587 – POUR UNE POLITIQUE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET DE LA RECHERCHE

Posted on octobre 19, 2015 par

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Selon le ministre français concerné, « l’enseignement supérieur est à bout de souffle financier et technologique ». Ce constat découle de causes diverses et variées, néanmoins l’une d’entre elle provient directement du délabrement de l’enseignement secondaire qui délivre un diplôme dévalué. (Voir chronique 583 « Pour une politique de l’Education ».)

La tare ontologique de l’enseignement supérieur vient du fait qu’il fonctionne en circuit fermé. C’est un monde de fonctionnaires, qui fabriquent essentiellement des fonctionnaires qui vont s’orienter majoritairement vers l’enseignement secondaire, ou vers la recherche publique. Seulement 25% des diplômés du supérieur s’orientent vers les entreprises privées. Sur l’ensemble, 27% s’installent à l’étranger !

L’enseignement supérieur et la recherche française pourrait s’enorgueillir d’essaimer ainsi aux quatre coins du monde. Mais il ne faudrait pas se réjouir trop vite car, en fait, cette émigration n’a pas que des avantages : tout d’abord elle traduit l’appauvrissement économique du pays qui n’offre plus de débouchés à ses diplômés, ensuite il faut faire remarquer que ce sont les meilleurs qui partent et cela constitue une véritable fuite des cerveaux. Enfin, cette élite, formée à grands frais par les contribuables français, va faire, pour l’essentiel, la fortune de la Californie qui les accueille à bras ouverts ! Le gouvernement tente en vain d’en attirer quelques uns vers le retour, mais son image et celle de la France est aujourd’hui trop abimée pour attirer qui que ce soit. C’est au contraire le « sauve qui peut » qui prévôt!

fuite-des-cerveaux Ce problème de la fuite des élites met en avant le casse-tête du financement de l’enseignement supérieur. Actuellement, en France, 90% du budget provient de l’Etat. Les droits d’inscription ne présentent que 2% du budget. C’est-à-dire que plus d’un étudiant sur quatre est formé gratuitement pour ensuite se mettre au service de l’étranger. Je propose donc de laisser les droits d’inscription à leur niveau actuel, ou un peu au-dessus, pour les deux premières années d’université mais, ensuite, de les augmenter très sensiblement, quitte à ce que les étudiants obtiennent des prêts pour financer leurs études. Il n’est pas normal que les étudiants de 20 à 25 ans se fassent financer leurs études par les impôts des jeunes ouvriers ou employés qui travaillent depuis l’âge de 16 ou 18 ans !

 La participation des étudiants au financement de leurs études aurait un autre avantage décisif : elle les rendrait plus responsables, plus assidus, et plus réalistes dans le choix de leur orientation. Ils choisiraient plus volontiers un cursus « rentable », c’est-à-dire qui débouche sur un emploi ! Pourquoi payer des études de sociologie, de psychologie ou d’histoire de l’art à des jeunes qui ensuite ne trouveront pas de débouchés ? Tout le monde aimerait bien être subventionné pour étudier l’histoire de l’art, mais est-ce bien raisonnable ? Il fut un temps durant lequel l’éducation nationale manquait d’enseignants et octroyait des bourses pour attirer les étudiants vers ces métiers. De même aujourd’hui, il semblerait judicieux de décourager les orientations vers les Sciences, dites Humaines, en jouant sur les droits d’inscription, au profit des études scientifiques ou techniques.

