Nous partons du point de vue que le cancer n’est pas une maladie inéluctable qui frappe au hasard. Dans la grande majorité des cas il est possible de prévenir le cancer en favorisant la respiration cellulaire au niveau des mitochondries…
Cette chronique achève notre trilogie consacrée au cancer. Nous avons d’abord énuméré les nouveaux traitements prometteurs du cancer, pour sortir de la chimiothérapie obsolète (Chronique N° 1052 « Les traitements anti-cancéreux sortent du Moyen-âge).
Puis, nous avons détaillé le processus d’asphyxie métabolique qui conduit au cancer par un dysfonctionnement et un blocage respiratoire des mitochondries. Le glucose est alors transformé en lactate à l’intérieur de la cellule qui s’acidifie. Nous avons vu comment l’alimentation saine et l’activité physique peuvent favoriser l’apport de l’oxygène au niveau des tissus (Chronique N° 1053 « Le cancer, maladie métabolique »).
Il s’agit ici d’étudier les molécules naturelles susceptibles de stimuler la respiration cellulaire au niveau des mitochondries en facilitant l’utilisation de l’oxygène par le cycle de Krebs, afin de bloquer la voie de la fermentation anaérobie empruntée par les cellules cancéreuses.
Pour bien comprendre le processus cancéreux, nous allons devoir détailler le mécanisme de la production d’énergie dans nos cellules à partir d’un combustible principal : le glucose. Ce mécanisme s’effectue en deux étapes, tout d’abord la glycolyse qui a lieu dans le cytoplasme des cellules et produit peu d’énergie, ensuite le cycle de Krebs qui a lieu à l’intérieur des mitochondries avec production d’énergie dénommée « phosphorylation oxydative », c’est-à-dire production d’ATP grâce à l’oxygène.
Notons au passage deux curiosités métaboliques qui ont sans doute plus d’importance qu’on ne le pense. Tout d’abord, le glucose est le sucre indispensable pour nourrir nos milliards de cellules et produire l’énergie nécessaire au métabolisme. Mais, en même temps, le glucose en excès est à l’origine des principales maladies, du cancer aux maladies cardiovasculaires.
De la même façon, l’oxygène est indispensable pour brûler le glucose et produire l’énergie. Mais si l’oxygène est en excès, ou s’il est mal utilisé par les cellules, il génère des radicaux libres oxydants qui sont à l’origine du vieillissement et des mêmes maladies que précédemment.
Nous sommes ici au cœur du processus morbide qui génère la majorité de nos maladies du métabolisme. C’est dire l’importance de la respiration oxydative qui a lieu à l’intérieur des mitochondries. La base de la bonne santé et la longévité reposent donc sur le bon fonctionnement des mitochondries. Le glucose et l’oxygène possèdent cette propriété particulière d’être aussi indispensables que dangereux… C’est cela la vie ! (Relire aussi la chronique N° 1039 “Dix facteurs de longévité”).
La glycolyse
Le mécanisme qui fournit l’énergie dont le métabolisme a besoin pour fonctionner repose sur le glucose, carburant des cellules. Ce processus complexe commence par la glycolyse qui, en 6 étapes intermédiaires, va transformer une molécule de glucose en 2 molécules de pyruvate.
La glycolyse se déroule à l’intérieur du cytoplasme des cellules. Elle n’a pas besoin d’oxygène et fournit seulement 2 ATP (Adénosine TriPhosphate) chargées en énergie.
Ensuite, deux options sont possibles : si le milieu manque d’oxygène le pyruvate est transformé en acide lactique et CO2 mais, si la cellule est oxygénée, le pyruvate migre dans les mitochondries et est oxydé au cours d’une cascade métabolique dénommée Cycle de Krebs.
Le cycle de Krebs
En présence d’oxygène, le pyruvate est dépouillé de ses électrons en 9 étapes intermédiaires qui fait intervenir différents cofacteurs essentiels à son bon fonctionnement. Il s’agit d’une véritable chaine respiratoire dont le produit final est du gaz carbonique (CO2) et 36 molécules d’ATP riches en énergie.
