Par quel étrange mécanisme, nous refusons parfois d’accéder au bonheur et au bien-être qui sont à portée de mains ? Cette passivité ressemble souvent à une névrose victimaire et à une sorte de masochisme, comme si nous n’avions pas le droit d’être tout simplement heureux… Quelles culpabilités nous barrent l’accès à ce bien-être naturel ?
Le simple plaisir de vivre nous parait souvent inaccessible et lointain, comme si nous n’en étions pas dignes. Nous portons en nous le mythe du paradis perdu dont nous serions symboliquement responsables depuis la faute d’Adam et, dans le fond de notre âme, nous en conservons la culpabilité.
Depuis plusieurs jours mes chaussures étaient inconfortables et mes pieds me faisaient mal en marchant. J’aurais dû intervenir tout de suite et regarder de quoi il s’agissait ! Au lieu de cela, chaque matin je remettais les mêmes chaussures et j’ai subi ce désagrément presque toute la semaine. Il a fallu la chaleur estivale de cette semaine pour qu’enfin je décide d’intervenir, au milieu d’une marche éprouvante. De très petits cailloux s’étaient glissés sous mes pieds et me faisaient souffrir. En moins d’une minute ils étaient disparus et je me demande encore qu’elle était l’interdit inconscient qui m’inhibait de le faire plusieurs jours auparavant…
Cette histoire parait anodine, mais elle est révélatrice. Elle m’a remis en mémoire une situation analogue, que j’ai vécu il y a quelques années, avec une hanche très douloureuse qui m’handicapait fortement et me faisait boiter. J’ai attendu des années avant de consulter et je m’étais fait une fierté de supporter en silence une douleur que la chirurgie moderne aurait pu faire disparaitre. Le chirurgien qui m’a opéré fut étonné que j’ai pu endurer si longtemps pareille douleur. De mon côté, je médite encore sur la culpabilité qui m’avait infligé cette punition…
Victime et culpabilité
Toute culpabilité mérite châtiment, du plus petit au plus grand, et nous sommes devenus maitres en la matière pour nous punir parfois sévèrement. Bien des névroses cachent une culpabilité inconsciente, ancrée en nous comme une marque indélébile. Nos comportements sont souvent porteurs de nos tourments intérieurs qui nous barrent l’accès au bien-être et au bonheur.
Nombre de nos comportements déviants cachent une angoisse, une culpabilité ou une peur. L’alcoolique qui se détruit et qui le sait, le drogué qui fuit dans des bonheurs factices, ou simplement celui qui tente de combler son angoisse dans l’excès de nourriture, tous tournent le dos au bien-être et au bonheur, comme s’ils n’y avaient pas droit. Quelle est la nature de cet interdit ? Quelle faute ont-ils commise ? Quelle culpabilité portent-t-ils en eux pour s’infliger de telles punitions, jusqu’à l’autodestruction ?
Notre inconscient est imaginatif et ne manque aucune occasion pour nous barrer la route vers la sérénité tranquille. Nous sommes capables de supporter indéfiniment les caprices d’un chef ou d’un conjoint jusqu’à devenir des victimes consentantes. Nous nous plaignons avec délice et nous ne faisons rien pour sortir d’une névrose masochiste. Qu’avons-nous à payer ? Pourquoi avons-nous oublié que nous sommes maitres de notre destinée ?
Les raisons de se plaindre et d’être une victime malheureuse sont multiples. Chez certains, le manque d’argent est chronique, alors qu’ils n’entreprennent rien de concret et de sérieux pour y remédier. D’autres ne trouvent pas de travail, mais ils ne cherchent pas dans leur domaine de compétence. D’autres encore arrêtent leurs études sur un coup de tête et se plaindront ensuite de leur sort ! Il ne s’agit souvent que d’une stratégie inconsciente pour ne pas atteindre un bonheur auquel ils pensent ne pas avoir droit.
