434 – LE POIDS DE L’HISTOIRE

Posted on mai 31, 2013 par

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Après un merveilleux diner 100% bio, préparé par Chantal, et qui fut arrosé d’un excellent Pinot Noir de l’Orégon, nous nous sommes lancés dans une grande discussion socio-politique avec nos amis Linda et Andy.

Linda a tout d’abord évoqué une réglementation Suisse qui lui est apparue inconcevable, à savoir que les étrangers, non résidents, n’ont pas le droit d’acheter un appartement ou une maison en Suisse. Il existe seulement quelques dérogations pour certains villages alpins. Cette exigence lui apparaît comme une atteinte grave à la liberté et un protectionnisme difficile à comprendre.

images-1 J’ai fait valoir que la Suisse est un petit pays prospère et bien géré qui attire donc toutes les convoitises. L’attrait pour des placements immobiliers dans la douce Helvétie est donc considérable de la part de nombreux citoyens des pays voisins mais aussi de la part d’un nombre important de riches Russes. En l’absence de régulation, les prix de l’immobiliers flamberaient, hors de tout contrôle, au point que les Suisses eux-mêmes ne parviendraient plus à se loger, tandis que la grande majorité des logements resteraient vides. J’ai été très surpris de constater que mes arguments ne sont pas parvenus à convaincre nos amis américains pour qui toute réglementation discriminatoire est abusive. Pour eux, l’égalité de traitement doit prévaloir à toute autre considération.

Ensuite, la discussion s’est orientée vers un autre sujet qui, à mon étonnement, n’a pas permis de consensus. Nos amis se sont étonnés que la Suisse soit composée d’étrangers à hauteur de 25% de la population. En effet, de nombreux résidents d’origine italienne, espagnole ou portugaise, nés en Suisse, n’ont pas nécessairement la nationalité Suisse. Il ne suffit pas d’être né en Suisse pour obtenir la nationalité, rien n’est automatique, il faut demander la nationalité pour l’obtenir. Cette exigence qui me paraît normale et juste, car elle donne la liberté du choix, fut considérée par Linda et Andy comme discriminatoire et humiliante pour les étrangers.

La discussion fut animée et nous ne sommes pas parvenus à nous comprendre sur ce sujet, imagescomme s’il existait entre nous un fossé culturel impossible à franchir. Le droit du sol qui prévaut  aux USA leur semblait comme une exigence naturelle et incontournable. Je ne suis même pas parvenu à transmettre l’idée que chaque pays a ses règles en fonction de ses propres critères et que, tout compte fait, les lois sont relatives à une époque et à un lieu et qu’aucune règle sociale ne peut être considérée comme universelle. Pour moi, les lois Suisses valent bien les lois Américaines et vice versa…

Sur le moment, je dois dire que j’ai été extrêmement surpris de cette incompréhension mutuelle et j’ai tenté d’y trouver un sens. Il m’est apparu que l’Amérique était historiquement un pays d’immigration et que le droit du sol constituait le fondement du fameux « melting pot » qui a permis l’émergence de « l’american dream ». L’Amérique du Nord est, à lui tout seul, un continent immense et homogène où la concentration humaine est faible. Au contraire, la Suisse est une pièce d’un grand puzzle qui, au cours de son histoire, fut soumis à toutes les invasions militaires. Dans ce petit pays multiculturel on y parle quatre langues officielles. Dans ces conditions, nous pouvons comprendre que certaines populations soient hostiles au droit du sol.

J’ai aussi donné en exemple le cas de la France dans lequel prévaut le droit du sol et qui est soumise à une immigration sauvage de la part d’un nombre considérable de femmes enceintes qui viennent y accoucher. L’enfant devient français de facto et, comme on ne sépare pas l’enfant de sa mère, toute la famille s’installe sur le territoire et profite des avantages sociaux. Même ces arguments n’ont pas réussi à ébranler la conviction de nos amis… Il est vrai qu’en Amérique, l’enfant devient américain mais la mère doit quitter le territoire !…

Cette divergence de conception et de vision témoigne de l’importance des différences culturelles. Nous sommes façonnés par l’histoire et par la géographie. Nous pensons que nos lois doivent être universelles alors qu’elles ne font que traduire notre vision du monde, en fonction de là où nous sommes et d’où nous venons.