1022 – EUROPE : NOSTALGIE DE SA GRANDEUR

L’Union Européenne est constituée de nations qui jadis, à tour de rôle, ont dominé le monde. Leur union n’a pas entravé leur déclin qui s’accélère. Dans le monde, le poids de l’Europe s’amenuise, mais elle s’illusionne encore, aveuglée par le souvenir de sa grandeur passée.

Son déclin est systémique et impose sa marque dans tous les domaines. Ce constat est douloureux pour ceux de ma génération qui ont été les témoins de la naissance de l’Europe, rendue possible par la réconciliation franco-allemande avec De Gaulle et Adenauer. Le projet était audacieux et enthousiasmant, mais nous n’imaginions pas, à l’époque, que la bureaucratie et le manque d’ambition de politiciens médiocres viendraient étouffer ce rêve dans l’œuf…

La première grande erreur, fondamentale et fatale, fut d’élargir l’Union avec des nations hétéroclites et des niveaux de développement disparates. Elle démarra avec 6 participants et elle aurait dû en rester là pour longtemps, afin de se consolider, avant d’envisager un élargissement.

La deuxième grande erreur est symbolique, mais néanmoins aussi néfaste, et consista à refuser de faire figurer dans la constitution européenne ce qui constituait les valeurs fondamentales de l’Europe, à commencer par ses racines chrétiennes millénaires. L’Europe n’était donc que marchande, et porteuse d’aucune valeur mobilisatrice à laquelle les peuples puissent s’identifier.

A partir de ce constat préliminaire, tout semblait planifié pour mener l’Union Européenne à l’échec. Les politiciens, qui en ont eu la charge, ont tout fait pour nous mener au déclin. Ils ont manqué d’ambition, d’audace et de vision suffisamment haute pour porter ce beau projet, trop vaste pour leur esprit étriqué…

Tous azimuts, le bilan est attristant !

Absence de démocratie communautaire

Ce n’est un secret pour personne, l’Union Européenne n’est pas une démocratie. Bien sûr, à Strasbourg, il y a un Parlement Européen pour la vitrine, mais il est sans pouvoir véritable. Le vrai pouvoir est à Bruxelles ! C’est tout à fait symbolique d’avoir éloigné le Parlement dans une ville périphérique, difficile d’accès depuis Bruxelles, c’est une façon très claire d’affirmer que les dirigeants de Bruxelles n’ont pas de compte à rendre au Parlement !

Le gouvernement Européen est dénommé « Commission Européenne » qui est constituée d’un représentant de chacun des 27 nations. Ces représentants ne sont pas élus mais nommés par chaque État. Le chef de ce gouvernement est actuellement Madame Ursula Van der Layen qui fut nommée, à la suite de tractations politiciennes entre les différents pays européens. Autant dire que dans tout cela il n’y a rien de démocratique, même si cette nomination peut être théoriquement refusée par le parlement.

Ce Parlement est composé de 705 députés élus au suffrage universel par les 450 millions d’habitants de l’Union. Chacune des 27 nations élit ses propres représentants à partir de listes nationales. De ce fait, il n’y a pas de listes transnationales, ni de partis politiques communs à l’ensemble de l’Europe. Chacun fait sa petite cuisine de son côté ! Le Parlement est donc hétéroclite et les députés ne défendent pas l’Europe mais le pays dont ils sont issus… Tout n’est finalement que tractation, marchandage, copinage, lobbying et réseaux d’influence. Les citoyens n’ont pas la parole !

Absence de défense commune

Une puissance, quelle qu’elle soit, a besoin d’être respectée, c’est-à-dire de façon pragmatique, elle doit être crainte. Elle a besoin pour cela d’une force armée crédible. L’Europe est nue et vulnérable, désarmée, sans force !

Depuis le Brexit, la France est le seul pays de l’Union qui dispose d’une armée crédible pour des petites interventions locales. Mais cette force n’est pas celle de l’Union Européenne qui ne dispose d’aucun commandement intégré qui serait sous la supervision de la Commission Européenne.

