948 – FAUT-IL CRAINDRE L’APOCALYSPSE ?

Il existe actuellement, dans nos sociétés, une angoisse latente et une peur de l’avenir qui justifient, chez certains, un repli sur soi et parfois des décisions qui semblent excessives. Est-ce bien raisonnable ?

Plusieurs périodes de l’histoire humaine ont connu des frayeurs, plus ou moins justifiées, se répandre comme une contagion. Nous avons sans doute, au fond de notre psyché, une insécurité fondamentale. Ces peurs racines sont peut-être inscrites dans nos gènes, utiles pour survivre aux périodes de crises et de dangers comme les humains en ont tant connues.

La crise de la modernité

Jusqu’à ces dernières années, nous étions facilement persuadés que la modernité, accompagnée de son cortège de technologies très sophistiquées, devait dorénavant nous protéger des vicissitudes de la vie. Certains experts nous laissaient même espérer que les progrès de la science allaient bientôt vaincre la mort !

Tous les espoirs nous étaient permis. Chaque année le niveau de vie s’améliorait, le travail était de moins en moins pénible, nous avions de plus en plus de temps libre, les parcs d’attraction et les jeux vidéo se chargeaient d’occuper nos loisirs, les progrès de la médecine nous assuraient une vie en bonne santé, l’espérance de vie augmentait d’année en année, et nous pensions que la guerre était à jamais abolie. Bref nous avions tout pour être heureux et nous pensions que l’âge d’or était enfin arrivé, après des millénaires de déboires !

Néanmoins, dès le début du siècle, quelques esprits chagrins relevaient que les « progrès de la science et de la technique », certes considérables, ne semblaient pas apporter chez les peuples concernés le bonheur tant attendu. Dans bien des occasions nous n’étions plus maitres de la technique mais nous en devenions les esclaves, comme on le constate chaque jour à propos d’internet et des téléphones portables.

Comme un mirage, le bonheur semblait reculer au fur et à mesure que nous avancions avec nos technologies souvent merveilleuses. Il nous manquait comme un supplément d’âme que la technique n’apportait pas mais qui, au contraire, nous avait été retiré avec les avancées de la science.

Il est vite apparu que la haute technicité de nos sociétés génère de grandes inégalités et que, d’autre part, elle nous éloigne de la nature et perturbe souvent notre équilibre psychique. Autrement dit, la technique nous isole de notre milieu naturel et déséquilibre notre harmonie individuelle et collective.

Par ailleurs, la technologie n’a pas fait bon ménage avec notre alimentation devenue trop industrielle et artificielle. En outre, les citoyens, ayant perdu le goût de l’effort et des contraintes, n’entendent pas se restreindre, estimant que les progrès de la médecine, si souvent vantés, viendraient à bout des désordres de leur santé. Les résultats de la malbouffe ne se sont pas fait attendre et, pour la première fois depuis des siècles, l’espérance de vie a commencé à régresser dans les pays occidentaux.

L’agriculture industrielle est responsable, par ailleurs, d’une pollution chimique planétaire qui s’est déversée dans les nappes phréatiques et menace la santé de tous. Je vous conseille la lecture du livre de Lydia et Claude Bourguignon au titre évocateur : « Pourquoi ne faisons-nous rien pendant que la maison brûle ? » qui traite de ce problème majeur. Je cite cette simple phrase qui résume tout : « Les pays riches ont du mal à comprendre que l’abondance dans laquelle ils vivent est un état exceptionnel, non durable et trompeur, et que cette société d’abondance est vouée à disparaitre ».

C’est au moment où nous commencions à prendre conscience de notre vulnérabilité qu’est survenu l’épisode du Covid, qui eut comme conséquence immédiate de faire s’écrouler certaines de nos croyances. Non seulement nous sommes vulnérables, mais la science n’avait rien d’autre à nous proposer que le confinement, comme cela se faisait au Moyen-âge pour combattre la peste ! Ensuite, il s’est avéré que le pseudo vaccin qui nous fut imposé à grands renforts de promesses mirifiques, non seulement n’était pas efficace mais, en outre, souvent dangereux…

L’épisode du covid nous a montré que nous étions à la merci d’un virus agressif ou d’une bactérie vicieuse. Les media et les autorités de santé se sont ligués pour entretenir la peur qui permettait d’asseoir leur autorité. C’est dans ce contexte que survint la guerre en Ukraine qui ajouta une peur nouvelle à toutes les autres. C’est ainsi que s’est installé un climat généralisé d’insécurité et de peur du lendemain, aggravé par une immigration de masse et des transferts de populations non contrôlés.

Comme un malheur ne survient jamais seul, l’économie s’est mise à battre de l’aile ajoutant un degré à notre sentiment d’insécurité et le climat aussi a semblé dérégler, dû à l’excès de nos prouesses techniques, allant jusqu’à générer un réchauffement universel. Nous en sommes arrivés au point où nous attendons le prochain danger avec cette conviction profonde que l’avenir est sombre et que nos enfants vivront moins bien que nous…

Sauve qui peut !

