207 – ISRAËL: LA STRATÉGIE DU BUNKER

Posted on novembre 21, 2011 par

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Nous voyons sous nos yeux, en live, un pays se refermer sur lui-même, ériger des murs et s’installer à l’affût,  dans un camp retranché, où il étouffe, s’autodétruit et menace la paix.

Les erreurs des autres sont toujours des leçons pour nous-mêmes. Dans le concert des nations, il est passionnant d’observer la partition de chacun et d’entendre les harmonies et les dysharmonies. Israël ne parvient pas à sortir de la dualité oppressante du couple victime-bourreau que le pays joue et rejoue jusqu’à la caricature. Il est étrange de constater combien Israël reste attacher au rôle de la victime qui fut, hélas, souvent le sien et dont il se sert en se transformant en bourreau implacable.

  Dans son dernier numéro, la revue américaine Foreign Affairs analyse la situation dramatique dans laquelle s’installe le peuple Israélien. Pour comprendre la situation actuelle, il faut remonter à l’année 1967. À cette date, les frontières d’Israël étaient assez bien délimitées, même si le rêve sioniste envisageait un état qui s’étendrait du Jourdain jusqu’à la mer. La guerre des six jours, au cours de la même année, donna à l’armée israélienne l’opportunité d’occuper toute la rive gauche du Jourdain, dénommée Cisjordanie, ainsi que Jérusalem Est. Cette région constitue essentiellement ce que l’on appelle aujourd’hui « les territoires occupés » et qui demeurent le casse-tête politique israélien depuis 50 ans. Comment concilier la sécurité et l’occupation de vastes territoires peuplés de Palestiniens hostiles ?

Cette crispation s’est faite à partir d’un nationalisme ethno religieux extrêmement agressif. La base la plus active de cette tendance est constituée d’un groupe d’ultra nationalistes et de sionistes, originaires de l’ancienne Union Soviétique. Ils constituent le noyau dur du parti politique nationaliste Yisrael Beiteinu, conduit par Avigdor Lieberman, devenu ministre des Affaires Etrangères. Leurs revendications sont très claires : ils veulent faire d’Israël un état Juif qui privilégie les citoyens juifs au détriment des ressortissants arabes. Leur projet consiste à vider Israël de sa population arabe, quitte à faire des concessions territoriales. En 1975, une résolution des Nations Unies assimilait le sionisme à du racisme, ce qui ne fit que renforcer l’ultranationalisme religieux.

C’est ainsi qu’au fil des années, les citoyens arabes ont souffert d’une hostilité croissante de la part du gouvernement israélien. Ainsi, un décret de 2007 oblige les immigrants arabes à jurer sur l’honneur fidélité à Israël en tant qu’Etat Juif. Le Parlement a par ailleurs voté une loi pour restreindre les arabes dans la célébration de leurs commémorations et pour limiter l’usage de la langue arabe. Ces discriminations intenses à l’encontre des Arabes furent à l’origine de la seconde Intifada. Il est clair que la politique d’occupation est dans l’impasse. Jamais les relations entre Juifs et Arabes n’ont été à ce point enfermées dans un cycle infernal de méfiance et de provocations.

Dans le même temps, Israël doit faire face à de terribles défis démographiques que l’on peut résumer ainsi :

1 – L’élite intellectuelle Israélienne et les jeunes diplômés sont   las de cette atmosphère de tension et de peur : ils quittent le pays en masse. Ce brain drain est si fort que l’on estime que 25% des diplômés académiques seniors occupent un poste dans une université américaine !

Rassemblement Haredim

2 – Le principal danger provient des Haredim, groupes ultra religieux qui ne cessent de croître et dont le taux de natalité atteint 6.5 enfants par femme, selon le précepte : « Croissez et multipliez-vous ». Les jeunes haredim ne servent pas dans l’armée et la majorité des adultes ne travaillent pas, repliés sur eux-mêmes et vivant de subsides. Ils combattent le sionisme. Il est prévu que la communauté haredi double au cours des vingt prochaines années, pour représenter 20% de la population juive. Bien entendu, plus cette communauté continue de grandir, plus il devient difficile de la réformer. Les aides financières aux haredim sont une des raisons de l’accroissement des taxes et de l’exode des jeunes diplômés.

Il devient évident que si les Israéliens ne parviennent pas à maîtriser  les revendications et les privilèges des ultra-religieux orthodoxes d’une part, et des ultra-nationalistes sionistes d’autre part, le pays continuera à se replier dans un Etat bunker, ethnocentriste et raciste. Seul l’abandon des territoires occupés peut guérir Israël et lui permettre de retrouver son rang parmi les nations ouvertes, démocratiques et libérales.

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