat.
Pour combler son manque d’imagination, de créativité et d’innovation, l’Europe s’endette. Elle sera bientôt ensevelie sous le poids d’une dette abyssale et disparaitra comme dans un trou noir !…
L’immigration, à la fois massive et incontrôlée, constitue un problème extrêmement déstabilisant et éminemment explosif pour la vieille Europe, incapable d’intégrer et d’assimiler une telle masse d’individus, issus de cultures diamétralement opposées à la nôtre. Les gouvernements successifs, tétanisés et ligotés par les directives européennes obsolètes, sont désormais incapables d’aborder sereinement et efficacement ce problème crucial.
Pour couronner le tout, et contre tout bon sens, l’Union Européenne finance activement et soutien la guerre en Ukraine dans laquelle elle met ses dernières économies. Ce choix géostratégique calamiteux conduit à une impasse et risque de constituer l’évènement déclencheur qui précipite l’agonie.
Au fil des années, sentant venir la montée inexorable des périls, j’ai égrené de nombreuses chroniques alarmistes. Hélas ! une fois de plus Cassandre avait raison, mais les politiciens, aveuglés par leurs ambitions personnelles, ont poursuivi leurs jeux faits de compromis et de compromissions …
Malgré ce sombre tableau, je vous souhaite une très bonne année 2025 qui s’annonce sous de meilleurs auspices avec l’arrivée de Donald Trump aux affaires. Il ne fera pas de cadeaux aux européens, mais il peut les réveiller ! Pour vous redonner le moral, je vous conseille de lire la chronique n°1063 « Après les années sombres, les années lumineuses » …