936 – LES DEFIS ENERGETIQUES

Le monde change très vite. Le risque climatique est à notre porte. La guerre en Ukraine nous confronte à nos faiblesses. L’Europe, mal gouvernée dans son ensemble, ne semble pas en mesure de relever les défis énergétiques qui s’accumulent.

Des sources énergétiques abondantes, et bon marché, ont permis à l’humanité de faire en 150 ans un bond technologique et économique prodigieux. A long terme, les sources de pétrole et de gaz ne sont pas inépuisables, à moyen terme nous devons juguler le réchauffement climatique en réduisant notre consommation de carburant et à court terme la guerre en Ukraine fait bondir les prix de l’énergie et nous oblige à diversifier nos sources d’approvisionnement.

C’est donc l’ensemble de l’organisation de nos sociétés industrielles qu’il faut repenser et tout risque d’être chamboulé. Nous allons vivre une mutation rapide qui risque d’être douloureuse pour certains pays mal préparés.

Des prix durablement plus chers

La guerre en Ukraine fut le déclencheur d’un processus complexe dont nous ignorons l’issue et qui se déroulera en plusieurs étapes. La stupide mise à l’index de la Russie a eu comme effet immédiat de faire doubler les prix du pétrole et du gaz : notre industrie est gravement handicapée et les particuliers pénalisés.

Il existe des alternatives au pétrole Russe mais nos installations de raffinage ne sont pas adaptées pour d’autres sources d’approvisionnement. Mais, dans ce jeu de poker menteur, l’hypocrisie est à son comble lorsque l’on apprend que la Russie vend du pétrole et du gaz à l’Inde qui nous le revend en prenant sa dîme au passage !

L’arrêt des échanges avec la Russie, décidé par les Occidentaux, handicape lourdement les Européens mais profite en sous-mains aux Américains qui nous vendent du gaz liquéfié au prix fort…

Nous assistons à un tournant important au niveau énergétique et nous sommes face à des défis stratégiques de grande ampleur. Les sources alternatives d’énergie, solaire et éolien, nécessitent des investissements lourds et l’abandon d’infrastructures onéreuses non amorties. L’ensemble de ces éléments plaident en faveur d’une énergie durablement chère, particulièrement en Europe. Les Etats-Unis et la Chine vont continuer à profiter d’une énergie bon marché… On peut dire bravo à nos dirigeants européens qui ont planifié cette soumission et, en particulier, à Emmanuel Macron qui fut à l’avant-garde de cette déconfiture !

Une avalanche de décisions incohérentes

Les politiques ont ce génie de prendre des décisions soudaines et non réfléchies, sans en avoir mesuré la portée. La France est assez experte dans ce domaine, en particulier en ce qui concerne la politique énergétique…

La France disposait d’un savoir-faire remarquable dans le domaine nucléaire, ce qui lui assurait un avantage technologique, énergétique et concurrentiel enviable. Sous la pression d’une poignée d’écologistes très actifs, et aveuglés par une idéologie trompeuse, Emmanuel Macron et son prédécesseur avaient décidé de tourner la page du nucléaire civil. La filière a très rapidement perdu ses meilleurs ingénieurs et le savoir-faire acquis pendant des décennies. Cette décision était d’autant plus incohérente et malvenue qu’elle coïncidait à la prise de conscience, au niveau mondial, de l’importance de se tourner vers des énergies qui ne dégageaient pas de CO2.

Le président français a finalement, suivant son habitude, changé d’avis et décidé d’activer à nouveau la filière nucléaire. On ne fait jamais grief aux politiques de leurs onéreuses incohérences dont les contribuables et les usagers sont pourtant les premières victimes…

L’incompétence génère de multiples bévues et le chef de l’État n’en n’est pas avare. Après avoir organisé la pénurie de pétrole et de gaz, et après avoir asséché la filière nucléaire, il semble désormais s’orienter vers la réouverture de centrales à charbon de nos ancêtres ! Selon le ministre concerné « un décret va être mis en consultation pour organiser cette possibilité d’un fonctionnement l’hiver prochain », mais pour sauver la face le ministre précise qu’il est prévu, en compensation, « des projets de reforestation » !

Nous atteignons là le summum de la bêtise étatique, ce qui n’a pas empêché les Français de reconduire l’hôte de l’Élysée dans ses fonctions pour 5 ans supplémentaires de navigation à vue… Comme quoi, les politiques ont sans doute raison de prendre les électeurs pour des imbéciles, faciles à berner…

De toutes façons, ne vous faites pas d’illusion, si l’énergie est chère et rare l’hiver prochain, cela sera de votre faute mais pas de celle des gouvernants. On vous accusera de dépenser trop d’énergie, de chauffer trop, de vous éclairer trop, et de prendre votre voiture trop souvent. On fait déjà appel à votre sens des responsabilités et vos dirigeants envisagent déjà des restrictions autoritaires s’il le faut. Tout est fait pour vous préparer à l’idée…

Voiture électrique ou voiture à hydrogène

Le parlement européen a décidé que d’ici 2035 il ne sera vendue aucune voiture fonctionnant à l’essence ou au diesel. C’est sans doute très bien, mais une fois de plus les politiciens n’ont pas réfléchi une minute à la faisabilité d’une telle décision. Ce n’est pas leur problème, ils naviguent dans les hautes sphères de l’idéologie hors-sol et n’ont que faire des considérations bassement techniques.

