350 – NOTRE CIVILISATION EST-ELLE SUICIDAIRE?

Posted on octobre 26, 2012 par

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Nous ne cessons de le répéter, le monde est global, tout est interconnecté, interdépendant et chaque élément du puzzle est essentiel à l’ensemble.

Ainsi, la crise économique n’est que l’un des symptômes d’une crise plus vaste qui affecte l’ensemble du monde occidental. C’est toute cette civilisation qui est en crise au point que l’on peut se demander si elle survivra. Les dégâts que notre société fait subir à l’environnement sont sans doute beaucoup plus graves encore que les aléas économiques. La pollution chimique, d’une part, fait courir les plus graves dangers à notre espèce et le réchauffement climatique, d’autre part, est lourd de menaces pour l’ensemble des équilibres sur notre planète.

 Si vous ne l’avez pas encore lu, nous vous conseillons la lecture du livre de Jared Diamond : «Effondrement », publié aux USA sous le titre évocateur de « Collapse ». A signaler le sous-titre de cet ouvrage remarquable dans l’édition américaine: « Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie ». Vous ne serez sans doute pas étonné d’apprendre que le temps nous est compté et que nous sommes sans doute la dernière génération qui puisse encore agir avant l’irréversible (voir chronique-libre 348 ). Tout n’est pas encore joué, mais la partie est déjà bien entamée.

Sur le front chaud du réchauffement climatique, la NASA vient de nous dire que la calotte glaciaire n’en n’avait plus pour longtemps. Sa disparition totale est prévue pour 2020. Cela vous paraît loin ? La théorie de Jared Diamond consiste à dire que la disparition de toutes les civilisations a été précédée par « un processus d’autodestruction la plupart du temps inconscient ». Cette analyse rejoint celle de l’historien Anglais Arnold Toynbee dans son Study of History : « Les civilisations meurent de suicide, pas d’assassinat », cette disparition étant provoquée par des élites dégénérées qui profitent de «privilèges héréditaires qu’elles ont cessé de mériter ».

Dans « Effondrement », il faut lire les pages qui relatent la disparition des habitants de l’Ile de Pâques, jusqu’à ce que le dernier arbre eu été abattu. Aucune alarme ne fut prise en compte, la déforestation entraina l’aridité des terres et toute une population sombra par sa propre incurie. Ainsi, dans de nombreuses occasions où les peuples furent confrontés à un choix crucial et vital pour leur survie, bien souvent ils se montrent incapables de modifier leurs habitudes et leurs modes de vie. La description du processus qui amena à la chute de l’empire des Mayas est particulièrement instructive et devrait nous faire réfléchir : « La déforestation a libéré les terres acides qui ont ensuite contaminé les vallées fertiles, tout en affectant le régime des pluies. Finalement, entre 790 et 910, la civilisation Maya du Guatemala, qui connaissait l’écriture, l’irrigation, l’astronomie, construisait des villes pavées et des temples monumentaux, avec sa capitale Tikal, de 60.000 habitants, disparaît. Ce sont 5 millions d’habitants affamés qui quittent les plaines du Sud, abandonnant cités, villages et maisons. Ils fuient vers le Yucatan, ou s’entre-tuent sur place. »

De ses études, Jared Diamond a dégagé 5 facteurs décisifs qui précèdent les effondrements des civilisations :

–       Les hommes infligent des dommages irréparables à leur environnement, avec épuisement des ressources naturelles essentielles à la survie.

–       Un changement climatique, d’origine naturelle ou humaine, perturbe l’équilibre écologique.

–       Le pays, affaibli, subit la pression économique et militaire de  ses voisins.

–       Les liens diplomatiques et commerciaux avec ses alliés se désagrègent.

–       Les gouvernements et les élites n’anticipent pas l’effondrement en cours, ou même l’aggravent par des comportements de caste maintenant ses privilèges.

Il est certain que dans de nombreuses parties du monde les deux premiers facteurs sont déjà largement enclenchés. Au niveau plus global, la fonte de la couverture glaciaire est en cours. Les plus récentes mesures de la NASA montrent que la banquise Arctique a été réduite de moitié en 30 ans. Personne ne sait quelles vont être les répercussions sur les courants océaniques et sur le climat, avec « une modification du système des tempêtes dans l’hémisphère Nord ».

 Tout cela nous le savons et les experts confirment « qu’il ne sera plus possible de faire quoi que ce soit d’ici dix ans ». Malgré cela, aucune décision sérieuse n’est prise, à aucun niveau. Le processus est le même que dans le domaine économique, nous poursuivons notre course folle et nous sommes incapables de freiner, malgré le mur que nous voyons tous devant nous !… comme d’autres avant elle, notre civilisation est-elle suicidaire ?

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