Dans ces conditions, l’Europe n’a rien trouvé de mieux que de confier sa défense au gouvernement américain qui dirige et finance l’OTAN. Par conséquent, l’Europe ne peut rien décider qui déplaise à Washington et sa défense dépend du bon vouloir des Etats-Unis. La guerre en Ukraine a été planifiée et orchestrée à Washington… Aveu de faiblesse !

Déclin démographique

L’Europe vieillit plus vite que les autres nations et, depuis 2015, elle est l’objet d’une décroissance démographique qui s’accélère dangereusement. La baisse de la natalité concerne l’ensemble de la planète mais est particulièrement marquée en Europe. (Relire chronique 963 « Menaces sur la survie de l’humanité »).

Selon les prévisions, et malgré l’immigration massive, à l’horizon 2050 l’Allemagne aura perdu 3 millions d’habitants, l’Italie 6 millions et l’Espagne 3 millions. La situation est pire en Europe orientale où la population jeune migre vers l’Ouest, générant une fuite inquiétante des cerveaux. Pendant le même temps la population des Etats-Unis grimpera de 330 à 379 millions.

La dénatalité est compensée par une augmentation de l’espérance de vie. Les conséquences sont multiples : vieillissement de la population avec, à terme, jusqu’à 30% de retraités ; augmentation de l’épargne et baisse de la consommation ; augmentation des frais de retraites et de santé ; manque de dynamisme dans l’investissement et les projets d’avenir.

L’immigration de masse, sans contrôle, de populations sans formation professionnelle, n’est pas la bonne réponse pour suppléer à notre déficit démographique. Il faudrait envisager une immigration choisie. Mais l’Union Européenne, mue par une idéologie suicidaire, en semble incapable ! 

Déclin économique et industriel

En 1981, les Etats-Unis et les 19 pays qui constituent la zone euro représentaient chacun 21% de l’économie mondiale. Aujourd’hui, cette part est passée respectivement à 16% et 11%. Le déclin européen a donc été beaucoup plus rapide que celui des USA !

De 2008 à 2019, la croissance américaine a été de 1.85% par an et celle de la zone euro de 0.82% seulement, environ deux fois moins. « Ces quinze dernières années, l’Europe a peiné à apporter la prospérité promise », relève un économiste allemand. La période du Covid a largement aggravée les choses avec une récession de 7,5% en zone euro en 2020 contre 3.7% aux USA.

Des pans entiers de l’industrie européenne quitte l’Europe pour les Etats-Unis, chassés par des coûts de l’énergie prohibitifs et attirés par les milliards de subventions promises par le gouvernement américain. Aucune entreprise européenne n’est en mesure de concurrencer les mastodontes des nouvelles technologies qui sont devenues incontournables. L’incapacité des européens à sortir un vaccin efficace contre le covid est symbolique et illustre la médiocrité de la recherche.

L’Europe n’est pas protégée et son économie est ouverte à tous les vents. Elle est inondée par les produits Chinois, sans aucune protection de la part des politiciens de Bruxelles. Au contraire, les entreprises européennes sont soumises à des tracasseries administratives incessantes et à des normes de plus en plus sévères.

Les soulèvements du monde agricole ne font que traduire le manque de protection des entreprises et des citoyens de la part des institutions européennes. Paperasserie et bureaucratie semblent constituer les seuls talents des fonctionnaires de Bruxelles ! Pour le reste, c’est l’open bar, il n’y a plus de frontières aux portes de l’Union, les gens et les marchandises peuvent entrer librement.

Absence de gouvernance de la zone euro

Malgré ou à cause des résultats catastrophiques du projet européen, nous assistons à une fuite en avant mortifère qui consiste à agrandir le nombre de participants, quitte à charger la barque jusqu’à la faire sombrer. La dernière lubie à la mode serait de faire rentrer l’Ukraine dans l’Union Européenne, malgré la pauvreté, malgré la guerre, malgré la corruption !

