906 -LE RETOUR DE DON QUICHOTTE

Le célèbre livre de Cervantès est l’histoire du vaillant chevalier à la Triste Figure qui conjugue jusqu’à l’excès, l’honneur et le courage. Le brillant et lucide Éric Zemmour apparait de la même trempe que son illustre prédécesseur… avec tous les risques qui vont avec.

Je dois avouer que j’ai découvert Éric Zemmour récemment alors qu’il était éditorialiste sur CNews. J’avais eu le tort de penser qu’il s’agissait d’un personnage infréquentable, car c’est ce que disaient de lui les media bien-pensants ! On a toujours tort de faire confiance aux media…

En fait, j’ai découvert un homme très brillant et très cultivé, un analyste extrêmement percutant et lucide de la situation actuelle de l’Occident. Son discours est très bien construit et les conclusions qu’il en tire, si elles ne sont pas très optimistes, sont celles qui sont largement partagées par une grande majorité de français. En bref, il a le mérite de dire tout haut ce que beaucoup de citoyens pensent tout bas…

Zemmour était parfaitement à sa place en tant qu’éditorialiste politique, toutefois j’ai toujours pensé qu’il avait beaucoup à perdre, et beaucoup de mauvais coups à encaisser, s’il quittait cette position privilégiée de l’observateur de son temps. Mais, comme don Quichotte, il n’en pouvait plus de rester cantonné dans ses livres et ses diagnostics, il lui fallait aller combattre les démons de la France, afin d’élargir la réalité aux dimensions de son rêve.

Rêver debout

J’en étais là de mes réflexions lorsque, par hasard, j’ai lu « Rêver debout », le nouveau livre de Lydie Salvayre, consacré à ce héros universel, révolté, qui ne s’accommode pas de la résignation, et qui décide un jour de quitter sa demeure de la Mancha pour entrer dans l’action et lutter contre l’injustice.

Cet hidalgo au grand cœur rencontre sur sa route une colonne de galériens encadrée par les sbires de la très sainte et très intouchable Santa Hermandad. Il attaque le convoi et délivre les malheureux promis aux galères royales. Mais, à peine délivrés de leur servitude, ils se retournent contre le pauvre don Quichotte, désarçonné de son cheval et battu comme plâtre.

« Pourquoi les gestes qui ont quelque noblesse appellent-ils autant de haine ?» s’interroge l’auteur de « Rêver debout ». Cette phrase résonne en moi depuis que j’ai vu les tombereaux de haines et d’invectives s’abattre sur le pauvre Zemmour, aussi mal préparé que don Quichotte pour affronter la bêtise et la méchanceté humaines.

A plus de 4 siècles de distance, les deux personnages se font écho, pétris l’un et l’autre dans le creuset de la littérature qui célèbre la beauté, l’honneur et le courage. Ils vont sauter le pas et se confronter à la très dure réalité du monde des Hommes.

Vivre

Pour l’un et l’autre, il s’agit de Vivre enfin, « de se confronter au monde, le prendre à bras le corps, l’étreindre, le goûter, le toucher, le humer sentir battre son pouls ». Ils se jettent dans l’arène car ils ne sont pas que des lettrés utopistes, des songe-creux.

Le don Quichotte Zemmour veut réaliser, lui aussi, l’union de la pensée et des actes. Il veut s’échapper de cette alternative tragique : « des vies trop sages pour un penseur et des pensées trop folles pour un vivant ». « Depuis longtemps, le penseur occidental ne se salit plus les mains ni le corps » regrette Lydie Salvayre.

Nos deux héros sont touchants et nous sommes attendris par leur vulnérabilité dans ce monde de brutes impitoyables. Le premier avait pour ennemi la sainte Inquisition et la bien-pensance cléricale, le second subira les assauts conjoints d’une nomenklatura médiatique, jalouse du talent qu’elle n’a pas, et d’une oligarchie politique qui ne veut rien céder de sa suprématie.

Le courage

Il a fallu beaucoup de courage et une bonne dose d’inconscience à nos deux don-Quichotte pour quitter leur bibliothèque et leur douce rêverie. Ils n’ont que plus de mérite, mal armés, sauf d’une volonté inflexible. Le courage n’est-il pas la condition même de la liberté ?

Ils ont une certaine idée de la grandeur et défient toutes les machines du pouvoir qui cherchent à les abattre, le Roi, l’Église, la justice, les partis politiques, les media. Ils ont cette volonté d’accomplir quelque chose de beau, sans escompter ni gratitude, ni flatterie.

