957 – TRANSMETTRE

Transmettre, c’est sans doute l’acte le plus noble et le plus universel. Il préside à la naissance du monde, à l’émergence de la vie et à l’évolution de l’homme. Pour chacun d’entre nous, c’est l’acte le plus sacré.

Finalement, tout n’est que transmission. Transmissions d’énergie, de chaleur, de matière, d’information, de vie, de valeurs, de connaissances, de culture, de joie et d’amour. A tous ces niveaux, l’univers n’existe que par la transmission, depuis le Big-Bang…

Nous sommes des poussières d’étoiles

Il n’est pas un atome de l’univers qui ne porte en lui l’énergie primordiale. Chaque atome vibre selon cette impulsion créatrice qui permit de transformer l’énergie en matière. C’est pourquoi nous vibrons tous à l’unisson, car nous sommes construits de la même matière. Chaque pouce de matière, dans l’univers, est constitué de la centaine d’éléments de base qui sont classifiés dans le célèbre tableau de Mendeleïev.

C’est en ce sens que nous sommes des poussières d’étoiles ! Ce n’est pas seulement une belle métaphore, c’est aussi une façon de décrire la réalité. Nous avons tous hérité du big-bang et des millions d’années qui ont suivi, au cours desquelles émergea la lumière d’abord, celle qui aujourd’hui nous éclaire, et ensuite la matière, celle qui nous constitue et celle sur laquelle nous posons les pieds.

« Rien ne se crée, tout se transforme » écrivait Lavoisier, on pourrait dire « tout se transmet ». En effet, il y a une continuité totale depuis l’émergence de l’univers qui fut une permanente transmission d’information, sous forme de vibrations énergétiques, pour arriver jusqu’à nous. Nous mesurons à quel point nous faisons partie intégrante de l’univers, dans sa continuité infinie…

Puis vint la vie

D’un amas de molécules primitives, sous l’effet d’on ne sait quelle vibration cosmique, soudain émergea une capacité nouvelle : celle de pouvoir s’autorépliquer. Des molécules frustres, constituées de 4 éléments de base, hydrogène, carbone, azote, oxygène, quatre atomes vibrants, porteurs à travers le temps de l’énergie primordiale.

Jusque-là, seule l’énergie transmettait l’information, à travers l’espace et le temps, sous forme d’ondes vibrantes, mais soudain la matière acquérait cette capacité. La possibilité de se reproduire jaillissait de cette soupe primitive et, à travers les millions d’années, la transmission s’améliorait et se complexifiait avec l’émergence des premières cellules, entourées d’une membrane protectrice.

Les cellules pouvaient se scinder en deux et donner naissance à deux cellules filles identiques. Ensuite, le mystère reste entier sur l’apparition des premiers doubles filaments d’ADN, pouvant se dédoubler dans deux cellules filles. Chaque brin d’ADN se reconstituant à l’identique spontanément.

Ce mécanisme déboucha sur la reproduction sexuée avec des cellules spécialisées.  La reproduction fait alors intervenir deux individus porteurs de molécules d’ADN différentes. C’est-à-dire que l’ADN se dédouble et se reconstitue à partir d’un brin d’ADN en provenance du père et de la mère.

Il s’avéra que les brins d’ADN sont porteurs de messages, d’une somme d’informations, qui peuvent se transmettre aux cellules filles. Ce mécanisme déboucha sur le processus de l’évolution. Les cellules s’agglomérèrent pour donner naissance à des individus pluricellulaires. La vie a ainsi proliféré tous azimuts, donnant naissance à une multitude de végétaux puis d’animaux. Il s’agit d’une filiation qui suit toute l’histoire du vivant en se complexifiant, c’est pourquoi on peut dire qu’il y a une unité du vivant.

Grâce à cette transmission ininterrompue, nous sommes tous les fils et les filles du big-bang mais surtout de la première cellule qui un jour se scinda en deux et généra deux cellules identiques pour donner naissance à ce que nous dénommons la vie.

L’humanité enrichit le processus

Nous faisons partie du monde animal et nous partageons avec lui le processus reproductif sexué. Comme les animaux, nous transmettons notre patrimoine génétique inscrit dans les gènes, qui sont portés par les chaines d’ADN dont je parlais plus haut. La transmission des caractères héréditaires ont atteint, chez les mammifères, un haut degré de complexité.