Le financement de l’enseignement supérieur et de la recherche devrait aussi provenir de fonds privés, comme cela se passe dans les pays Anglo-saxons. Pour cela, l’université doit s’ouvrir au monde et passer des contrats de partenariats avec les entreprises qui peuvent financer des programmes de recherche ou bien effectuer des donations pour rehausser leur prestige. Cette ouverture devrait permettre aux enseignants et aux chercheurs de naviguer entre le public et le privé, alors qu’à l’heure actuelle, si vous quittez ce milieu clos du public, vous ne pouvez jamais y revenir ! Il existe ainsi une véritable chasse gardée qui ferme la porte à tous ceux qui viendraient de l’extérieur, surtout s’il s’agit des meilleurs.

le-chat-trouveur Il n’est pas exagéré de dire que l’enseignement universitaire et la recherche sont en France les otages d’une véritable mafia syndicaliste qui influe, de façon sournoise, sur les affectations du personnel et les destinataires des subventions. Pour y réussir, il est nécessaire de savoir « grenouiller » et passer plus de temps en réunions et lobbying qu’à faire de la recherche dans son laboratoire. Il s’est installé une sorte de mandarinat qui fait que, une fois en place, l’universitaire français est indéboulonnable et peut dormir tranquille ! Pendant que l’université française se ferme sur elle-même, nombre d’universités étrangères attirent les meilleurs, ceux qui excellent dans leur domaine.

Il me semble que la politique du gouvernement, qui prévoit d’envoyer 60% d’une classe d’âge à l’université, est à la fois tout à fait démagogique et contre-productif. Une nation n’a pas besoin de 60% d’universitaires, pas plus qu’elle n’a besoin d’une armée avec 60% d’officiers supérieurs ou d’une entreprise avec 60% de cadres supérieurs ! Un tel objectif prépare tout simplement un pays avec 60% de chômeurs diplômés du supérieur.

Nous n’avons pas parlé des « Grandes Ecoles », spécificité française qui sauve l’université de la décrépitude. Ces écoles attirent les meilleurs élèves et les meilleurs enseignants, elles sont autonomes et sont soumises à la loi stimulante de la concurrence, elles sont ouvertes au monde et ce que l’on peut rêver de mieux pour l’université française, c’est de prendre modèle sur les Grandes Ecoles. Ces écoles forment des étudiants qui sont très appréciés des entreprises parce qu’ils apprennent un métier concret, pendant que le doctorant universitaire, spécialiste des spéculations hors-sol, sombre dans la précarité. Il faut cependant tempérer l’autosatisfaction des français à propos de leurs « Grandes Ecoles ». Sur le plan international, le dernier classement place La célèbre Ecole Polytechnique hexagonale à la 101ème place, loin derrière l’Ecole Polytechnique de Zurich qui fait partie du top 10. L’université française n’a qu’une seule représentante parmi le top 100 mondial. Pas de quoi pavoiser !…

L’une des voies que je propose pour réveiller l’université française, c’est de prendre en main la formation professionnelle des ingénieurs, des images-2professeurs de lycée et des médecins pour lesquels la formation continue devrait être une obligation pour continuer d’exercer. Un médecin peut avoir un diplôme qui date de 40 ans et continuer d’exercer sans jamais avoir suivi de formation pour tenir compte des avancées médicales ! Ce budget de la formation professionnelle est conséquent et de nature à donner un ballon d’oxygène à l’université, mais surtout, à l’obliger de se rapprocher des réalités concrètes de la vie professionnelle.

On peut donc espérer que les universités, qui ont acquis une certaine autonomie, mettent à profit ce stimulant pour se réformer, s’ouvrir au monde, et suivre le modèle des meilleurs réussites internationales. Il est nécessaire de supprimer le mandarinat et de nommer les enseignants universitaires et les chercheurs en fonction de leur pedigree, d’où qu’ils viennent, et non pas tenir compte de l’avis des syndicats. Il convient aussi que l’université s’interroge sur son rôle dans la société et sur les buts qu’elle poursuit. Veut-elle se préoccuper des débouchés professionnels et former une élite, ou bien continuer de vivre en autarcie, citadelle du conservatisme, coupée des réalités de ce siècle, et constituer un fardeau pour la nation ?

Nos propositions pour une nouvelle politique ne sont pas terminées.

Restez à l’écoute…

La semaine prochaine nous ferons des propositions « POUR UNE POLITIQUE JUDICIAIRE ».

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