Comme tout bon citoyen, vous votez sagement et régulièrement pour élire vos représentants nationaux et fédéraux. On appelle cela la démocratie. Mais savez-vous que vos votes ne servent à rien, ou à pas grand-chose, et que les décisions importantes ne sont pas prises par ceux que vous élisez ? Elles sont prises par des gens plus puissants qui dirigent le monde…
Le 17 Janvier 1961, le Président américain Eisenhower prononça un discours d’adieu de haute tenue et énonça cette phrase prophétique devenue célèbre : « Dans les conseils de gouvernement, nous devons prendre garde à l’acquisition d’une influence illégitime, qu’elle soit recherchée ou non, par le complexe militaro-industriel. Le risque d’un développement désastreux d’un pouvoir usurpé existe et persistera ».
Ce fut la première fois que le terme « Complexe militaro-industriel » était prononcé officiellement. Les Etats-Unis étaient au firmament de leur gloire et de leur puissance, l’Europe était exsangue et le rideau de fer était hermétique. Il ne s’agit pas d’un terme académique et pompeux, ou d’une expression accrocheuse, mais d’une réalité nouvelle, née de l’alliance de la technologie, de la recherche scientifique, de la politique et de la finance, en vue de développer une puissance militaire moderne.
Ce fut le début d’une course aux armements, tous azimuts et de manière effrénée. « Monopoly Capital » est le titre d’un ouvrage paru en 1966 et qui fut célèbre de son temps. Il dénonçait cette frénésie belliqueuse en ces termes : « Il semble qu’ici, le capitalisme monopoliste ait définitivement trouvé la réponse à la question de savoir dans quel domaine doivent s’effectuer les dépenses gouvernementales pour empêcher le système de sombrer dans les marais de la stagnation. Il s’agit d’acheter des armes, encore des armes, et toujours des armes… ». En 2024, nous sommes confrontés au même dilemme : choisir entre la guerre et la paix !
L’État profond
Le MIC ou Military Industrial Complex, pour reprendre la terminologie américaine, est bien plus qu’une simple abréviation, il s’agit d’un réseau monumental, un monstre qui allie la puissance militaire, les politiques du gouvernement et la puissance de la production industrielle. « C’est un cocktail grisant de planification de défense, de production d’armes, d’innovation technologique, de moteur économique et de décisions politiques. C’est comme le fonctionnement complexe d’une grande horloge, où chaque rouage joue un rôle dans le fonctionnement de l’ensemble du système » est-il écrit dans un rapport récent.
Il s’agit donc d’un réseau d’influence et de décision, d’un système complexe intégré au tissu de la société, de l’économie et de la politique. Il s’agit d’un pouvoir de l’ombre qui décide au-dessus de nos têtes de la politique internationale, des alliances et naturellement qui décide qui sont nos amis et qui sont nos ennemis. C’est finalement ce que l’on peut appeler l’État Profond.
Des hommes politiques influents, des industriels ambitieux, des scientifiques visionnaires ont contribué à façonner le MIC, profitant des transformations fulgurantes de la technologie de guerre. Ce vaste réseau interconnecté s’étend à travers les secteurs et les frontières, il est constitué d’experts publics et privés qui, finalement, sont des acteurs clés dans le paysage mondial, des lobbyistes qui dictent aux gouvernants élus les décisions importantes qui concernent les peuples.
C’est à ce niveau que doit intervenir « l’ingénierie sociale » afin d’obtenir le consentement des peuples. On doit à Walter Lippmann, l’un des hommes les plus influents du XXème siècle, l’expression « Manufacturing consent » ou Fabrique du consentement, façon élégante de parler de manipulation des cerveaux !
Dans Public Opinion (1922), Lippmann étudie la manipulation de l’opinion publique dans l’intérêt du « Bien commun ». Selon lui, pour « mener à bien une propagande, il doit y avoir une barrière entre le public et les évènements ». Face à un public souvent irrationnel, insuffisamment informé ou indifférent, cette nouvelle forme de propagande doit permettre à des élites dirigeantes éclairées d’amener l’opinion publique à comprendre et accepter ses décisions, prises dans l’intérêt du « Bien commun ». C’est sur ces bases que repose la démocratie moderne…
Le message de Lippmann a été entendu et faisait écho aux nouvelles méthodes de propagande développées par le neveu de Freud, Edward Bernays dans son livre Propaganda. Ces nouvelles techniques de manipulation des foules ont été au service du consumérisme et récupérées par les politiciens et, bien sûr, par les experts du Military Industrial Complex. Le consentement des citoyens européens, en faveur de la guerre en Ukraine, constitue l’exemple le plus récent de manipulation de l’opinion des peuples.
Le MIC au service de l’économie
Soyons clairs, en Occident, le Complexe Militaro-Industriel concerne presque exclusivement les Etats-Unis, sachant que ce pays représente près de 50% des dépenses militaires mondiales.
L’Europe, dans son ensemble, a collectivement renoncé à peser sur les affaires du monde. Les nouveaux États membres sont peu enclins au militarisme et les difficultés économiques récurrentes au sein de l’Union, de même que l’incapacité de mettre en place un marché européen des équipements de défense, ont pénalisé cette industrie. Le prix Nobel de la paix attribué à l’Union Européenne symbolise son effacement.
