1056 – LES SYMPTÔMES DU DÉCLIN EUROPÉEN

L’Europe est devenue une lointaine province de l’Empire Américain et, depuis le tournant du siècle, son déclin s’accélère. Il faut analyser les symptômes du déclin pour anticiper son éventuelle chute.

Tous les systèmes vivants semblent avoir une destinée commune qui se déroulent suivant un plan en cinq phases : la naissance, la croissance, la maturité, le déclin et la chute. Autrement dit, rien n’est éternel, aucun être vivant ni aucune société constituée d’êtreS vivants, à commencer par les sociétés humaines.

La fragilité est donc inhérente au vivant qui lutte jusqu’à l’épuisement contre l’augmentation de l’entropie, c’est-à-dire du désordre. L’Histoire de l’humanité n’est que l’énumération des innombrables civilisations qui ont disparu, après une ère de gloire et de puissance. Les Étrusques, les Minoéens, les Égyptiens, les Grecs, les Romains, les Ottomans, les Olmèques, les Incas, les Aztèques, les Mayas, les Hopis, les Harappéens dans la vallée de l’Indus, les Moaïs à l’Ile de Pâques, les Nabatéens au Moyen-Orient, la civilisation de Tiwanaku dans les Andes, et la succession des dynasties chinoises : les Quin, les Han, les Tang, les Song, les Yuan, les Ming, puis les Qing…

Il était donc légitime de se pencher sur la civilisation occidentale dont l’origine est européenne et héritière des Grecs et des Romains. On peut estimer que la civilisation occidentale moderne date du XVème siècle, dominé par la prise de Constantinople par les Ottomans, la prise de Grenade et la Reconquista dans la péninsule Ibérique, et le début de la découverte du Nouveau-monde. Après 5 siècles de domination, l’Occident est fatigué, surtout en Europe, son berceau d’origine. (Relire Chronique N° 996 « Vers la fin de la domination occidentale »).

Toutes les civilisations semblent s’ériger sur les ruines des précédentes, après quelques siècles de puissance et de gloire. Les raisons de la chute sont généralement multiples comme nous l’avons montré à propos de la chute des empires romains et ottomans. (Relire chronique N° 1055 « Les civilisations sont mortelles »).

Plusieurs facteurs participent au déclin de l’Europe, qui se mesure par l’amplitude des symptômes correspondants, sans que l’on sache quelle est la cause la plus déterminante. Nous en sommes donc réduits à établir la liste des symptômes qui semblent traduire une sorte d’autodestruction.

Le déclin culturel

Une civilisation se définit par son rayonnement culturel. Les civilisations les plus brillantes ont laissé des héritages culturels à la hauteur de leur rayonnement. Les pyramides d’Egypte, la philosophie grecque, les lois romaines, demeurent les symboles éternels de ces civilisations. Chaque civilisation est porteuse d’un style architectural spécifique qui traverse l’Histoire.

Le rayonnement de la civilisation européenne s’est illustré dans maints domaines, depuis les cathédrales jusqu’aux grandes inventions de l’ère industrielle, en passant par le siècle des lumières. La culture européenne fut, pendant longtemps, un phare qui éclairait le monde.

On peut citer le début de son déclin culturel vers la fin du siècle dernier, après la deuxième guerre mondiale et la période de décolonisation, lorsque le centre de gravité de l’Occident s’est déplacé vers l’Amérique. L’Europe s’est repliée sur elle-même, sur ses souvenirs de grandeur, lorsque le soleil ne se couchait jamais sur l’étendue de ses possessions dans le monde.

A l’orée du XXIème siècle, l’Europe a perdu son prestige culturel, elle n’innove plus dans le domaine artistique et n’invente plus rien dans les nouvelles technologiques. Il lui suffit de gérer son passé et ses musées !

L’école est en lambeau, elle a perdu le sens de la discipline et n’est plus un lieu de savoir. Ses universités ont perdu leur prestige d’antan et les meilleurs candidats se précipitent vers les universités américaines qui soutirent à l’Europe son capital neuronal. La situation est si grave que nombreux sont ceux, dans les nouvelles générations, qui maitrisent mal les spécificités et les subtilités de leur langue, ce qui handicape d’autant le développement de leur pensée. Un langage frustre génère une pensée frustre…

En outre, l’Occident dans son ensemble est soumis à une nouvelle idéologie pernicieuse dénommée « cancel culture » qui consiste à faire table rase du passé, de l’histoire et de tout ce qui a fait la gloire de notre civilisation, jugée désormais comme impérialiste, colonialiste et machiste.

Le mépris du travail

Le travail n’est plus une valeur fondamentale. Beaucoup de jeunes manquent d’ambition, ne rêvent que de temps partiel, de petits boulots, de temps libre et de vacances. La génération Z , qui arrive depuis quelques années sur le marché du travail, donne le tournis aux managers qui les jugent « individualistes », « infidèles » « rétifs à l’autorité » et « obsédés par l’équilibre entre leur vie personnelle et leur vie professionnelle ».

