1057 – COMPLOTISTES ET POPULISTES

Ce que l’on dénomme les élites sont à la fois les politiciens qui nous gouvernent et les media qui nous influencent. Les citoyens qui contestent le bien fondé de cette suprématie sont considérés comme des complotistes ou des populistes et, généralement, les deux à la fois…

Nous pourrions croire qu’en démocratie c’est le peuple qui gouverne. En fait, depuis que nous sommes entrés dans l’ère du post-modernisme, la démocratie est devenue la post-démocratie, c’est-à-dire un fac-similé de démocratie, avec de vraies élections, mais dans lequel les élus sont déconnectés du peuple et soumis eux-mêmes aux diktats d’une intelligentsia qui les dirige et les contrôle. (Relire la chronique N°1044 “Le peuple et les élites“).

Le complotisme

La théorie du complot repose sur l’affirmation qu’un groupe d’individus entreprend des actions concertées, planifiées et dissimulées en vue de contrôler, dominer ou nuire à d’autres.

Les pouvoirs en place traitent de complotistes ceux qui les contestent et mettent à jour des malversations, des mensonges ou des manipulations. Dans ce contexte, les complotistes sont ceux qui contestent les décisions prises sans leur consentement et de façon non démocratique. Ce sont ceux qui sont conscients que les décisions des gouvernants ne sont pas toujours à l’avantage des citoyens et que les affirmations des media sont souvent erronées, orientées ou truquées.

Les complotistes sont aussi ceux qui savent que les discours sur les estrades sont souvent mensongés, que des informations sont cachées, et qu’il existe, derrière les apparences, une oligarchie qui oriente l’information et détient le vrai pouvoir. Le but ultime de cette oligarchie consiste à discréditer les critiques et tous ceux qui cherchent à démêler le vrai du faux en leur attribuant l’étiquette infamante de « complotistes » …

D’après eux, sont complotistes ceux qui sont persuadés, et cherchent à persuader les autres, qu’il existe des sociétés secrètes, que des vérités sont cachées et que certains détenteurs du pouvoir pratiquent la conspiration du silence, en particulier en ce qui concerne le déclin, voire la décadence de l’Europe. (Relire Chronique N°938 “Europe: angoisse du déclin”).

En ce sens, et à titre d’exemple, la publication chronique-libre.com est de type complotiste car elle ne croit pas sur parole l’affirmation des pouvoirs en place, quels qu’ils soient… J’ai personnellement vécu suffisamment longtemps pour savoir les tromperies et les turpitudes dont sont capables les humains, surtout lorsqu’ils détiennent le pouvoir.

Le populisme

Globalement, tous ceux qui critiquent l’idéologie dominante, mondialiste post-moderne, c’est-à-dire libérale sur les mœurs et sur l’économie, sont taxés de « populistes », insulte à la mode, professée à l’encontre des opposants. (Relire Chronique N°1032 “Déception européenne”).

En bref, les populistes savent que les élites sont unies pour avoir le pouvoir et sont prêts à tout pour le conserver. La véritable démocratie devient donc une utopie, au mieux une illusion. Ceci est particulièrement flagrant au niveau de l’Union Européenne dans laquelle les pouvoirs des gouvernements des pays membres ont été réduits au minimum. Entre les décisions de la Commission Européenne à Bruxelles, non élue, et la direction de la Banque Européenne à Francfort, non élue, et les marchés financiers, la marge de manœuvre des États membres est extrêmement faible. L’affirmation qui précède relève, naturellement, du pur populisme !

Ceux qui sont catalogués comme populistes partagent un certain nombre d’idées politiques, à commencer par une critique sévère des politiciens en place qui sont accusés de protéger les intérêts d’une nomenklatura qui veut régir le monde à son avantage exclusif. Les populistes sont supposés protéger le citoyen ordinaire face aux abus de pouvoir des élites mondialistes.

En effet, à la faveur de la mondialisation, s’est constituée une élite transnationale, bien éduquée, multilingue, flexible et mobile, qui profite pleinement de l’ouverture des frontières et de la multiplication des échanges. A tort ou à raison, les populistes estiment que les avantages dont jouit cette élite se fait aux détriments des citoyens ordinaires, laissés pour compte de la mondialisation.

En outre, les populistes sont conscients d’une dérive qu’ils jugent trop libérale des mœurs et de l’économie. Ils se méfient aussi de la démocratie actuelle dans laquelle les promesses des élus, illusoires ou utopiques, ne sont donc jamais réalisées. Autrement dit, pour eux, la démocratie parlementaire est une tromperie, ce qui rejoint le point de vue des complotistes.

Afin de lutter contre cette marginalisation, les populistes proposent un certain nombre de mesures pour tenter de se protéger : un retour à une plus grande souveraineté nationale, une meilleure protection face à la concurrence déloyale de certains pays dont la Chine, un rétablissement des frontières afin de mieux contrôler l’immigration, jugée massive. Globalement eurosceptiques, les populistes souhaitent prendre leurs distances avec l’OTAN et Washington et accroitre les échanges économiques, culturels et politiques avec la Russie.