L’affaire est entendue, la voiture du futur sera électrique ou ne sera pas. L’intendance suivra et devra installer des bornes de recharge à chaque place de parking. Que se passera-t-il lorsqu’il y aura la queue aux stations de recharge autoroutières, étant entendu qu’il faut compter 20 minutes minimum pour une recharge à 80% et une autonomie médiocre? Qui paiera les infrastructures nécessaires ?

Question subsidiaire : la fourniture d’électricité sera-t-elle suffisante pour faire rouler des millions de voitures et de camions ? On peut en douter lorsque l’on voit que la France, l’Allemagne et la Pologne rouvrent en 2023 les centrales à charbon pour satisfaire la demande. Mais les politiques ne veulent pas s’encombrer de détails vulgaires…

L’alternative peut-elle venir de la voiture à Hydrogène ? Elle pourrait se recharger en 5 minutes et ne relâcherait que de la vapeur d’eau ! Les points de recharge ne concerneraient que les stations-services actuelles qui devraient s’adapter. Autre avantage non négligeable, l’autonomie serait de 500 kms.

Côté handicap, la voiture à hydrogène coûte cher à construire et le prix de vente des voitures bas de gamme serait de 70.000 €. La consommation serait de l’ordre de 13 € au 100 kms, comparable au coût actuel d’une voiture à essence.  Mais, surtout, une station de recharge coûterait la bagatelle d’un million d’euros !

Néanmoins, ce qui va faire la différence c’est le bilan énergétique. La production d’hydrogène, par électrolyse de l’eau, nécessite beaucoup d’énergie. Ensuite il faut convertir l’hydrogène en électricité dans une pile à combustible. Finalement seulement 38% de l’énergie produite est utilisée pour rouler. Autrement dit, le bilan énergétique est très mauvais…

De son côté, dans la voiture électrique, 80% de l’énergie fournie est utilisée pour rouler, avec un prix au 100 kms défiant toute concurrence ! Il semble donc bien que la voiture de l’avenir sera électrique, malgré de nombreux problèmes à l’horizon pour produire des batteries et les recycler :  manque de métaux lourds et pollution extrême au recyclage.

Le gaz naturel décarboné

Le gaz naturel est devenu la principale source d’énergie industrielle et domestique aussi bien en Europe qu’aux Etats-Unis. Nous disposons de millions de kilomètres de réseaux de pipe-line et des infrastructures onéreuses qu’il est difficile de passer par pertes et profits. L’idée consiste donc à utiliser ces réseaux pour y faire circuler un gaz combustible décarboné. Pour cela il existe de multiples voies.

Tout d’abord la fermentation bactérienne des déchets végétaux productrice de méthane, dont le bilan carbone serait neutre. Cette alternative est explorée avec succès, et génère comme sous-produit un compost utilisable en agriculture, mais elle ne pourra constituer qu’une fraction faible de nos besoins énergétiques.

L’hydrogène, comme source d’énergie pour l’industrie et les foyers domestiques, n’est pas abandonné. Il existe des réserves naturelles souterraines d’hydrogène qui peuvent être exploitées. L’injection d’eau bouillante dans des réservoirs naturels riches en fer génère des silicates et de l’hydrogène.

L’hydrogène peut aussi être produit par électrolyse de l’eau, couplée à un générateur d’électricité photovoltaïque ou une centrale nucléaire. Une autre technique élégante de décarbonisation consiste à chauffer du méthane avec de la vapeur d’eau pour obtenir de l’hydrogène et du carbone solide facile à éliminer.

Mais le problème de l’hydrogène est sa faible densité qui ne lui permet pas de circuler facilement dans les tubes. On peut envisager un mixte de 80% de méthane et de 20% d’hydrogène, comme c’est testé en France. On peut aussi transformer cet hydrogène naturel en un gaz ou un liquide plus facile à transporter. La réaction gaz carbonique + hydrogène génère de l’eau et du méthane, neutre en bilan carbone !

Il est aussi possible de continuer à utiliser le gaz naturel (méthane CH4) dans le réseau actuel et de le décarboner sur le site d’utilisation, entreprises ou foyers domestiques. Cette technique séduisante consisterait à effectuer une pyrolyse du méthane générant de l’hydrogène et du carbone solide. Nous aurions ainsi unebsource d’énergie décarbonée ! Bien entendu cette méthode nécessite un apport préliminaire d’énergie ce qui renchérit le bilan énergétique… Rien n’est parfait !

Comme vous voyez, l’imagination est au pouvoir et nous ne manquons pas de voies alternatives pour continuer à utiliser l’énergie disponible, mais elle coûtera plus chère. Les ingénieurs ont du talent créatif, mais il ne faut pas que les politiques se laissent entrainer par des idéologies déconnectées des réalités.

 

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