Cette chaine respiratoire s’effectue dans les mitochondries et son but consiste à transférer des électrons riches en énergie vers des molécules d’ATP qui deviennent des réserves énergétiques. Son efficacité est très supérieure à celle de la glycolyse qui ne fournissait que 2 ATP.
Le mécanisme intime qui permet de transférer de l’énergie s’intitule la Phosphorylation oxydative. C’est le but ultime du mécanisme respiratoire qui transfert l’énergie accumulée dans une molécule de glucose en l’oxydant, suivant un gradient électronique dirigé vers la synthèse de l’ATP (Adénosine Triphosphate).
Éviter l’effet Warburg
Nous comprenons maintenant que la chaine respiratoire constitue le mécanisme vital le plus fondamental dans le règne animal. Il s’agit d’une cascade d’oxydo-réduction qui permet de « bruler » le glucose en le dépouillant de ses électrons et stocker l’énergie produite sous forme d’ATP.
Dans la précédente chronique, nous avons vu que, dans certaines conditions, les cellules n’étaient pas en état d’utiliser l’oxygène ou bien manquaient d’oxygène au point qu’elles s’orientaient vers la fermentation anaérobie dénommée « effet Warburg », caractéristique des cellules cancéreuses, en libérant de l’acide citrique qui acidifie le milieu.
Certains chercheurs ont montré qu’il est possible de freiner ou d’inhiber la voie de la fermentation grâce à quelques molécules naturelles qui sont devenues des compléments utiles et efficaces pour éviter ou traiter le cancer.
Les inhibiteurs de l’effet Warburg
Ainsi, l’acide alpha lipoïque est un régulateur de l’utilisation du glucose. Cette molécule est présente dans les muscles à haut potentiel métabolique, tel le muscle cardiaque. C’est le cofacteur de la première étape du cycle de Krebs qui transforme le pyruvate en acétyl-CoA. Par conséquent, en favorisant cette réaction vers la respiration cellulaire, l’acide lipoïque détourne le métabolisme de l’effet Warburg. (1)
Lors du vieillissement, et surtout dans les cas de cancer, on assiste à une augmentation du taux d’une enzyme dénommée ATP citrate lyase qui intervient dans le métabolisme du citrate qu’elle soustrait du cycle de Krebs pour l’orienter vers la voie de la fermentation. Le taux d’ATP citrate lyase cellulaire devient une mesure du métabolisme cancéreux et lors duquel les mitochondries sont altérées. (2)
Or, l’hydroxycitrate est une molécule naturelle extraite d’une plante médicinale dénommée garcinia cambogia et connue pour ses effets coupe-faim et donc de restriction calorique. Par ailleurs, des chercheurs ont montré qu’un apport d’hydroxycitrate permettait de bloquer l’action de l’ATP citrate lyase.
Pour compléter ce traitement, le Dr Schwartz préconise en outre une alimentation très pauvre en glucose et en amidon dont les cellules cancéreuses sont très friandes. Il recommande 800mg d’acide lipoïque, matin et soir, ainsi que 500mg d’hydroxycitrate, matin, midi et soir.
On peut recommander en outre, la D-glucosamine ou la N-Acétyl glucosamine, compléments alimentaires bien connus pour leurs effets bénéfiques sur les os et les cartilages. La D-glucosamine contrôle le métabolisme du glucose, favorise l’autophagie, lutte contre l’effet Warburg, stimule la biogénèse des mitochondries et augmente la durée de vie des souris âgées. (3)
Comment mimer la restriction calorique ?
La chaine respiratoire met en jeu l’oxygène, molécule extrêmement réactive à l’état libre. C’est ainsi que lors d’un mauvais fonctionnement de la chaine respiratoire, l’oxygène est mal utilisé et génère des radicaux libres pro oxydants extrêmement délétères qui accélèrent le processus de vieillissement, fragilisent l’organisme et provoquent des maladies dont le cancer. D’où le rôle important des anti-oxydants naturels pour éliminer les radicaux libres et ralentir le vieillissement.
