56 – La musique du silence …

Posted on novembre 30, 2010 par

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Pourquoi sommes-nous si nombreux à avoir peur du silence ?

L’autre jour, à un feu rouge, je me suis retrouvée entre deux voitures dont les radios hurlaient : l’une du rap, l’autre de la pub. Je ne sais même pas comment les deux conducteurs de ces véhicules arrivaient encore à penser !

Remarquez, peut-être écoutaient-ils la radio si fort pour –justement- ne pas penser …

Mais la voiture n’est qu’un exemple. A la maison c’est la chaîne hifi, la radio ou la télévision. Dans la rue c’est l’i-pod sur les oreilles, ou bien le bruit des voitures. Dans les magasins, dans les cafés, et même dans les parkings, il y a la « petite musique d’ambiance » (dès fois que vous vous ennuyiez avec vos pensées !). Bref, partout il y a du bruit. En ville c’est même assourdissant !!!


Plus nous avançons dans le temps, plus nous voguons vers des espaces bruyants. Les concerts, les boîtes de nuit ravagent les conduits auditifs de nos jeunes qui, par ailleurs, accentuent les dégâts avec leurs écouteurs dans les oreilles à plein régime. Hormis les problèmes auditifs que cela ne manquera pas de générer, quels autres effets cette cacaphonie ambiante peut-elle entraîner ? 

Il suffit de voir la réaction de certains citadins lorsqu’ils se trouvent en pleine campagne, loin du bruit de la ville. Encore -surtout en été- il y a t’il le bruit de la « vie » : le vent dans les arbres, les cigales, les grillons, les oiseaux … Mais pas de bruit de klaxons, de moteurs (enfin, de temps en temps il y a celui du tracteur), pas de brouhaha. A la campagne on « s’entend penser » ! Il y a une qualité de silence parfois extraordinaire qui, lorsque les fenêtres sont fermées, fait un bruit incongru dans vos oreilles.


Quelle merveille ! Le cerveau peut enfin se détendre et se ressourcer. Il n’est plus agressé en permanence par tout ce tohu-bohu qui l’enserre et le stresse. Nous nous retrouvons avec « notre » bruit personnel : celui de notre cœur qui bat et de notre sang qui pulse.

Et c’est là que nos citadins commencent à grimacer : l’angoisse les gagne. Plus de stimuli extérieurs pour éviter « d’entendre » les cris de nos cœurs, de nos âmes. Les messages de notre inconscient ne peuvent plus être remisés dans notre « boite noire » : ils profitent du silence pour se manifester : quelle aubaine pour eux ! Enfin une occasion de se faire entendre …

Alors, vite, on allume la radio, on met la musique bien fort, on regarde la télé, on prend la voiture et l’on va faire du shopping à la ville la plus proche. Tout plutôt que de rester dans ce silence si « bruyant » ! Tant pis, le stress est préférable à cette angoisse face à soi-même …

Et l’on se promet une chose : plus jamais, mais vraiment plus jamais, nous n’irons se faire piéger dans ce « trou » où il n’y a même pas le bruit des voitures. Mais nous ne dirons jamais que nous y avons angoissé, non, non ! Nous dirons seulement que la campagne est ennuyeuse, qu’il n’y a rien à y faire et qu’il ne s’y passe rien. Voilà, c’est tout.

Perturbés par la musique du silence, nous n’avons pas pu entendre et voir combien la campagne, donc la nature, est passionnante, enrichissante, relaxante, pleine de surprises. Nous n’avons pas entendu l’appel de la vie, la vraie, celle qui nous relie au plus grand tout. Nous n’avons pas vibré au son de la musique céleste dont notre cœur bat la mesure à chaque seconde, inlassablement, courageusement, merveilleusement. Nous avons perdu le contact avec lui, … avec l’ouïe !


Et si nous réapprenions à écouter chanter notre cœur ? Même au milieu de ce monde bruyant c’est possible. Il suffit, pour ceux qui n’ont aucun moyen de rencontrer le silence, de mettre des boules Quiès dans leurs oreilles. Juste quelques minutes par jour, pour réapprendre … Réapprendre la musique du silence et redécouvrir notre musique intime en écoutant notre cœur battre : il bat pour nous maintenir en vie. Il bat pour nous, il bat pour vous. Ecoutez-le : bom, bom, bom, bom …

Je terminerai avec une citation de William Shakespeare :

« Le silence est l’interprète le plus éloquent de la joie … »