Une autre caractéristique des populistes repose sur une grande méfiance face à la technocratie Bruxelloise qui prend des décisions souvent plus théoriques que pratiques et qui décident, hors-sol, de l’avenir des peuples.  Les populistes les plus ultra nationalistes voint même jusqu’à demander la sortie de la monnaie unique ! Cette méfiance rejoint celle vis-à-vis de la démocratie représentative. C’est la raison pour laquelle les partis dits populistes réclament la démocratie directe, c’est-à-dire la seule vraie démocratie, pleine et entière.

Le refus de la démocratie directe, de la part des élites en place, en dit plus que de longs discours sur leur état d’esprit et leur peur viscérale de la vraie démocratie qui deviendrait plus difficile à manipuler. J’ai déjà vanté le mérite de la démocratie directe, pratiquée très fréquemment et depuis longtemps en Suisse, un pays parmi les mieux gouvernés et les plus prospères. (Relire Chronique N°89″Suisse: prix d’excellence”).

Aux vues de ce qui précède, un certain nombre de partis politiques, de droite ou de gauche, sont taxés de populistes. C’est le cas de Podemos en Espagne, né sous l’impulsion de Pablo Iglesias, du mouvement Cinq Etoiles de Beppe Grillo en Italie, du Rassemblement National dirigée par Marine Le Pen en France ou encore le parti de La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon, mais aussi l’AfD en Allemagne (Alternativ fur Deutschland), avec cependant des différences notables entre ces différents mouvements.

La frange la plus à gauche du Labour anglais avec Jeremy Corbyn ou des Démocrates américains avec Alexandria Ocasio Cortez, sont aussi classés parmi les populistes qui finissent par être nombreux. Bien entendu, les opposants à Donald Trump affirment qu’il serait un pur populiste, ce qui finit par être un compliment !

Parmi les gouvernants actuels, la bête noire demeure le hongrois Victor Orban, d’une part parce que son gouvernement est un modèle de stabilité politique et de fermeté face à l’immigration. Il semble ouvrir la voie pour d’autres expériences populistes réussies en Europe. C’est ainsi que son émule, Giorgia Meloni, dirige maintenant l’Italie, à la tête de Fratelli d’Italia.

Le post-populisme

Face aux réalités du pouvoir et face aux changement survenus récemment, qui ont rebattu les cartes après le Brexit, la crise du Covid et la guerre en Ukraine, les populistes traditionnels ont mis de l’eau dans leur vin et se sont adaptés à ces nouvelles réalités. C’est tout du moins le point de vue défendu par le politologue Thibault Muzergues dans son dernier livre « Post-populisme ».

Dans cet ouvrage, il prévoit une accélération de la droitisation de l’électorat : « les sociétés européennes se sont droitisées aussi vite qu’elles ont vieilli ». S’il anticipe une évolution du populisme de droite vers un post-populisme appelé à s’étendre, il est plus circonspect en ce qui concerne le populisme de gauche, plus élitiste et gangrené par le wokisme.

Le modèle du post-populisme nous viendrait d’Italie avec Giorgia Meloni, appelée à devenir la leader du nouveau populisme européen, moins disruptif, moins radical et plus consensuel. L’évolution de la cheffe du gouvernement Italien est en effet assez remarquable au point qu’elle est adoubée à Bruxelles par Ursula von der Leyen.

« La critique d’une Europe symbole de l’Occident en décadence a été l’un des grands arguments de vente des partis populistes de droite à travers l’Union », notre Thibault Muzergues. Cette critique semble toujours valable pour les post-populistes.

 L’évolution est ainsi notable sur le plan des grands principes du populisme d’origine, à commencer par le retour au parlementarisme et l’abandon, plus ou moins affiché, de la démocratie directe, parait-il jugée trop disruptive.

La guerre en Ukraine, planifiée par les USA, avait pour but de ramener l’Europe dans le giron américain et de ressouder l’OTAN dont certains doutaient du rôle. Cette mission fut parfaitement accomplie, y compris auprès des populistes qui ont coupé tout lien avec Moscou, abandonné leur euroscepticisme viscéral, et ont suivi à la lettre les directives de Washington pour soutenir l’Ukraine les yeux fermés. (Relire Chronique N°1001 “Ukraine: du sang et des larmes”).

Par ailleurs, les difficultés des Britanniques, après le Brexit, a calmé les ardeurs anti-européennes des populistes, devenus des post-populistes, plus conscients des réalités géopolitiques. Bruxelles n’est plus la bête noire, responsables de tous les maux et plus personne ne propose de sortir de la monnaie unique.

Ces conditions nouvelles, ayant atténué les aspects les plus rugueux du populisme, semblent ouvrir les portes du pouvoir aux post-populistes de droite, toujours fermes sur l’immigration et le respect de nos valeurs traditionnelles. La victoire de Donald Trump donnerait le coup d’envoi d’une vague de post-populisme en Europe, avec l’espoir de nous éloigner du wokisme et d’en terminer avec la guerre en Ukraine, aussi stupide et ruineuse que meurtrière !

Consommés avec modération, afin d’éviter la paranoïa, le complotisme et le populisme permettent d’ouvrir les yeux des citoyens sur les agissements d’une oligarchie pas toujours vertueuse et de prendre leur destin en main. Il peut s’agir d’une prise de conscience salutaire afin de mieux participer aux décisions et de contrôler les élites…

 

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