Selon une étude, un tiers des patrons interrogés pensent que l’arrivée de ces jeunes salariés « dégrade » l’organisation du travail. Ces derniers demandent « plus de flexibilité, de télétravail et d’horaires aménagés ». On parle d’un « gouffre » qui sépare l’état d’esprit des Z avec celui de la génération précédente.

En France, par exemple, 57% des jeunes de moins de 25 ans sont en situation instable et ont des difficultés à s’engager, oscillant entre contrat précaire, intérim et stage. Ils n’étaient que 19% dans cette situation en 1982. Comme l’exprime un expert, « le travail ne serait plus pour les jeunes qu’une pièce du puzzle de leur vie ».

Dit autrement, on note chez beaucoup de jeunes ce que les anciens qualifieraient de « manque d’ambition », même chez les diplômés qui, diplôme en poche, partent parcourir le monde en année sabbatique. Le travail devient accessoire et on voit mal dans ces conditions comment l’Europe pourra conserver un minimum de compétitivité.

Des mœurs dégradées

L’effondrement des civilisations fut souvent accompagné d’un délitement des mœurs, d’un manque de discipline et d’un laxisme généralisé. Notre société contemporaine accumule un certain nombre de dérèglements moraux et comportementaux qui peuvent préfigurer une sorte de décadence.

Le plus préoccupant est peut-être l’explosion de la consommation de drogues, d’excitants divers et d’alcool parmi les plus jeunes ce qui apparait comme une sorte de déprime collective, d’autant que l’usage de médicaments chimiques antidépresseurs et anxiolytiques est aussi banalisé. Il n’est donc pas exagéré de dire qu’une partie non négligeable de la jeunesse n’est plus maitre de sa destinée.

Par ailleurs, de nouvelles modes et dérives sexuelles, dont on se lasse d’établir la liste qui s’allonge chaque année, sont devenues si dégradantes que l’on peut s’inquiéter, à juste titre, de la santé mentale de notre époque. Il n’y a désormais plus de normalité, puisque tout est devenu la norme, y compris les comportements les plus aberrants.

Globalement, nous assistons à une sorte de déshumanisation d’une certaine population qui se prétend volontiers « progressiste », alors qu’il s’agit d’un signe majeur de décadence… Il n’est donc pas étonnant que, dans une société qui offre si peu de perspectives, le taux de suicide augmente de façon inquiétante.

Le délitement familial

Le noyau fondamental de toutes les civilisations fut toujours la famille, plus ou moins étendue, mais point fixe sécurisant. Avec la baisse de la natalité, la famille s’était rétrécie autour de papa, maman et un ou deux enfants.

Avec l’évolution des mœurs et des mentalités, les couples sont devenus de plus en plus éphémères ce qui fragilise d’autant les jeunes enfants concernés par la séparation des parents. Dans ces conditions, de plus en plus fréquemment, la famille n’est plus le havre de paix nécessaire à l’épanouissement des enfants. L’augmentation de la délinquance et de l’agressivité est souvent le fruit d’une insécurité fondamentale dans l’enfance.

Phénomène plus récent, le désir d’enfant semble s’émousser parmi les très jeunes générations ce qui se traduit par une baisse constante du taux de natalité, symptôme majeur d’une société qui manque de perspective. La situation est si grave que certains n’hésitent pas à parler de « baby crash » ou « d’hiver démographique » qui sévit dans toute l’Europe mais, plus gravement encore, en Europe de l’Est où le taux d’enfant par femme en âge de procréer tourne autour de 1,2 enfant par femme.

En Europe de l’Ouest, depuis 2020, l’indice de natalité baisse de 7 à 8% par an, ce qui est considérable. Il s’agit certainement du symptôme majeur de notre autodestruction qui débouchera, inéluctablement, sur une immigration massive, d’une part, et sur un vieillissement rapide de la population de souche, avec toutes les conséquences économiques.

Le grand remplacement

L’Europe, dans son ensemble, attire naturellement la convoitise des jeunes issus des pays pauvres d’Afrique ou du Moyen-Orient. Cela donne lieu à une immigration massive non contrôlée qui préfigure un éventuel Grand remplacement.

Le plus étrange, c’est le déni de cette réalité démographique par les principaux partis politiques qui ont décidé de rester sourds et aveugles à ce phénomène de grande ampleur. Tout se passe comme s’il était inconvenant de parler d’une réalité que chacun peut constater tous les jours, au point que l’on ne dispose même pas de statistique crédible concernant le nombre annuel des entrées nettes.

