Ne me parlez plus jamais du « Devoir de Mémoire »!

Posted on novembre 18, 2010 par

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Si vous croyez encore que la photo est un art mineur, je vous conseille d’aller faire un tour actuellement au Petit Palais à Paris pour jeter un œil sur la sélection de 100 photos de Pierre et Alexandra Boulat, père et fille. Si Pierre a surtout photographié le Paris mondain des Trente glorieuses, Alexandra a parcouru les drames de ce monde durant les vingt dernières années avant une disparition précoce en 2007 en plein conflit Israélo-Palestinien.

Vukovar ravagé, Nov 91

 En tant que photo-journaliste, Alexandra a approché de très près tous les conflits modernes dans lesquels l’occident est directement impliqué. Au Kosovo elle a vu la barbarie à l’œuvre quand les Serbes ont pratiqué le nettoyage ethnique ; elle a assisté à l’agonie de Sarajevo. A Gaza elle a été le témoin du martyr du peuple palestinien sous le joug de la brutalité Israélienne. Elle photographia les décombres du tristement célèbre camp de réfugiés de Jénine après un bombardement israélien particulièrement meurtrier. Elle fut en Irak pour immortaliser Bagdad ensanglanté après l’attaque américaine et tout au long de cette guerre sans nom elle nous laisse des images d’épouvante. Puis elle fut présente en Afghanistan pour découvrir les « bavures » d’une guerre aveugle entre deux ennemis invisibles : d’un coté les Talibans dilués dans la population et de l’autre les drones télécommandés à distance depuis le désert du Nevada, comme dans un jeu vidéo.

Je ne vous parlerai pas de la beauté, de l’humanité, de la sensibilité mais aussi de la dureté de ces images. Allez au Petit Palais ou cliquez ici pour avoir un petit aperçu…

 Mais cette exposition m’a amené à d’autres réflexions. Nous avons tous été abreuvé par deux slogans auxquels nous avons cru sincèrement : tout d’abord le « Plus jamais çà », après les atrocités nazies et, quelques années plus tard, cette ritournelle reprise en boucle par les media et les politiques, le « devoir de mémoire ». Mais après le Kosovo, la Palestine, l’Irak et l’Afghanistan, qui osera encore nous parler de devoir de mémoire ? Cette phrase, pleine de promesses,  est devenue inconvenante. A quoi sert cette mémoire des atrocités du passé si dans le même temps nous fermons les yeux, nous cautionnons ou nous prenons une part active à d’autres atrocités, aujourd’hui ? Jusqu’où peut aller l’hypocrisie de notre époque ?

Ces quatre conflits que je mentionne et qui furent « couverts » par Alexandra Bourlat, sont ceux qui nous concernent directement car ils impliquent l’Occident. Nous avons été lâches au Kosovo et avons assisté sans rien faire à un massacre que l’on nous servait le soir en direct à la télévision, en même temps que la soupe ! Nous continuons d’être lâches en Palestine en laissant Israël semer la terreur et étouffer tout un peuple en le privant d’avenir. C’est l’occident qui est allé porter le fer en Irak dont les conséquences ont généré des centaines de milliers de morts et une souffrance du peuple très supérieure à celle infligée par le cruel Saddam Hussein, sans compter les tortures, les sévices et les humiliations perpétrées par l’armée américaine. L’occident pleurent ses 4700 morts en Irak mais ne verse pas une larme sur le million de morts irakiens, selon une estimation britannique.

un enfant victime de la guerre en Afghanistan

 Et voilà que maintenant nous mettons l’Afghanistan à feu et à sang avec plus de 100.000 soldats, sans compter les agences privées de sécurité, pour, soi-disant, pourchasser une poignée de terroristes ! Et l’on se prépare déjà à envahir le Yémen puis l’on rêve de porter le glaive en Iran. Si cela se réalisait, l’Iran pourrait être le cimetière des illusions de puissance occidentale.

Depuis le début de l’humanité, la violence s’est accumulée en strates dans notre cerveau et sans cesse nous rejouons les mêmes drames, inlassablement, comme un destin implacable. La violence ne s’oublie pas, c’est pourquoi elle nous est si familière, comme une amie que l’on aime bien revoir, une sorte de fée maléfique qui nous hypnotise et dont on ne peut se défaire. Ainsi le « devoir de mémoire » est un poison qui nourrit la vengeance. Il est un alibi pour absoudre nos crimes d’aujourd’hui, mais il ne répare pas le passé. Le devoir de mémoire est un moyen trop facile pour se déresponsabiliser du présent. Pendant que nous ressassons le passé auquel nous ne pouvons plus rien, nous faisons semblant de ne pas voir ce qui se passe aujourd’hui autour de nous, sous nos yeux, et dont nous sommes les complices…

 

Citation du Jour:

 » Partout où j’ai trouvé du vivant, j’ai trouvé de la volonté de puissance« – NIETZSCHE

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