873 – VOYAGEURS DE L’AU-DELÀ

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Nos civilisations du bien-être n’aiment pas les désagréments. Mais nous vivons une période qui nous oblige à regarder certaines vérités en face. Nous devons nous rendre à l’évidence : nous sommes mortels… et il faudra s’habituer à cette idée !

J’ai trouvé curieux que le gouvernement français ait choisi cette période de pandémie, au cours de laquelle nous comptons chaque jour les morts, pour légiférer sur l’euthanasie, (eu-thanasia qui signifie littéralement mort douce) ! Nous savons tous à quelles dérives mènera l’euthanasie dans une société qui ne sera plus capable de porter le poids des personnes âgées et de ses innombrables patients atteints de maladies graves et incurables.

 Par ailleurs, il eut sans doute suffi de laisser le virus circuler librement pour que la sélection naturelle poursuivre son œuvre de tri sélectif et que les autres soient naturellement immunisés. C’est, en économie, ce que l’on nomme « la destruction créatrice » qui traduit la disparition des entreprises obsolètes au profit des plus modernes et des plus performantes. C’est cruel, mais la vie est cruelle…

A une époque où le vieillissement de la population pose des problèmes économiques quasi insolubles pour le financement des retraites, et surtout pour le système de santé, on peut s’étonner que l’on dépense des sommes astronomiques pour faire gagner quelques mois de vie à une population polymédiquée responsable de nombreux déficits publics.

Relativisons

Les media et les autorités de santé ont les yeux braqués sur les morts du covid et nous bassinent toute la journée avec des chiffres et des images qui veulent nous terrifier, afin de mieux nous asservir.

Tout se passe comme si les gens ne mouraient pas d’autre chose. Ils ont oublié que 620.000 personnes seraient mortes, quoiqu’il arrive, en 2020 et encore plus en 2021 compte tenu du vieillissement rapide de la population française. Il meurt chaque jour, de causes diverses, bon an mal an, 1600 à 1700 citoyens français, avec ou sans covid. Dans les maisons de retraites 150.000 personnes meurent chaque année, de vieillesse. C’est aussi cela la vie !

Il existe pourtant bien des décès qu’il serait facile d’éviter parmi les plus jeunes, à commencer par les cancers et les maladies cardiovasculaires. Les autorités de santé auraient mieux fait de s’occuper des 100 millions de morts, dans le monde, provoqués directement par le tabac au cours du XXème siècle et des 7 millions de fumeurs qui meurent régulièrement chaque année, ce qui est beaucoup plus que les morts du covid !

Les gouvernements, qui gaspillent des milliers de milliards en arrêtant l’économie et en vaccinant tout azimut avec un vaccin expérimental à l’efficacité douteuse, ont simplement oublié de s’occuper des cigarétiers qui, selon les experts, seraient responsables, impunément, de la mort de la moitié de leurs clients ! 

Entre déni et tabou

Mais ces morts habituels ne nous font pas peur car personne n’en parle. Ils ne sont que dans les statistiques. Nous sommes terrifiés de mourir du covid car nous ne parlons plus que de cela. Toutes les conversations tournent en boucle autour de ce thème.

Nous sommes surpris, et nous avons peur, car la mort était partie de notre champ de vision. Nous avons soudain une révélation : nous sommes mortels ! Cette vérité est absolument intolérable ! !… Nous étions habitués à notre petit confort individuel et nous vivions dans le fantasme d’un pouvoir médical absolu. Nous découvrons qu’il est aussi démuni qu’il était au Moyen-âge pour affronter les épidémies de peste !

« L’épidémie du covid-19 s’inscrit dans la tendance générale d’un changement de notre rapport à la mort. La place du corps des morts se réduit, les religions sont moins sollicitées, certains voudraient éliminer « le temps perdu du deuil », d’autres carrément éradiquer la mort ». Ainsi s’exprimaient la psychanalyste Marie-Frédérique Bacqué dans une tribune récente.

Nous voudrions que tout se passe de façon magique, sans souffrance, sans les affres de l’agonie, en douceur. En quelque sorte, nous refusons d’assister à notre propre mort et d’en être les témoins. En 1995, Ivan Illitch écrivit une très belle réflexion sur la mort dans le Bristish Medical Journal intitulé « La société amortelle : de la difficulté de vivre sa mort » dans laquelle il critique la « médicalisation de la mort », « la liturgie médicale entourant le stade terminal » et « le docteur en blouse blanche aux prises avec la mort, qui arrache le patient à l’étreinte de l’homme-squelette ».

