630 – TOURISME DE MASSE

Posted on août 15, 2016 par

2



 

Depuis que les avions low cost sillonnent sans cesse le ciel européen et déversent dans les villes des cargaisons de touristes, y compris vers des destinations les plus incongrues, ce qui fut d’abord une manne devient en certains endroits une vraie calamité, une invasion incontrôlée, un raz de marée qui s’infiltre dans les moindres interstices.

Je reviens d’Andalousie où la côte reçoit désormais des dizaines de milliers

Benidorm: sans commentaire!

Benidorm: sans commentaire!

de nouveaux touristes qui ont déserté les plages du Maghreb, du Maroc à la Tunisie, sous l’impulsion d’une peur souvent excessive et irrationnelle. Il y a infiniment plus de risques de mourir sur la route d’un accident de voiture que sous les balles d’un djihadiste ! L’Espagne dans son ensemble profite aussi de la désertion relative de ceux qui ont renoncé à passer des vacances en France, pour des raisons plus valables, car les risques de passer ses vacances sur un quai de gare ou dans un aéroport français sont bien réels, tant ce pays s’est fait une spécialité des grèves à répétition. Mais l’Espagne est un spécialiste du tourisme de masse et n’a pas hésité à massacrer ses côtes avec des murs de béton pour accueillir toute l’Europe s’il le faut. Peu importe si à Benidorm ou ailleurs, il devient difficile de s’allonger sur le sable, de toutes façons il y aura toujours du soleil pour tout le monde.

Les barbares envahissent la cité de doges.

Les barbares envahissent la cité de doges par la mer.

 Il y a peu, nous étions à Venise en famille, là-bas la situation devient plus périlleuse. Il est difficile de se croiser sur le pont du Rialto et dans nombre de ruelles autour de la place San Marco. Les vaporetto sont pris d’assaut et l’on y est serrés comme des harengs en boite. Contrairement à l’idée reçue, Venise vit mal de ses touristes, et nombreux sont ceux qui viennent seulement pour la journée et déjeunent d’un seul sandwich. Ils passent la nuit à Mestre, la ville de l’autre côté de la lagune, et visitent le lendemain la ville la plus féérique du monde, contemplent les palais vénitiens, et naviguent sur la grand canal sans dépenser un centime ! Pendant ce temps là, la cité se dégrade, les palais sont mal entretenus, les façades se lézardent et les canaux s’embourbent. La situation est telle que la municipalité envisage de faire payer un péage pour chaque touriste qui entrerait sur l’ile. En attendant, la municipalité est obligée de laisser entrer dans la lagune les immenses paquebots de croisières qui ressemblent à des fers à repasser, et les laissent accoster près de la Douane de mer. Depuis le grand canal on voit leur silhouette dépasser des palais qu’ils écrasent de leur masse hideuse, pendant qu’ils expulsent de leurs entrailles des milliers de touristes ventripotents… voir Venise et mourir !

La calamité pour un lieu touristique, c’est d’être inscrit sur la célèbre liste de l’Unesco « Patrimoine mondial de l’humanité ». La catastrophe est assurée si le pays ne prend pas des mesures draconiennes et dissuasives pour éloigner les touristes. Des sites sont en danger et l’Unesco est obligé d’établir une liste noire. Le gouvernement péruvien doit prendre des mesures pour limiter l’accès au Machu Picchu littéralement envahi par des hordes. En Suisse, les autorités ont dû limiter l’accès à la Jungfrau à 3454 mètres au dessus du glacier d’Alestch où arrivent chaque jour des milliers de candidats au mal d’altitude ! Là, ce fut plus facile parce que les candidats pour monter à pied sont peu nombreux. Il a suffit de limiter à 5000 par jour le nombre de billets pour monter au sommet par le chemin de fer de la Jungfrau. Mais que faire avec ces 4X4 qui sillonnent le moindre sentier de montagne et s’infiltrent jusque dans les coins les plus reculés. La meilleure protection de la Suisse, le plus dissuasif, c’est la vie chère qui éloigne le plus grand nombre…

 Il y a des lieux où il est désormais conseillé de ne pas aller, telle la place Staromestské Namesti à Prague ou sur le pont Charles traversé chaque jour par des milliers de touristes. Même constat dans les centres historiques de Barcelone ou de Lisbonne qui se réveillent chaque lundi matin avec la gueule de bois après l’affluence des fêtards venus s’enivrer le temps d’un week-end. Que dire de Florence, petite ville de 350.000 habitants,

Florence

Florence

littéralement envahie par 16 millions de touristes par an, au point que les natifs de Florence sont obligés de fuir la ville qui asphyxie ? Des vandales ont détruit des monuments historiques et orné les palais de graffitis immondes, les fast-food envahissent les artères principales tandis-que les fêtards urinent dans les rues et dorment sur les pavés, sans même qu’un policier n’intervienne ! Florence est à l’image de l’Italie, sans foi ni loi, grandeur et décadence… Le Prince Ottaviano demande que Florence figure sur la liste de l’UNESCO des sites en danger et qu’elle soit protégée des barbares.

Lorsqu’une destination devient à la mode, il faut craindre le pire. C’est ce qui arrive à l’Islande, située juste sous le cercle polaire arctique et où personne n’avait jamais rêvé d’aller en vacances. Elle est devenue désormais une destination favorite des bobos en mal d’exotisme, au point que le gouvernement envisage de fixer un quota de visiteurs annuels. Il paraît que depuis le réveil du volcan Eyjafjöll en 2010 le nombre de visiteurs annuels augmente de 25% par an et dépasse le million, soit trois fois la population islandaise! Situation identique au Bhoutan, le pays du « bonheur national brut » qu’il entend préserver et qui a fixé un quota de 100.000 visiteurs par an et a augmenté fortement les taxes de séjour.

Cinque Terre, le village où ne pas aller!

Cinque Terre, le village où ne pas aller!

 Tout cela n’est rien en comparaison des 2,5 millions de touristes annuels qui arpentent en rangs serrés les ruelles de la bourgade de pêcheurs Cinque Terre en Ligurie où je vous déconseille d’aller par respect des habitants et par respect de soi-même. Hélas, nous n’avons encore rien vu, et nous n’osons pas imaginer ce qui va se passer lorsque les classes moyennes de Chine et d’Inde vont vouloir visiter l’Europe ! 1,5 milliard de visiteurs parcourent le monde. Que se passera t-il lorsqu’ils seront deux ou trois fois plus nombreux et que les robots feront notre travail, nous laissant livrés à nous même, errant de par le monde ? Achetez vite une vieille bâtisse en Berry ou en Limousin, dans quelques années cela vaudra de l’or car le trend sera de cultiver son jardin, bien tranquille chez soi. Le tourisme de masse sera réservé aux barbares et ils sont nombreux !…