Il s’agit de la transmission d’une masse considérable d’informations qui permet à chaque être de grandir et de se développer suivant un long processus aussi riche que complexe. Quand nous donnons la vie, nous ne faisons que transmettre les gènes que nous avons un jour reçus. Nous ne sommes que des messagers. En cela, la vie est merveilleuse car elle ne s’éteint jamais…

Mais l’humanité ne fait pas que transmettre sa chair. Elle transmet aussi sa culture, ses connaissances, ses valeurs, ses croyances et parfois aussi ses peurs. Chacun d’entre nous transmet tout cela mais aussi notre amour, nos rêves et nos illusions. On peut dire que nous transmettons notre âme à ceux que nous aimons. C’est notre façon d’être éternel…

Étant donné notre haut degré de complexité, non pas seulement biologique, mais surtout psychologique et cognitif, nous sommes à la fois plus adaptables que les animaux mais plus fragiles. Il suffit d’observer les sociétés humaines pour mesurer la somme des déviations et des perversions qui concourent à notre autodestruction, aussi bien au niveau individuel que collectif.

Transmettre ses valeurs

Nous sommes probablement les seuls êtres vivants qui ont un besoin fondamental de prendre conscience de notre filiation, de savoir à quelle lignée, à quelle culture nous appartenons et quelles valeurs étaient honorées par nos ancêtres. Autrement dit, nous sommes des êtres civilisés !

Cela signifie que nous avons besoin, surtout dans notre jeunesse, de partager les valeurs, non seulement de nos parents, mais de nos grands-parents, de notre famille, de notre lignée, de notre clan. Chacun d’entre nous est un transmetteur, mais avant de transmettre il nous faut recevoir et peut-être faire le tri… l’important est de se sentir enraciné dans une culture familiale et sociétale. Une famille est comme une société, elle est faite de mythes et de rituels.

Il se peut que la modernité et ses chambardements nous coupe trop souvent de notre filiation. Plus que jamais, les familles éclatent, déménagent et se perdent de vue. Certains enfants ne voient pas assez leur père. Beaucoup d’autres ne voient pas leurs grands-parents et ne savent pas grand-chose de leur famille d’origine. Il s’agit d’un handicap majeur pour se construire, pour faire des racines et pour ensuite transmettre.

« Il est important que les parents montrent qu’eux-mêmes ont des parents, dont ils sont solidaires, qui ont leur place dans la famille » nous fait remarquer le psychiatre Robert Neuberger qui a aussi cette belle formule : « Transmettre du passé pour la construction du futur ». A l’adolescence, la violence nait souvent dans les familles où les enfants ne sont pas porteurs d’un projet familial, où il n’y a pas de liens transgénérationnels, ils pensent alors que leurs parents leurs doivent tout et qu’eux-mêmes n’ont pas de responsabilité.

Que dire encore des migrations qui coupent des peuples de leurs racines culturelles et familiales et les jettent à l’aventure sur les routes du destin. Ce n’est donc pas un hasard si notre modernité génère de plus en plus de déracinés qui ont perdu ce qu’ils avaient de plus essentiel, leur âme.

Car l’âme des peuples, c’est ce qui reste lorsque tout a disparu. Finalement, au-delà de nos gènes, de notre langue, de notre culture et de nos valeurs, ce que nous avons à transmettre, c’est notre âme, la partie la plus sacrée et la plus intime de notre être. Mais l’âme se transmet à travers notre culture et nos valeurs.

Je suis parfois effrayé, lorsque je contemple notre monde moderne, de constater que nombreux sont ceux qui n’ont pas de valeurs fondamentales à transmettre. C’est sans doute cela la tristesse que je ressens dans notre civilisation occidentale, coupée de son âme, et n’ayant plus grand-chose à transmettre, hormis la matière… A une époque de destruction des valeurs, que reste-t-il à transmettre ?

Lorsque nous sommes des transmetteurs, nous nous insérons dans une lignée de l’humanité, nous prenons notre place, nous devenons responsables et, d’une certaine façon, éternels. Notre vie prend un sens, nous avons une mission à accomplir, transmettre ce que nous avons reçu en y apportant notre touche personnelle. Il n’est pas nécessaire d’être parent pour transmettre.

C’est le rôle que je m’assigne en écrivant mes chroniques, transmettre ma vision du monde d’aujourd’hui et transmettre mes valeurs. Ces chroniques s’adressent à tous ceux qui aiment réfléchir sur la vie, sur notre époque, sur l’avenir de notre civilisation. Elles s’adressent d’abord à ma famille, à mes enfants, à mes petits-enfants, à mes amis et à tous ceux que j’aime, bref à tous ceux qui veulent bien prendre le temps de me lire… Je ne cherche pas à convaincre, je ne fais que transmettre… Nous sommes tous des messagers !

P.S. Ma chronique précédente 956 a été censurée par wordpress car elle n’était pas “politiquement correcte” !

Vous la trouverez néanmoins à la fin de cette présente chronique.

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