Les cinq géants américains qui représentent le mieux le MIC sont les suivantes : Boeing, General Dinamics, Lockheed Martin, Northrop Grumman et Raytheon Systems. Mais 70 autres entreprises agissent dans l’orbite du MIC. Il est incontestable que les énormes dépenses militaires américaines sont un formidable accélérateur de l’économie et sont largement financées par les achats des pays tiers alliés, à commencer par l’Europe totalement assujettie à l’oncle Sam.
Si la guerre plonge les peuples dans la misère, elle est susceptible d’enrichir considérablement ceux qui mettent leur industrie militaire, industrielle et financière à son service. Ce n’est pas être cynique ou complotiste de faire remarquer que de nombreuses guerres récentes furent entreprises pour des motifs illégitimes… Certains allant jusqu’à écrire que la CIA devenait « une machine de guerre au service de Wall Street ».
Dans un rapport qui date du 26 juillet 2016, l’Inspection Générale du Département Américain de la Défense écrit ceci : « Il est intéressant de savoir, qu’il y a deux institutions mammouth, ayant des liens avec le gouvernement ou avec des Agences du Gouvernement, qui ne sont jamais soumises à un audit indépendant. La première c’est la Réserve Fédérale privée, mais liée au gouvernement. La seconde institution qui n’a jamais été auditée, c’est le Pentagone. Jamais ». Tout est dit ! Circulez, il n’y a rien à voir…
Le même rapport précise : « Rappelons-nous que le jour ayant précédé le 11 septembre 2001, le Secrétaire à la Défense d’alors, Donald Rumfeld, avait annoncé que d’après certaines estimations, « nous ne sommes pas en mesure de rendre compte de 2,3 billions (2.300 milliards) de dollars ». Cette histoire fut enterrée les jours suivants dans la panique des évènements.
Des guerres sans fin
Le Vietnam, la Corée, l’Irak, l’Afghanistan et aujourd’hui l’Ukraine, font référence à des guerres décidées par les gouvernements américains et, à chaque fois, pour des motifs énigmatiques et illégitimes !
Tout se passe comme si les Etats-Unis avaient sans cesse besoin d’une guerre quelque part dans le monde, en dehors de chez eux, pour satisfaire l’appétit de l’ogre MIC, booster son économie et confirmer sa suprématie mondiale.
Le lanceur d’alerte Julian Assange déclarait en 2011 que l’objectif des Etats-Unis dans la guerre Afghane était « d’utiliser l’Afghanistan pour prendre l’argent depuis les bases fiscales des Etats-Unis et de l’UE pour le rendre à l’élite transnationale du Renseignement. L’objectif est une guerre sans fin, pas une guerre réussie. » Assange n’a pas osé inclure la City et Wall Street parmi les grands bénéficiaires de la guerre.
L’Histoire se répète, aujourd’hui, avec la guerre en Ukraine qui pousse à de nouvelles dépenses militaires en Europe et aux Etats-Unis, pour le plus grand bienfait du MIC. L’Europe joue les supplétifs et achète essentiellement des armes et des avions américains !
Il est facile de comprendre que le Complexe Militaro-Industriel a besoin des tensions internationales pour justifier son existence et asseoir son pouvoir. Il se nourrit et se fortifie avec les guerres, qu’elles soient à Gaza, en Ukraine ou ailleurs. Le MIC travaille ardemment à recréer l’atmosphère de la guerre froide et l’antagonisme entre les blocs.
C’est sous cet angle qu’il faut interpréter la guerre en Ukraine que les Etats-Unis feront trainer aussi longtemps que possible, sans jamais chercher à la gagner… Cette guerre leur est trop utile pour la gaspiller ! Le peuple ne sera jamais consulté sur des sujets aussi graves. La démocratie n’est qu’une façade et une illusion, entretenues par les politiciens pour se donner de l’importance…
Le MIC a besoin de cette pseudo-démocratie molle qui consiste à céder aux caprices enfantins du peuple, afin d’avoir les coudées franches sur les grandes décisions géostratégiques. Le MIC ne fait pas bon ménage avec les régimes forts qui lui feraient de l’ombre et pourraient prendre des décisions contraires à ses intérêts. (Relisez la chronique-libre n°1040 intitulée « La démocratie dévoyée » qui analyse un autre aspect de nos démocraties dites « modernes », dans lesquelles nous votons pour des pantins !).
Le Complexe Militaro-Industriel est si puissant, au-delà de sa puissance économique, qu’il exerce une influence significative sur la scène politique. Il est clair que le Président actuel, Joe Biden, n’est pas en état physique et mental pour tenir tête au MIC et à ses intérêts stratégiques. Les guerres en Ukraine et à Gaza sont totalement à l’initiative du MIC. Les décideurs politiques jouent seulement les arbitres pour encadrer les règles du jeu et éviter les gros débordements qui pourraient être impopulaires. De leurs côtés, les media, qui ont besoin des financements du MIC, œuvrent au consentement des citoyens…
Sadly, even a president, any president in excellent physical shape can not stand up to the MIC.