Ils sont seuls face à leur destin, mais « la cause la plus noble ne peut être gagnée si elle n’a pas pour soutien un peuple, un parti, une armée, des frères, des adeptes ». Ils opposent un défi gigantesque à des forces bien supérieures aux leurs. La solitude est sans doute le destin des héros.

On est toujours seuls lorsque l’on veut combattre l’injustice des puissants pour protéger les plus faibles. Seuls pour mettre à jour l’hypocrisie de la bien-pensance, l’onctuosité du politiquement correct et la malfaisance camouflée.

Les récifs de la réalité

Leur générosité et grandeur d’âme se heurtent inévitablement à l’imperfection humaine qui s’exprime par la lâcheté, la trahison, la méchanceté et le mensonge. Les pouvoirs en place n’aiment pas être contrariés et savent se servir de tous ces travers humains pour faire barrage à toute subversion.

Telle est la triste réalité à laquelle se heurta jadis notre chevalier qui endura moult épreuves sans gémir ni se décourager. Notre héros moderne pourra puiser des forces dans ce modèle universel s’il veut parvenir jusqu’au bout de son parcours en conservant sa dignité.

J’aime bien cette remarque du roman de Cervantès qui sert à merveille notre époque où la censure règne à nouveau : « Les littérateurs fielleux ne se sentent intelligents que dans la calomnie ».

Ce qu’il y a finalement de subversif dans le roman de Cervantès c’est cette idée folle de laisser don Quichotte partir à l’aventure, débarrassé des préjugés de son époque, de ses dogmes, de ses prétendues vérités intangibles. C’est pourquoi il ne lui sera rien pardonné, il sera bastonné, persécuté, mal traité. Il ne trouva personne pour lui prêter de l’aide, sauf son fidèle Sancho.

Tel sera sans doute le destin solitaire de l’épopée moderne d’un nouveau don Quichotte qui ne trouvera pas d’aide sur son chemin. Ils seront l’un et l’autre les incompris éternels et, comme des enfants, ils se croient invincibles ! Orgueil des poètes et des héros chevaleresques qui se transforment en sauveurs…

Désillusions

C’est une grande illusion que de vouloir le bien des autres malgré eux. C’est le point faible des grandes âmes que de se battre pour la justice et de partir en guerre contre toute sorte de tyrannie. Elles pensent changer le monde par la seule force de leur désir et ne savent pas que la violence est la meilleure alliée de l’ignorance.

Après mille vicissitudes et mille combats vains, don Quichotte butte sur cette réalité pleine de désillusions « devant les Hommes en général, menteurs, pervers ingrats, cruels, prédateurs et presque tous rivalisant de haine ». De ce point de vue, l’Espagne du siècle d’or vaut-elle mieux que la France contemporaine ?

Usé et vaincu, don Quichotte retourne chez lui, très abattu, comme foudroyé par la désillusion et il réalise combien son projet fut insensé ! Mais ce projet est aussi ce qui le maintint vivant…

Remercions don Quichotte de nous avoir fait rêver à l’impossible, de nous avoir enseigné le courage, la générosité et l’insubordination. Il nous sort de notre léthargie dans un monde avachi. C’est un modèle tragique qui rejoint les grands mythes de notre douloureuse humanité.

 C’est en ce sens qu’il est un modèle et une source d’inspiration pour Éric Zemmour qui laboure les mêmes terres, avec la même énergie et les mêmes tourments. C’est en ce sens qu’ils méritent l’un et l’autre notre admiration et notre respect… confrontés à la même bêtise et à la même méchanceté des hommes.

 Ils ont eu le mérite de faire prendre conscience des vrais enjeux de l’époque. Mais don Quichotte est un personnage fictif et les maux qu’il endure sont virtuels, tandis qu’Éric Zemmour est bien réel, mal préparé pour subir les assauts de l’intolérance, des invectives et des persécutions…

PSIl est surprenant de savoir que Cervantès s’est éteint le 22 avril 1616, exactement le même jour qu’un autre trublion célèbre, lui aussi dénigré et diffamé, William Shakespeare…

 

 

 

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Un commentaire

  1. Un grand merci pour ce bel hommage à Eric Zemmour.Votre sincérité rejoint celle de notre Eric national,cela nous réconforte et nous redonne de l’espoir.

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