1052 – LES TRAITEMENTS ANTI-CANCÉREUX SORTENT DU MOYEN-ÂGE !

Tous les 20 ans, la médecine nous assure que d’ici vingt ans le cancer sera vaincu ! En attendant, il ne cesse de progresser… De nouvelles approches thérapeutiques de bon sens voient enfin le jour et permettent réellement d’espérer.

Durant 60 ans j’ai maintes fois critiqué, par oral et par écrit, la façon dont furent menées les recherches contre le cancer. Selon mon point de vue, inchangé, l’erreur fondamentale de la médecine fut de traiter la cellule cancéreuse comme un ennemi qu’il fallait éradiquer avec des moyens chimiques ou par des radiations.

Fort de ses succès contre les bactéries, la médecine a cru qu’elle pouvait considérer les cellules cancéreuses comme des intrues étrangères qu’il fallait tuer comme l’on tue une bactérie. Mais ces cellules cancéreuses ne sont pas étrangères à notre corps, elles sont insérées dans notre métabolisme. Autrement dit, il est illusoire de penser vaincre le cancer en intoxiquant l’organisme, c’est-à-dire en l’affaiblissant…

Au contraire, le cancer ne pourra être vaincu qu’en renforçant nos défenses immunitaires et en aidant l’organisme à déjouer les stratégies utilisées par les cellules cancéreuses pour s’en échapper. Après des dizaines d’années de perdues, des centaines de milliers de morts et de vies gâchées et des centaines de milliards gaspillés, de nouvelles approches plus raisonnables redonnent espoir…

Vous pouvez relire la chronique-libre N° 811 “Peut-on éviter le cancer ?” et aussi une chronique plus ancienne intitulée “Prévenir ou guérir le cancer ?”.

Les chiffres noirs du cancer

Les chiffres font froid dans le dos. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le nombre de patients atteints d’un cancer devrait exploser ces prochaines années, passant de 20 millions de nouveaux cas détectés en un an dans le monde actuellement à plus de 35 millions en 2050, soit une augmentation de 77% !

Les trois causes principales sont connues : croissance de la population mondiale, vieillissement de cette population et, enfin, surtout une mauvaise hygiène de vie (sédentarité, obésité, mauvaise alimentation et pollution chimique).

L’âge médian de diagnostic d’un cancer est d’environ 70 ans pour les hommes et 68 ans pour les femmes. Mais, ce qui est plus inquiétant, le nombre de cancers diagnostiqués augmente aussi chez les jeunes. Selon une étude qui vient de paraitre, le nombre de nouveaux cancers diagnostiqués chez les moins de 50 ans a augmenté de près de 80 % en 30 ans. Sur la même période, le nombre de décès par cancer précoce a augmenté de 30 % …

Pas de quoi crier victoire, ni de se délivrer des autosatisfecit, comme la hiérarchie médicale a tendance à le faire ! Soyons clairs, depuis un siècle, la lutte contre le cancer est un échec patent qui a néanmoins coûté des fortunes.

Avant toutes choses, le cancer est d’abord un business lucratif ! Selon les experts, le chiffre d’affaires du marché mondial du traitement du cancer approche les 200 milliards de dollars en 2024 et devrait doubler d’ici 2032, soit une croissance annuelle de 9,2%. Selon la revue d’investissement Swissquote : « Pour les investissements, l’oncologie est un domaine très intéressant parce que de nombreuses innovations arrivent… les revenus générés par l’oncologie vont continuer à croitre fortement ces prochaines années ».

L’immuno-oncologie

L’apparition de l’immunothérapie s’est faite longtemps attendre, mais le succès commercial est au rendez-vous avec le Keytruda, médicament le plus vendu au monde avec un chiffre d’affaires annuel de 25 milliards.

Mais l’immunothérapie est à un tournant, et ses succès ne seront pas seulement commerciaux mais aussi médicaux avec des avancées décisives pour les patients. « La vraie révolution de l’immunothérapie a été de découvrir comment les cellules cancéreuses arrivent à bloquer le système immunitaire, puis à réussir à lever ses freins », ce qui a valu le prix Nobel de médecine à James Allison et Tasuku Honjo.

