CHRONIQUE D’UN ETE EN AMERIQUE

Posted on juillet 28, 2014 par

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Les américains ne prennent pas beaucoup de vacances, mais il vaudrait mieux qu’ils en prennent davantage, et des vrais, loin de chez eux. A moins qu’il soit préférable qu’ils n’en prennent pas du tout… comme vous allez voir!

Ils sont en effet tellement habitués à travailler qu’ils s’ennuient dès qu’ils ont une semaine de vacances. Alors, il faut bien qu’ils occupent leurs journées d’été. Ils pourraient jouer au scrabble, repeindre leurs chaises de jardin, faire la sieste, ou bien encore lire l’impressionnante épopée de Lewis & Clark qui, il y a plus de deux siècles, depuis Saint Louis, remontèrent le Missouri, affrontèrent les rapides de la Snake River, traversèrent les Rocheuses et descendirent la Columbia River en passant tout près d’ici, en direction du Pacifique. Mais non, aucune de ces activités silencieuses ne semblent les attirer, les vrais activités sont celles qui font du bruit afin que chacun sache qu’ils sont des gens sérieux. Faire du bruit, signifie donc que l’on est occupé à des choses sérieuses, utiles et efficaces. Le bruit constitue une composante essentielle de toute activité estivale…

images-3 Il y a bien ceux qui vont s’adonner aux plaisirs du plein air et qui semblent vouloir jouir de leurs vacances, mais c’est souvent pour aller faire du ski nautique ou des courses de hors-bords sur le lac de Camas. Ils transforment ainsi en enfer la promenade romantique, sous les frondaisons du bord du lac, qui attirent les amoureux de la nature. Il suffit de deux ou trois imbéciles qui tuent leur ennui en faisant des ronds dans l’eau, en mettant tous les gaz, pour donner la migraine à des centaines de riverains. Mais bon, c’est les vacances !

Néanmoins, les habitants les plus sérieux de notre petite communauté de Camas, qui s’étend le long de la Columbia River, consistent à bricoler bruyamment. Afin de s’assurer contre l’ennui, notre voisin de droite a loué pour ses vacances un énorme appareil qui génère de l’eau sous pression. Il a entrepris de nettoyer sa façade, puis son toit, puis sa voiture, puis son terrain de basket en ciment et enfin son driveway. Nous avons admiré son application en même temps que l’efficacité de son engin qui, centimètre par centimètre, décapait tout jusqu’à l’os ! Tout ce beau travail a occupé la totalité de sa semaine de vacances et nous a pollué la notre en même temps.

Le voisin d’en face a jugé bon de refaire sa toiture. Une équipe de spécialistes s’est mise à l’œuvre et il supervise. Les toitures américaines ont beau être en toc et faites de fausses ardoises en matière composite, il faut cependant les fixer. Imaginez simplement trois ouvriers à l’œuvre sur le toit d’en face, armés chacun d’un marteau, d’une perceuse et d’une visseuse qui, du petit matin jusqu’au soir, sont à l’œuvre pour, en moins d’une semaine, livrer un toit flambant neuf.

Sur la gauche, notre voisin immédiat, pousse le vice jusqu’à tondre sa pelouse chaque soir à 8 heures précises, c’est-à-dire exactement au moment où nous nous mettons à table sur notre terrasse. Il faut vraiment se sentir désoeuvré pour se croire obligé de tondre sa pelouse chaque soir, alors qu’il n’a pas plu ici depuis un mois ! Nos diners savourent la fraicheur du soir tandis que nous écoutons avec attention les ratés du moteur de la tondeuse du voisin.

A part cela, la journée pourrait être calme, elle l’est parfois, de courts instants, ce qui nous images-2permet de savourer combien c’est agréable d’habiter loin du bruit de la route ou du train. Mais un moteur ne tarde jamais à se mettre en route, à droite ou à gauche, devant ou derrière : nous sommes cernés !

Dans le quartier, personne n’a cependant poussé le vice jusqu’à tailler sa haie ou à tondre sa pelouse la nuit, ni même à monter sur son toit, ce qui nous permettait d’espérer des nuits paisibles et reposantes. Mais c’était compter sans le chien du voisin qui, pour des motifs inconnus, se met à aboyer dès que la nuit survient et ne se lasse qu’au petit matin, sans doute épuisé, comme nous, ou tout du moins comme Chantal, étant donné que la nature m’a pourvu non seulement d’un sommeil à toute épreuve, mais aussi d’une oreille assez hermétique, ce qui n’est pas sans me mettre bien souvent dans l’embarras, mais ceci est une autre histoire… Quoi qu’il en soit ce chien sait savourer avec délectation les désagréments qu’il engendre, il sait ménager ses effets, c’est pourquoi il sait se taire assez longtemps afin de nous faire espérer, mais jamais suffisamment longtemps pour nous permettre de s’endormir. Enfin, je soupçonne ses maîtres de partager son sadisme puisqu’ils se gardent bien d’intervenir. Il faut que je vérifie s’il n’existe pas un « Dogs Freedom Act » qui interdirait de sévir contre les chiens, espèce protégée plus que toute autre !

Bref, c’est l’été et le jour se lève tôt. De ce fait, ce chien malfaisant, sans doute phobique de la nuit, nous laisse encore un peu de temps pour faire la grasse matinée, lorsque finissent ses aboiements nocturnes. Mais je le soupçonne d’être particulièrement vicieux car il sait fort bien qu’à 7 heures et quart, très exactement, surgit une équipe de mercenaires mexicains qui démarrent leurs taille-haies et leurs tondeuses, comme sous la direction d’un chef d’orchestre, juste sous nos fenêtres !… 

Jadis, je plaignais ceux qui habitent à proximité d’une autoroute, mais grâce à notre séjour américain, je découvre qu’ils ont fait le bon choix. Ils ont du bruit, mais ils ont un bruit honnête, régulier, sans surprise, permanent, sans suspension ni temps mort, un bon bruit, dénué de tout vice et si bienveillant qu’ils finissent par ne plus l’entendre…

Unknown Soyez sans crainte, nous survivrons. Il se peut que cela ne soit pas aussi terrible et que j’aie pris quelques plaisirs à noircir le tableau. Camas est en fait très agréable à vivre, je vous assure.

 Bon été à tous…