Tel est le climat général dans lequel baignent nos sociétés qui viennent de perdre toutes leurs illusions de sécurité, de confort et de bonheur. En l’espace de quelques années, nous sommes passés d’un optimisme sans faille à un sombre pessimisme, qui pousse certain à envisager le pire.

Pour se protéger d’un éventuel cataclysme, un certain nombre de citoyens quittent les grandes villes, où sévit déjà une insécurité endémique, pour se réfugier dans les petites villes et les villages ou, parfois même, en pleine campagne, le plus isolé du monde possible.

Un de nos amis vient de s’acheter une petite fermette modeste, perdue au fond d’une vallée Andalouse où il a une source d’eau permanente, des panneaux solaires et un jardin potager pour assurer à sa famille une survie dans un refuge, loin des aléas du monde. Nous avons visité son havre, petit paradis perdu qui fait rêver, et nous avons rencontré d’autres personnes qui sont dans une quête identique. Le sujet est à la mode…

En Suisse, le gouvernement vient d’inciter les citoyens à acheter un « kit de survie » composé d’un réchaud au gaz butane, d’un allume gaz et quelques autres conseils utiles au cas où ! Ces directives sont utiles mais elles contribuent à donner crédit au scénario du pire. Hier, j’envisageais avec ma femme de profiter de la fin de l’été pour faire des conserves de fruits et de légumes pour survivre en cas de pénurie.

En réfléchissant quelques minutes, nous prenons conscience de l’extrême vulnérabilité de nos sociétés en cas de panne d’électricité. Toute la chaine d’approvisionnement serait perturbée, sans moyens de paiement, sans chauffage, sans possibilité de recharger son téléphone et sans même la possibilité d’ouvrir ses volets roulants électriques !

Il faut bien considérer qu’une panne globale d’électricité est une hypothèse plausible. Les réseaux sont totalement en interconnexion au niveau européen et un accident à un bout du réseau peut avoir des répercussions graves à l’autre bout. Sans compter qu’une simple tempête solaire plus forte que les précédentes peut endommager le réseau.

Le bunker autonome

Le journal The Guardian est très au fait des dangers qui nous menacent et des inquiétudes que cela suscite chez nombre d’entre-nous. Dans une parution, début septembre, le journal rapporte une étude réalisée auprès des super-riches et qui annonce la couleur : « Les milliardaires de la Tech achètent des bunkers de luxe et engagent des services de sécurité armés pour survivre à un effondrement sociétal qu’ils ont aidé à créer, mais comme tout ce qu’ils font, cela génère des conséquences inattendues ».

Il y a ceux qui rivalisent d’originalité et de folie des grandeurs, tel Elon Musk qui rêve de conquérir la planète Mars, son compère de Paypal Peter Thiel qui veut inverser le processus du vieillissement et Ray Kurzweil, l’apôtre de l’intelligence artificielle, qui veut télécharger le contenu du cerveau dans des super-ordinateurs. Ils préparent tous un futur digital qui a moins à voir avec un monde meilleur mais davantage à transcender la condition humaine pour s’en détacher. « Pour eux, le futur de la technologie n’a qu’un but : s’échapper des autres ».

« L’état d’esprit de la Silicon Valley repose sur la certitude qu’ils peuvent développer une technologie qui cassera les règles de la physique, de l’économie et de la morale pour s’offrir quelque chose de mieux que sauver le monde : un moyen d’échapper à l’apocalypse qu’ils ont généré » écrit The Guardian.

Un nouveau métier d’avenir se développe : expert en catastrophes ou spécialiste de la gestion du risque. Ils ont la conviction de la survenue d’un évènement majeur, d’un « cygne noir » (selon l’expression de Nassim Taleb), d’une catastrophe prévisible ou non. Bref, ils nous exhortent à se préparer à quelque calamité !

D’ores et déjà, des sociétés telles que Vivos ou Oppidum avec son bunker L’Héritage, proposent de luxueux bunkers enterrés avec tout le confort cossu et hermétiquement clos. Des agences immobilières proposent à la vente des iles privées avec piste pour hélicoptères et gardes armés…

Mais, cette quête acharnée pour réaliser des lieux autonomes de survie, à l’abri des vicissitudes du monde, pose de nombreux problèmes pratiques, psychologiques et moraux. On peut proposer des alternatives plus efficaces et plus altruistes qui impliquent des groupes coopératifs qui s’installent dans une ferme pour y pratiquer la permaculture écologique et durable. Ces micro-fermes autonomes, sécurisées et closes, doivent être protégées par des chiens et des gardes pour éviter les pillages…

Mais, comme l’explique un des promoteurs : « Honnêtement, je suis moins inquiet des groupes armés que d’une femme au bout de l’allée, avec un enfant dans les bras, et qui demande à manger ! ».  Tout est dit, peut-on se sauver seul ?

Gardons la tête froide, le pire n’est jamais sûr et la peur est souvent mauvaise conseillère. Néanmoins, il ne faut pas se cacher que les temps sont incertains et que les démocraties vivent leurs dernières années. Les décisions prises actuellement par nos dirigeants nous conduisent vers quelque calamité, sans que l’on sache encore celle qui surviendra la première. La première mesure simple consiste à prévoir un lieu de chute, hors des grandes villes devenues inhumaines et dangereuses…

 

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