L’immigration d’une main d’œuvre jeune et compétente peut constituer un atout important pour le développement harmonieux d’un pays, comme on peut le constater aux USA. Pour atteindre cet objectif, il est tout d’abord indispensable que l’immigration soit contrôlée et limitée aux capacités d’absorption et d’intégration. Ensuite, les nouveaux venus doivent avoir une compétence, un métier, un savoir-faire qu’ils peuvent mettre au service du pays d’accueil. Aucune de ces exigences n’est actuellement satisfaite en Europe, dont le destin n’est plus maitrisé et qui risque d’être submergée…

Déclin économique et industriel

Le vieillissement de la population, la baisse du niveau culturel et éducatif, le délitement des mœurs, la perte des repères familiaux, le manque de goût au travail et l’importation de la pauvreté, sont les principaux facteurs qui ont conduit l’Europe sur la voie du déclin économique et industriel.

L’Europe a perdu son dynamisme, sa créativité et son goût d’entreprendre. Comme une vieille dame très respectable, l’Europe vit sur les souvenirs de son resplendissant passé et continue à mener grand train, sans prendre conscience qu’elle n’en n’a plus les moyens, ni physique, ni intellectuel, ni financier.

Depuis un demi-siècle l’Europe n’invente plus rien et n’innove plus. Ses résultats dans le domaine de la recherche et du développement sont anémiques. Aucune des grandes innovations dans les nouvelles technologies, et en particulier dans le domaine de l’intelligence artificielle, n’est européenne.

Nous l’avons vu, l’Europe a perdu le goût du travail et dilapide ce qui lui reste de capital dans l’assistanat d’une part grandissante de la population qui ne prend pas son destin en main, mais préfère vivre chichement. Malgré un taux de chômage important, il est difficile d’embaucher des compétences car les subsides distribués pour ne rien faire n’incitent pas à travailler.

Pour aggraver la situation, de nombreux pays européens ont décidé délibérément de dilapider leur tissu industriel en achetant à bas prix en Asie. Il s’agit d’un véritable suicide économique dont l’Europe ne se relèvera pas. Elle a perdu trop de savoir-faire et de compétitivité pour revenir sur le marché. Elle est désormais disqualifiée.

Pour compléter son autodestruction, l’Europe s’est payé le luxe de faire une guerre ruineuse à l’Ukraine, de se priver de l’énergie russe bon marché, de délocaliser ses industries énergivores en Amérique et ses activités de main-d’œuvre dans le tiers-monde.

Un environnement dégradé

La bonne santé est devenue un droit que chacun exige comme si nous n’étions pas individuellement les principaux responsables de notre santé. La première exigence réside dans la prévention, la bonne alimentation, la bonne hygiène de vie.

Au contraire, on assiste à une dégradation grave de notre environnement qui handicape grandement notre santé. L’utilisation aveugle et massive de produits chimiques, et de pesticides est à l’origine de nombre de nos maladies à commencer par l’explosion des cancers.

D’un côté, nous dépensons sans compter pour notre santé avec des budgets qui explosent, avec un gaspillage généralisé qui handicape lourdement notre économie et, de l’autre, nous ne pratiquons pas une bonne prévention et nous continuons à asperger nos cultures de substances hautement toxiques. Il n’est pas exagéré de dire que la chimie participe à notre autodestruction au point qu’elle a engendré un effondrement de l’indice de fécondité des couples.

Selon une étude qui vient de paraitre, « en Europe les populations des oiseaux des champs et des papillons des prairies ont diminué de plus de 30% en une trentaine d’années… l’effondrement de la biodiversité entraine une altération de la qualité des sols et une baisse de la production agricole ».

Plus effrayant encore, une équipe du CNRS affirme qu’en l’espace de 40 ans, 99% des pollinisateurs ont disparu. Or, « 75% des espèces cultivées dépendent partiellement ou complètement des pollinisateurs ». Nous arrivons aux limites de l’agriculture chimique !

La liste est longue des méfaits que notre civilisation s’inflige à elle-même !…

Ce qui est frappant dans ce qui précède, c’est le mot « autodestruction ». En résumé, nous sommes collectivement directement responsables de l’ensemble des menaces qui nous entourent. Il suffirait d’un simple aléa de l’Histoire pour que l’ensemble s’écroule, comme un château de cartes. La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si la chute est inévitable, ou si la trajectoire peut encore être modifiée. Le pire n’est jamais sûr.

L’énumération de ce sombre tableau n’a pour but que d’aider à prendre conscience de la gravité de la situation européenne. Fermer les yeux n’est jamais une bonne option !

Ne manquez pas les prochains articles

2 commentaires

    1. Votre question est intéressante car Mai 68 est difficile à situer dans l’évolution de la société occidentale. Il s’agissait d’une révolte contre l’ordre ancien et ses tabous. Ce qu’il faut noter c’est que le printemps 68 a été agité dans le monde entier, de San Francisco à Tokyo en passant par Prague et Paris !… La principale revendication portait sur plus de liberté sexuelle et plus d’autonomie de la jeunesse….
      Je ne pense pas que l’on puisse inscrire Mai 68 comme une marque de décadence, mais davantage comme une demande de plus de liberté dans une société très patriarcale…

Laisser un commentaire