Pour faire simple, disons que les cellules cancéreuses ont la fâcheuse tendance à se lier aux lymphocytes T et à les inactiver, en échappant ainsi au système immunitaire. La recherche pharmaceutique est parvenue à trouver des molécules anticorps capables d’empêcher cette liaison, redonnant sa liberté et son efficacité aux lymphocytes T.

C’est ce que font le Keytruda et le Tecentriq qui permettent de traiter les lymphomes, les mélanomes, les cancers colorectaux, des poumons et des reins. D’autres médicaments sont en préparation contre d’autres types de cancers. Il faut cependant noter que ces traitements véhiculent encore une forte toxicité…

Les vaccins à ARN messager

Cette technologie, malgré ses aléas et ses limites, a eu son heure de gloire avec le vaccin contre le covid19, grâce aux laboratoires Moderna et BioNTech. Cette technique peut être utilisée pour lutter contre les cellules cancéreuses et les éliminer.

Pour cela, il convient de prélever une partie de la tumeur et d’identifier les protéines spécifiques qui sont à la surface des cellules cancéreuses. Ensuite, on doit fabriquer des ARN messagers qui peuvent se lier à ces cellules. Enfin ces ARN messagers spécifiques sont réinjectés au patient.

Plusieurs essais cliniques très prometteurs sont en cours pour le traitement du cancer du pancréas et le mélanome. Les premières commercialisations sont prévues en 2026. D’autres avancées suivront certainement. Mais il s’agit à chaque fois d’un traitement spécifique pour chaque type de cancer…

Les cellules CART-T

Il s’agit de prélever des lymphocytes T du patient, sentinelle fondamentale du système immunitaire, puis de les modifier génétiquement pour qu’ils fabriquent une protéine chimérique dénommée CAR (Chimeric Antigen Receptor)

Une fois réinjectée au patient, les lymphocytes modifiés vont se multiplier et cette protéine CAR agira comme une véritable tête chercheuse sur un missile. La cible sont les cellules cancéreuses qui seront ainsi détruites de façon spécifique.

Cette technologie élégante mais onéreuse n’est qu’à ses débuts et promise à un avenir brillant. La croissance de ce secteur est estimée à 30 % par an pendant les dix prochaines années…

Les anticorps bispécifiques

Il s’agit d’une autre technique d’immunothérapie, mais très différente. Elle consiste à synthétiser une protéine qui sera capable de se lier à la fois aux lymphocytes T et aux cellules cancéreuses.

Une fois cette liaison établie, les lymphocytes ayant accroché leurs proies n’ont plus qu’à les détruire et les éliminer. Cette technique a déjà fait ses preuves dans quelques types de cancers comme certains lymphomes et certains carcinomes bronchiques.

Des essais favorables sont attendus dans les cancers solides, mais les limites de cette technique résident dans la difficulté d’identifier des cibles potentielles sur les cellules cancéreuses…

La chimiothérapie ADC

Les chimiothérapies traditionnelles sont devenues archaïques parce qu’elles engendrent beaucoup d’effets secondaires, car elles ne touchent pas que les cellules cancéreuses, mais aussi les cellules saines.

D’où l’idée de coupler un médicament anticancéreux avec un anticorps qui va viser spécifiquement et uniquement les cellules cancéreuses. ADC signifiant en effet « antibody-drug conjugate ». Une fois la cible repérée le médicament chimique peut la détruire.

Encore une fois, la difficulté et la limite de cette technique réside dans le fait qu’il n’existe pas de cible pour toutes les tumeurs…

Comme nous pouvons le constater, le traitement du cancer sort du Moyen-âge dans lequel la recherche anticancéreuse l’avait cantonné depuis des décennies, dominées par la chimie !

Plusieurs techniques nouvelles paraissent extrêmement prometteuses. Mais il ne faut pas oublier que le plus important réside dans la prévention… elle fera l’objet d’une prochaine chronique… Vous pouvez déjà relire la chronique N° 245 « Mieux vaut prévenir que guérir ».

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