Les sociétés humaines sont aussi peuplées de quantité de relations de dépendance de maitre à esclave. La maltraitance est fréquente et recèle un attachement névrotique de la victime à son bourreau. Les victimes sont expiatoires, c’est-à-dire qu’elles sont porteuses de culpabilités personnelles ou collectives. Il ne faudrait pas croire qu’il s’agit de cas pathologiques extrêmement rares, au contraire, ils pullulent autour de nous et nul n’est jamais certain de ne pas tomber dans les rets d’un bourreau. Il y a tant de façons d’être le maitre d’un esclave…ou l’inverse ! Sans compter que la stratégie inconsciente de la victime consiste à prendre la place du bourreau.
La névrose des peuples
Par analogie symétrique, nous pouvons constater que les peuples, dans leur ensemble, rencontrent les mêmes difficultés que les individus pour atteindre un minimum de sagesse et de plénitude.
Il existe des peuples victimes et des peuples bourreaux. A cet égard, l’exemple d’Israël est édifiant à plus d’un titre. Il est l’exemple même de la relation perverse du bourreau à sa victime, cette dernière manipulant le bourreau pour prendre sa place. Le peuple Juif fut longtemps la victime expiatoire archétypale, pour devenir aujourd’hui le bourreau sanguinaire que l’on connait aujourd’hui à Gaza. Il faut simplement savoir que ce jeu risque d’être sans fin, comme toute relation de victime à bourreau… Les rôles s’inversent, simplement.
A un autre niveau, il est amusant d’observer l’attitude de l’Europe, tétanisée face aux USA et qui se complait dans le rôle de la victime incomprise et soumise à l’ingratitude du maitre. L’Europe est l’ancien maitre devenue la victime. Elle sait se plaindre et pleurnicher comme le font toutes les victimes qui tentent d’apitoyer le maitre, et elle y parvenait jusqu’à présent. Mais le nouveau maitre ne semble pas être du genre à s’apitoyer sur le sort des victimes trop passives et trop larmoyantes !
Certains peuples subissent la dictature en gémissant mais sans jamais se révolter. J’ai toujours été surpris de la docilité des peuples opprimés. Un dictateur seul, et une poignée de sbires, sont capables de mener par la bride tout un peuple ! Une hiérarchie pyramidale suffit, car le peuple obéit aux ordres sans mollir, sans réfléchir et surtout sans se révolter. C’est une chose étonnante cette passivité, cette docilité et même cette collaboration avec les diktats du maitre, comme nous avons pu l’observer à loisir dans tous les régimes totalitaires de l’Histoire…
Nous aurions pu penser que la démocratie nous apporterait la paix et la sérénité. Hélas, la passivité des peuples, qui observent sans réagir la mauvaise direction que prend leur pays mal dirigé, semble être la règle. Nous votons pour un beau parleur et ensuite nous le laissons faire à sa guise. Nos chaussures sont pleines de petits cailloux mais nous continuons notre chemin, malgré tout. Nous rouspétons, mais c’est stérile…
Le centre de la petite ville où nous habitons est gangrené par une mafia de trafiquants de drogues, qui opèrent sans entrave aux vues et sus de tout le monde. Ce dernier week-end, était organisé un référendum demandant aux citoyens l’autorisation de disposer des caméras de surveillance afin de maitriser ce commerce illicite et dangereux qui menace la jeunesse. Je suis tombé de ma chaise lorsque j’ai appris que cette initiative de bon sens fut refusée par 60% des votants ! Quelle culpabilité portons-nous pour décider de ne rien faire face à un fléau qui touche nos enfants ? (Relire chronique libre n°1090 « faut-il sauver la démocratie ? »).
Depuis le paradis perdu, le droit au bonheur, à la sérénité et au bien-être semble bien difficile à atteindre. Nous avons tous de nombreux petits cailloux dans nos chaussures dont nous devons nous débarrasser. Sans doute, il nous faut au préalable prendre conscience des culpabilités personnelles, familiales et sociétales qui nous imprègnent et nous inhibent.