La maladie, comme la mort, est devenue désincarnée. Les malades ne savent plus s’ils se sentent bien ou mal. Ils attendent les résultats d’analyse pour savoir ce qu’il en est d’eux-mêmes. Le mourant lui-même s’est mis à suivre la courbe de ses paramètres vitaux sur l’écran !

La mort est vécue comme un échec et une défaite de l’équipe médicale. Les gens souffrent de ce que l’on ne les laisse pas mourir en paix et sont harcelés par une technicité sans cesse plus envahissante et dépersonnalisante.

Médiation entre le ciel et la terre

Il se trouve que l’Italie célèbre cette année l’auteur de la Divine Comédie, ce poème fleuve de plus de 14.000 vers dans lequel Dante se met en scène en voyageur de l’Au-delà. Dans ce poème de dimension universelle il plonge dans le royaume des morts et traverse successivement l’Enfer, le Purgatoire et le Paradis. Mais c’est aussi un tableau du monde dans lequel nous vivons, une expression de nos aspirations et de nos angoisses.

Cette expérience que Dante a faite sur lui-même, c’est avant tout un voyage intérieur que chacun d’entre nous peut faire et une prise de conscience qui permet d’accéder à un autre niveau personnel de réalité, de vérité et de liberté.

La Divine Comédie s’inscrit dans la mystique chrétienne, c’est une médiation entre le ciel et la terre qui nous manque cruellement aujourd’hui. C’est la raison pour laquelle nous sommes si effrayés par la mort qui est devenue un néant.

« De manière absurde, les Églises se sont mis à soutenir les médecins dans la médicalisation de la mort » notent de son côté le prêtre catholique Ivan Illich. Mais sans transcendance l’idée de la mort devient insoutenable. Il ajoute : « La faculté de vivre vers la mort s’acquérait dans le cadre de la culture de chacun ». Autrement dit, la mort et le deuil qui l’accompagne sont des processus culturels qui s’inscrivent dans une tradition qu’il est important de respecter.

La philosophe Marie de Hennezel répondait récemment, de façon très humaine, à une question sur la survivance de l’âme après la mort du corps : « Certains pensent que la mort ne met pas fin à la vie d’une personne. Ils peuvent être aidés dans leur deuil. On peut parler aux morts qui de toutes façons sont présents dans nos pensées. On peut continuer à s’adresser aux défunts. Je connais de nombreuses personnes qui demandent de l’aide à ceux qui nous ont quittés ».

Dieu est mort mais nous avons toujours besoin de parler à ses anges ou aux défunts !…

Partir sans adieux

Mais nos sociétés postmodernes se caractérisent par le fait qu’elles ne respectent plus les traditions. L’individualisme nous fait vivre seul et mourir seul. L’épisode du covid nous aide à prendre conscience de la solitude des personnes âgées.

Les interdits gouvernementaux ont laissé les personnes âgées mourir seules, sans l’appui de la famille ou d’un ami, sans une main à serrer pour les accompagner dans leur voyage vers l’au-delà. Mais pour la médecine, il n’y a pas d’au-delà, pas besoin de main secourable, pas besoin de prière. Seuls comptent les résultats d’analyse et les graphiques sur les écrans. A l’entrée de l’Enfer dantesque, cette inscription qui exprime bien le désarroi de notre époque: « Laissez toute espérance, vous qui entrez ». Il lui faudra atteindre le Paradis pour trouver l’amour de Dieu : « l’Amour qui meut le ciel et les étoiles ».

Marie de Hennezel, de son côté, décrit un autre enfer : « Il y a eu dans la gestion de cette pandémie des aspects totalement inhumains. Il faut oser le dire. L’interdiction des visites, l’interdiction de venir dire au revoir aux proches, la façon dont on a jeté les corps dans des housses sans que les familles puissent voir une dernière fois le défunt, l’impossibilité d’assister aux obsèques… cette série d’interdit a été d’une inhumanité inacceptable ».

La restriction des rites funéraires redouble la souffrance de la perte. Il faudrait envisager une cérémonie publique nationale en hommage à ceux qui sont morts afin d’accompagner les familles endeuillées, comme il est de tradition après les guerres, et afin aussi de déculpabiliser ceux qui sont vivants et qui ont peut-être contaminé ceux qui ne sont plus là…

Depuis la nuit des temps, toutes les civilisations ont appris à « apprivoiser » la mort, à accompagner les mourants, à leur assurer une sépulture et à aider les familles endeuillées à l’aide de rites codifiés. Notre civilisation, qui se veut postmoderne, pense-t-elle échapper à cette nécessité et rompre sans dommage avec ces traditions sans doute essentielles ? La question la plus existentielle demeure  celle-ci : Peut-on bien vivre et mourir apaisé si, comme à l’entrée de l’Enfer de Dante, nous avons perdu toute espérance ?

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