272 – MYSTERE DU TEMPS

Posted on avril 20, 2012 par

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 Augustin, dans ses Confessions, s’interroge sur le mystère du temps : « Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne me le demande, je le sais ; si je veux l’expliquer à quelqu’un qui m’interroge, je ne sais pas. Que sont donc ces deux sortes de temps, le passé et le futur, alors que le passé n’est plus et que le futur n’est pas encore?».

 

Au 21ème siècle, le temps est devenu la matière première la plus précieuse, on le compte maintenant en nanosecondes. Aucune entité physique n’est mesurée avec plus de précision que le temps. Pour la première fois depuis la naissance de l’humanité, le temps a vaincu l’espace et l’information circule à la vitesse de la lumière ! Nous avons ainsi l’impression de vivre tous dans le même endroit virtuel, dans le même « village global » selon l’expression du sociologue canadien McLuhan. Il n’y aurait plus, selon lui, qu’une seule culture, qu’une seule communauté « où l’on vivrait dans un même temps, au même rythme et donc dans le même espace ».

Dans notre vie de tous les jours, nous croyons savoir ce qu’est le temps. Nous comptons

Salvador Dali: Montre molle

les heures, les jours et les années et nous avons l’impression d’un temps qui passe, comme une flèche ou comme le flux d’un fleuve qui s’écoule inexorablement. Nous parlons de « la marche du temps », comme s’il s’agissait d’une entité en mouvement, et nous le divisons en trois parties qui se succèdent : le passé, le présent et le futur. Mais dans quel espace le temps se mouvrait-il, et à quelle vitesse?  Nous n’avons pas de réponse à cette question.

Les philosophes ou les physiciens qui se sont succédés, après saint Augustin, n’en savent pas beaucoup plus que nous. Ils nous rappellent qu’il existe les trois dimensions de l’espace, et le temps ne sert qu’à mesurer la vitesse des objets qui se déplacent dans cet espace. Le temps n’existe que sous forme d’une quatrième dimension qui serait « l’espace-temps » dans lequel le passé ne serait pas dissocié du futur. « Le passé, le présent et le futur sont seulement des illusions, même si elles sont têtues », écrivait Einstein. De nombreux physiciens pensent aujourd’hui que l’espace et le temps ne sont pas des entités séparées.  Le temps ne serait rien d’autre que ce que mesure nos horloges et n’engagerait qu’elles !

Le temps suspend son vol !...

  Nous ne sommes cependant pas satisfaits par cette réponse qui ne réponds pas au mystère du temps. Après tout, il est vrai que nous ne sommes pas capables d’observer le passage du temps : ce que nous pouvons observer, c’est que nous vieillissons, c’est à dire que nous observons un état du monde qui est différent d’un état antérieur dont nous nous souvenons. Le fait que nous nous souvenions du passé, plutôt que du futur, n’est pas une observation du passage du temps, mais une observation de l’asymétrie du temps. Personne d’autre qu’un observateur conscient n’enregistre le flux du temps. Une pendule n’enregistre que la durée entre deux évènements, mais pas le temps qui passe. Il nous faut donc conclure que le temps qui passe est une notion subjective et non pas objective, une illusion de notre cerveau en quelque sorte !

Pour aller plus loin dans notre questionnement sur l’illusion du temps qui passe, il faut réunir d’autres compétences, en plus des physiciens et des philosophes. Il nous faut faire appel aux psychologues, aux neurobiologistes et peut-être aux linguistes et aux anthropologues. Certains spéculent que c’est l’asymétrie du temps qui procure l’impression du temps qui passe, car la mémoire est unidirectionnelle et ne fait qu’ajouter de nouvelles informations dans le cerveau dont le niveau d’organisation augmente. D’autres suggèrent que certaines zones du cerveau seraient dédiées à cette notion du temps. C’est ainsi que certaines drogues, ou même certains états de méditation, sont capables de supprimer cette impression subjective du temps qui passe…

mandala tibétain du temps:
Kalachakra

 Pour de nombreuses cultures ancestrales, le temps n’est pas linéaire, mais cyclique, en référence aux saisons qui se répètent. Le temps est ainsi inscrit dans le Grand Mandala des rythmes naturels. C’est peut-être l’étude de ces biorythmes qui nous éclairera sur la nature de ce mystère du temps. Il se pourrait qu’intervienne une cinquième dimension, celle d’un hyper-temps, quintessence, dans lequel se déplacerait l’espace-temps. Enfin, il se pourrait, selon une théorie très séduisante, que cette cinquième dimension fasse intervenir la conscience. Ce qui revient à dire que c’est nous qui créons cette illusion du temps qui passe.

Ainsi, dans La Nouvelle Héloïse, Jean-Jacques Rousseau décrit sur 2 volumes de 500 pages, les amours réciproques de Julie et de Saint-Preux. « Je commençais à me rappeler une promenade semblable, faite autrefois avec elle, durant le charme de nos premières amours. » L’amour, qui se veut éternel, a besoin de temps. L’existence temporelle de nos sentiments est sans doute une nécessité vitale. Notre cerveau a ainsi crée cette illusion nécessaire…

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