262 – SUIS-MOI !

Posted on mars 28, 2012 par

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Dans ma dernière chronique, « 259 -Dialogue de sourds »je vous parlais de notre propension à ne pas vraiment nous écouter mutuellement. 

Parmi nos difficultés à communiquer REELLEMENT, s’en trouve une autre : celle de laisser l’autre suivre son chemin sans vouloir à tout prix l’attirer sur le nôtre. Cela commence d’ailleurs avec ce fameux dialogue de sourds qui nous empêche d’écouter vraiment l’autre, puis cela continue lorsque nous voulons absolument convaincre cet autre qu’il n’est pas du tout sur le bon chemin puisqu’il ne suit pas le même que nous !

Je peux reprendre les exemples de la dernière fois :

–       Les personnes seules qui poussent ceux qui ne le sont pas à le devenir : nous avons moult arguments pour convaincre !

–       De même, les gens en couple veulent tout le temps « marier » leurs amis, même si ceux-ci clament haut et fort qu’ils sont très bien ainsi, que c’est leur choix, etc …

–       Que dire des gens négatifs qui vous refusent toutes paroles d’espoir ? « Si je suis malheureux, tu dois l’être aussi … »

–       Il y aussi ceux qui boivent plus que de raison : les « bons vivants » s’appellent-ils entre eux. Pour ceux là, il est intolérable que vous disiez «Non » à un verre d’alcool ! Ils vous regardent avec méfiance et mépris : qu’est-ce que c’est que cette petite nature ? Vos arguments sur le fait que boire est mauvais pour la santé ET pour le moral, que l’alcool est une drogue au même titre que bien d’autres, les gênent : vous les empêchez non pas de tourner en rond mais de boire en paix ! Vous devez donc suivre LEUR chemin pour apaiser leur conscience : quand tout le monde fait comme nous, nous ne nous posons plus de question …

Bref, nous voulons tous attirer notre entourage sur nos chemins de traverses. « Plus on est de fous, plus on rit » dit le dicton. Et c’est vrai ! Il n’y a rien de pire que de rire à côté d’une personne qui pleure ou bien le contraire, d’être triste à pleurer au milieu d’un groupe joyeux …

En réfléchissant à ceci, j’ai pris conscience de la responsabilité que nous avons lorsque nous parlons aux autres. Bien sûr, chacun est libre et responsable de soi, mais il n’en est pas moins vrai que nous vivons en société et que nous nous influençons les uns les autres. 

Chacun est unique, d’où l’importance de respecter son propre chemin. Toutefois, nous sommes tous interdépendants les uns des autres. Nous nous influençons avec nos paroles, bien sûr, mais simplement en étant qui nous sommes !

Il y a des personnes que l’on admire et que l’on respecte, d’autres qui -d’une façon ou d’une autre- nous offrent un modèle, et il y a aussi ceux avec lesquels nous n’avons pas d’atomes crochus. Il y a même des personnes qui sont de véritables anti-modèles tellement ils choquent nos valeurs ! 

Ils suivent leur chemin, nous suivons le nôtre … Cahin-caha, de-ci, de-là !!!

En apparence nous sommes donc libres … Mais en apparence seulement ! Car toutes les personnes avec qui nous interférons nous influencent plus ou moins, même si c’est inconscient. Plus nous nous sentons proches, plus nous sommes influencés …

Soyons très vigilants, par exemple, avec ceux que nous prétendons aimer : j’écris « prétendons » car combien de fois avons-nous assisté à des manœuvres, inconscientes mais habiles, de la part d’une personne qui ne supporte pas que l’autre lui échappe en suivant son propre chemin ? L’amour a souvent les limites de nos propres désirs  

Alors, sous prétexte d’amour, nous tissons une belle toile d’araignée qui ramène l’autre dans nos filets : « Tu vois, j’avais raison, tu t’égarais en voulant quitter notre chemin habituel. Regardes, j’y suis toujours sur ce chemin, je t’aime, je t’attend, alors où veux-tu aller avec tes nouveaux désirs ? Tu veux y aller sans moi ? Me laisser tout seul ? Reviens, reviens mon amour … ». Et comme cet « autre » veut être aimé, il reprend le chemin, perdant en route, tel le Petit Poucet, ses petits cailloux d’espoir, ces petits cailloux qu’il avait semés avec tant d’énergie. Bien sûr, nous pouvons être alternativement l’un ou l’autre de ces personnages !

J’insiste donc sur notre responsabilité individuelle : si nous nous influençons mutuellement … nous influençons personnellement les autres ! Attention donc à ce que nous pensons, à ce que nous disons, à ce que nous faisons. Car c’est là que réside notre responsabilité : plus nous cherchons à vivre en harmonie, aussi bien avec soi-même qu’avec les autres, plus nous « influençons » les autres dans ce sens. Nous apportons non seulement notre petite graine d’harmonie dans le monde, mais nous la semons autour de nous !

Nous avons tous eus l’expérience de gens agressifs qui réveillent (inconsciemment !) notre agressivité. Et nous avons également eu celle de rencontrer des personnes heureuses et équilibrées qui stimulent ces qualités chez nous. Sauf … sauf si nous ne sommes pas assez ouverts et généreux pour le supporter ! Alors, là, nous chercherons à tirer ces personnes vers le bas, nous ferons tout pour briser leur harmonie et les convaincre que c’est un leurre.

Soyons donc très vigilants, il en va de notre responsabilité : qu’induisons-nous chez les autres ? Que leur souhaitons-nous ? Attention, par exemple, de ne pas projeter nos déceptions ou nos craintes ! Nous avons vite fait de décourager quelqu’un le jour où nous-mêmes nous ne sommes pas en forme. Peut-être, tout simplement, soyons francs avec les autres en disant par exemple « Tu sais, aujourd’hui je ne serais pas de bon conseil pour toi : je suis trop préoccupée. Je ne voudrais pas projeter sur toi mes angoisses ! ».

Et les jours où nous allons bien, partageons généreusement nos belles pensées, notre bonne humeur, notre harmonie : semons au vent les graines de notre cœur !

Et si, plutôt que « Suis-moi », nous apprenions à dire « Où veux-tu aller ? » sans, bien sûr, oublier de se poser la question à soi-même …