655 – L’ANGOISSE DIGITALE

Posted on février 13, 2017 par

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La grande peur du 21ème siècle sera t-elle celle de l’émergence des robots et, en particulier, des robots humanoïdes dont on nous vante les performances ? Que faut-il craindre de ces êtres qui nous ressemblent et qui, dit-on, sont sur le point de nous surpasser ? Ces questions ne sont pas anodines…

Il y a quelques années, dans une précédente chronique (398 – Les robots s’humanisent), j’annonçais que « le tournant robotique sera sans doute la grande révolution industrielle du 21ème siècle ». C’est aujourd’hui une évidence. Chaque jour, les media nous annoncent de nouvelles prouesses réalisées par les robots, nos craintes grandissent d’être déclassés et nous craignions de devenir des laissés pour compte.

Les menaces sur l’emploi

Il coure sur You-Tube une vidéo en Anglais qui fait froid dans le dos et intitulée « Humans need not apply » que l’on pourrait traduire par « Les humains, inutile de postuler ». Elle dépeint une humanité désoeuvrée dans un monde entièrement automatisé où même les travaux intellectuels sont réalisés par des robots. Ce ne sont plus seulement les travaux pénibles et répétitifs dans les usines qui seront robotisés. Très prochainement, ce sont les conducteurs de véhicules qui seront obsolètes, remplacés par des automates plus fiables et moins onéreux. A lui seul, le transport représente 3 millions d’emplois aux USA.

Même les médecins, aujourd’hui, peuvent être remplacés par des robots qui en savent plus qu’eux, pour faire un diagnostic précis et ordonner un traitement adéquat. Des algorithmes sont à la base de cette nouvelle discipline, dénommée machine learning, qui permet à des ordinateurs puissants d’apprendre de leur expérience des quantités illimitées d’informations, d’analyser des phénomènes complexes et en tirer des conclusions instantanées, mieux qu’un spécialiste chevronné !

Dans ce contexte, et à titre d’exemple, la machine peut analyser et interpréter une radio plus vite, mieux, et surtout moins cher, qu’un radiologue ! Soyez assurés que les assurances santé vont promouvoir cette médecine digitale.

Le métier de juriste nécessite une mise à niveau permanente pour ingurgiter la somme des lois et règlements qui chaque mois le submergent. Tout cela va appartenir au passé car il suffira de poser une question à une machine intelligente pour avoir le conseil judicieux qui tient compte de la totalité des lois et de la jurisprudence en la matière.

Perte de savoir-faire

De nombreux historiens prétendent qu’un facteur essentiel de la chute de l’Empire Romain fut l’habitude de l’esclavage. Les romains ne faisaient plus rien, sauf se divertir, et par conséquent ils ne savaient plus rien faire. Tout le savoir faire était entre les mains des esclaves. Lorsque ceux-ci commencèrent à prendre conscience de leur puissance, ils mirent moins de zèle dans le travail.

Aujourd’hui, les robots sont nos assistants esclaves. Plus ils deviennent performants, plus nous commençons à les craindre. Nous perdons aussi de nombreux savoir-faire qui ont été délégués à des machines, puis à des automates et enfin à des robots intelligents. Nous allons perdre progressivement notre expertise et la fierté de notre métier. Finalement, nous avons peur de notre propre obsolescence. Ainsi un simple chauffeur de taxi, dont l’expertise était de bien connaître sa ville, a perdu son savoir-faire au profit du GPS. Demain, il perdra son métier avec les voitures autonomes.

Devenir des assistants

la-robotique-humanode-en-2025-14-638 L’homme a construit des robots pour le servir, pour l’assister dans son travail et ses activités. Néanmoins, les performances actuelles des robots intelligents nous poussent insensiblement à devenir leurs assistants ! Notre intelligence est à ce point surpassée que nous nous sentons déclassés, inutiles. Nous finissons par douter de nous-même, de notre intelligence et surtout de notre personnalité propre avec ses qualités et ses défauts. Nous sommes inexorablement déconstruits. Nous nous baladons sur les réseaux sociaux, réduit à une proie chassée par ceux qui cherchent à vendre, qui cherchent à aimer, ou qui cherchent le crime que nous aurions pu commettre.

Il demeure une question cruciale : comment apprendre à un robot à dire non à un ordre stupide, dangereux ou criminel ? Comment donner assez d’autonomie à un robot pour qu’il puisse refuser d’exécuter un ordre ? Devant un ordre en provenance d’un humain, ou d’un autre robot, il doit pouvoir se poser les questions suivantes : Est-ce que je sais le faire ? Est-ce que je suis capable de le faire ? Est-ce que je dois le faire dès maintenant ? Est-ce que je suis obligé de le faire compte tenu de ma relation avec celui qui m’a donné l’ordre ? Est-ce que cet ordre est dangereux pour moi ou pour les autres ? Est-ce que cet ordre est contraire à mes principes et à mon éthique ?

Vous le voyez, le robot devient une personne qui pense « je » ou « moi ». Il n’y a plus de barrière entre un humain et un robot et ce dernier peut revendiquer des droits et agir selon une morale.

Les robots ont-ils des sentiments ?

Nous savons déjà que les robots intelligents sont capables de créativité. Ils savent écrire des poèmes ou composer de la musique, tel le robot Emily Howel qui peut « écrire un nombre infini de musiques, toute la journée, gratuitement » ! Mais qu’en est-il des sentiments ?

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Vous avez peut-être été le témoin en direct, avec 3,5 millions d’internautes, de la première déclaration d’amour entre deux robots qui eut lieu en ce début d’année ? « Est-ce que tu m’aimes » demanda Vladimir à Estragon, et vous avez sans doute été pris de vertige ; Les deux robots discutent, se chamaillent, argumentent et se séduisent. Nous sommes à la fois fascinés et soudain angoissés…

Y-aura-t-il demain des amours entre un robot humanoïde et un humain comme dans la série « real humans » ? J’ai déjà prédit que, d’ici quelques années, nous pourrons nous marier avec un robot. Peut-être même que les mariages entre robots seront organisés officiellement.

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Dans ce monde digital qui malaxe le réel et le virtuel, les frontières deviennent floues et nous finissons par douter de notre réalité et de notre spécificité d’humain… Il se peut que notre frénésie pour les Selfies, qui inondent la toile, corresponde à un besoin profond de prouver notre propre existence, face à l’émergence des robots humanoïdes qui deviennent, en quelque sorte, des super-humains.

Pour conclure

D’une certaine façon, plus les robots s’humanisent, plus nous nous sentons déshumanisés. Nous entrons dans une ère de compétition et sans doute de confrontation avec nos propres créations. C’est peut-être ce qui nous pousse vers le transhumanisme, ce projet qui consiste à améliorer l’homme par des manipulations génétiques, de façon à rester dans la course ! (lire chronique 636)

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