Nous avons vu, dans la précédente chronique, que la restriction calorique, sous forme de jeûnes intermittents, permettait d’éviter un encombrement métabolique et freinait le processus de vieillissement et la prolifération cancéreuse. Nous savons tous que la pléthore alimentaire prédispose aux maladies et en particulier au cancer.
Néanmoins nous ne sommes pas tous prêts à pratiquer un jeûne assidu ! Mais des recherches récentes en nutrition ont permis de sélectionner un certain nombre de molécules métaboliquement actives qui sont capables de mimer les effets de la restriction calorique. (4)
Ces substances sont généralement des polyphénols présents dans les végétaux, au premier rang desquels on peut mettre le resvératrol, antioxydant extrait de la pulpe du raisin noir, et dont les effets protecteurs ont été amplement démontrés. Son action concerne aussi bien l’adhésion des cellules cancéreuses sur la paroi des vaisseaux que sur les métastases. Diverses études ont mis en évidence une protection forte contre les cancers de la prostate et du sein.
Le curcuma contient un polyphénol dénommé curcumine qui possède aussi un large éventail d’actions antitumorales et anti-métastases, à la fois antiinflammatoire et antimutagène. Elle stimule l’autophagie et l’apoptose des cellules cancéreuses (Suicide cellulaire). La curcumine a une action à la fois préventive et curative en association avec un traitement anticancéreux.
Le thé vert riche en EPI gallo-catéchine gallate complètera, avec les deux précédentes substances, notre trilogie anticancéreuse favorite. Les effets antiprolifératifs et apoptiques ont été largement documentés ainsi qu’une action synergique avec les anticancéreux chimiques.
A cette liste on peut ajouter le jus de grenade qui contient quantité de polyphénols qui inhibent la prolifération des cellules cancéreuses de la prostate, du sein, du colon et des poumons. Il s’agit principalement de la punicalagine , de l’acide élagique, de la lutéoline et de l’acide punique.
De leur côté les phytoœstrogènes du soja sont des alliés précieux dans la prévention et le traitement du cancer, en particulier les isoflavones. Il existe à ce sujet des preuves difficilement réfutables apportées par 40 essais cliniques contrôlés et 80 études épidémiologiques qui démontrent que les populations asiatiques qui consomment en moyenne de 10 à 30 fois plus de phytoœstrogènes que les pays occidentaux ont un risque 2 à 6 fois moindre de contracter un cancer du sein.
Dans les cancers déclarés, les isoflavones sont antiinflammatoires et inhibent l’action de la protéine NF-kB. Elles empêchent la prolifération, l’angiogenèse et les métastases. Elles interfèrent avec les facteurs de croissance tumorale. Elles augmentent l’apoptose (suicide cellulaire) et la résistance des cellules cancéreuses aux traitements chimiques.
Enfin, il faut signaler qu’un apport régulier de Vitamine D renforce l’efficacité des molécules signalées ci-dessus, aussi bien à titre préventif que curatif avec les traitements médicaux.
Nous arrivons à la conclusion que nous avons à notre disposition un groupe de substances naturelles actives qui, prisent régulièrement, sont d’excellents protecteurs du cancer et des adjuvants très utiles associés aux traitements classiques. La prise de ces compléments nutritionnels doit s’intégrer à une alimentation légère à base de légumes, de fruits et de viande maigre. Le but étant de bloquer la fermentation pour orienter le métabolisme vers la respiration et la phosphorylation oxydative dans les mitochondries.
(1)- « Alpha-Lipoic acid and glucose metabolism: a comprehensive update on biochemical and therapeutic features”- Nutrients. 2023; 15(1):18
(2)- “ATP citrate lyase: a central metabolic enzyme in cancer” – Cancer Letters. 2020; 471:125-134
(3)-“Role of glucosamine & chondroitin in the prevention of cancer: metanalysis”- Nutr Cancer. 2023; 75(3): 785-794
(4)-“Caloric restriction mimetics in nutrition and clinicals trials”- Front Nutr. 2021;8: 717343