A l’intérieur de l’Union Européenne à 27 membres, un noyau de 19 pays partage l’euro comme monnaie commune. Cela signifie que tous les membres de l’Union Européenne n’ont pas la même monnaie de référence. Autant dire que la situation est bancale dès le départ !

A l’intérieur de la zone euro, la situation n’est pas meilleure : au Nord, des pays dits « frugaux » derrière l’Allemagne et, au Sud des pays qui vivent au-dessus de leurs moyens, telles que l’Espagne, l’Italie et aussi la France ! Ces derniers ne respectent pas les critères de bonne gouvernance budgétaire qui fixait le déficit maximum à 3% du PIB et la dette cumulée maximale à 60% du PIB.

Nous assistons à une divergence économique et financière entre les pays frugaux et les autres où le PIB par habitant recule. A terme, ces éléments constituent des facteurs inquiétants de fragmentation de la zone euro. Dans le nouveau compromis auquel les 19 sont arrivés, à partir du 1er janvier 2024, aucun remède n’est apporté pour y remédier. On s’oriente au contraire vers un laisser-faire généralisé et une complexité des règles qui permettront toutes les dérives.

« Oubliée, l’ambition d’un exécutif économique de la zone euro doté d’une réelle capacité d’impulsion et d’arbitrage ? Enterré, le rapport des cinq présidents préconisant en 2015 un Trésor de la zone euro d’ici 2025 ? », s’interroge Pierre Jaillet, économiste à l’IRIS (Institut des Relations Internationales et Stratégiques), qui ajoute, désabusé : « Les instances européennes semblent avoir définitivement baissé les bras ».

Absence de politique extérieure

Personne ne saurait dire qui définit la politique étrangère de l’Union Européenne. Elle est dotée d’un commissaire qui navigue à vue, balloté par les injonctions divergentes des divers chefs de gouvernements. Qui décide quoi ?

Les principaux pays européens ont décidé d’apporter un soutien militaire à l’Ukraine pour mener sa guerre. Mais tout est décidé en ordre dispersé. Il n’y a aucune décision commune. Chacun y va de ses diatribes contre la Russie et se démunit de ses propres armements, déjà très maigres. En fait, ce sont les USA qui ont provoqué les Russes en menaçant d’envahir le Donbass afin de les forcer à entrer en guerre. Le but étant d’affaiblir l’Europe et l’Allemagne en particulier, afin d’éviter un rapprochement entre l’Europe et la Russie. Les plans de Washington n’étaient que partiellement faux, la Russie ne sera pas vaincue, mais l’Europe sera durablement affaiblie.

Les gouvernements européens sont collectivement tombés dans le piège et ont épousé le point de vue belliqueux américain, comme ils l’ont fait deux ans plus tard à Gaza. Tout ceci prouve que l’Europe n’existe pas en tant qu’entité indépendante et autogérée, elle est devenue un supplétif de l’Amérique. (Relire Chronique n°1004 « Ukraine- Palestine- l’ombre des USA ». Toutes les décisions qui sont prises dans l’un et l’autre cas, sont contraires aux intérêts fondamentaux des européens. L’inflation et l’augmentation vertigineuse des prix de l’énergie, qui affaiblissent l’économie européenne, en découlent directement…

Le premier qui s’effondrera entrainera tout l’Occident dans sa chute ! (1)

Absence de démocratie, absence de gouvernance, absence de stratégie et d’ambition, absence de protection militaire ou commerciale, absence de politique étrangère, absence de cohérence de la zone euro, dénatalité et désindustrialisation, immigration massive incontrôlée et naïveté bureaucratique ! Tels sont les principaux ingrédients de la tragédie européenne qui nous mènent vers la désintégration…

(1) Vous lirez avec intérêt, le dernier livre d’Emmanuel Todd « La défaite de l’Occident » et vous pourrez relire la chronique n°996 « Vers la fin de la domination occidentale ».

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