960 – EUROPE: LE SABOTAGE INDUSTRIEL !

La sélection naturelle élimine les faibles et les inadaptés aux aléas de la vie. Ceci est vrai pour les individus, pour les espèces, pour les entreprises et pour les sociétés humaines. L’Europe est malade et en danger de mort car elle est faible et ne se donne pas les moyens de sa survie. Les autres nations profitent de sa faiblesse…

Jamais les pays européens n’ont accumulé de gouvernements aussi minables, aveugles aux grands défis contemporains, incapables d’avoir une vision d’avenir au-delà de leur médiocres préoccupations politiciennes ! Mes lecteurs savent que je suis hanté par le déclin de l’Europe pour lequel j’ai déjà consacré 3 chroniques cette année : 917 : « L’impuissance européenne » ; 938 : « Europe : l’angoisse du déclin » et 949 : « L’Europe industrielle est larguée ».

En France, Macron est un pantin qui gesticule d’un bout à l’autre de la planète où, sans vergogne, il donne des conseils et explique à chacun ce qu’il devrait faire, mais nulle part il n’est pris au sérieux car, partout où il va, tout le monde voit bien que la France ne pèse pas lourd et que l’Europe n’est plus maitresse de son destin !

Il s’est fait personnellement humilié par le trio anglo-saxon qui regroupait l’Australie, les USA et la Grande-Bretagne, ennemi héréditaire, lorsqu’il s’est fait subtiliser le contrat de vente de sous-marins à l’Australie. Il s’est maintes fois fait humilier par Donald Trump pour lequel il n’a pourtant pas lésiné sur les courbettes et il revient bredouille de Washington où il avait la bêtise de croire que Joe Biden est un ami… Il s’est fait jeter d’Afrique où la France avait pourtant beaucoup d’amis. ( Chronique 955 “Avec Macron, la France est évincée d’Afrique Francophone“). S’il avait plus d’expérience et de sens politique, il saurait ce qu’est la realpolitik ! Dans quel pays Macron est-il encore pris au sérieux ?

Aucun chef d’État européen n’a pu dire ouvertement que les USA étaient responsables du sabotage des gazoducs Nord Stream 1 et 2, même pas le gouvernement Allemand qui va pâtir plus que d’autres du manque de gaz Russe. La soumission est désormais totale. L’Europe n’existe désormais que sur le papier …

Une erreur stratégique fondamentale

Les gouvernements européens ont fait le choix délibéré de se soumettre aux diktats du gouvernement américain sur les plans de la défense, de la politique étrangère, de l’économie et de la politique énergétique. Ils n’ont pas compris ce que signifiait le slogan de Trump, repris par Biden : « America first » ! Comme le résumait récemment un éditorialiste du journal Le Monde : « Biden, en matière de libre échange, c’est Trump moins les insultes ».

En effet, l’Europe, sous l’égide d’Ursula Van der Leyen, présidente de la commission européenne, est Atlantiste, c’est-à-dire qu’elle s’est rangée sous la tutelle américaine qui désormais lui dicte sa conduite, comme on peut le constater en Ukraine.

L’Europe a subi sans réagir toutes les humiliations et toutes les contraintes, de la part de son soi-disant allié américain, car elle n’a toujours pas compris qu’en matière de politique étrangère, nul n’a jamais d’ami mais seulement des arrangements conjoncturels en fonction des intérêts de chacun.

Le point d’orgue est la guerre en Ukraine qui a été fomentée par les Américains, en acculant les Russes à faire la guerre, avec le double objectif d’entrainer l’Europe dans le conflit afin de l’affaiblir, et de détruire la Russie qui est un obstacle à l’idéologie universaliste post-moderne. (Relire Chronique 926 « Est-ce une guerre de civilisation ? »).

L’appui diplomatique, économique et militaire que l’Europe apporte à l’Ukraine est une décision historique calamiteuse qui va accélérer son déclin car les conséquences vont être catastrophiques pour elle, sur le plan énergétique et donc sur le plan industriel…

Crise énergétique

L’augmentation stratosphérique des prix du pétrole, du gaz et de l’électricité est directement la conséquence de l’implication de l’Europe dans la guerre en Ukraine dont elle aurait dû se tenir à l’écart, si elle avait été sage et avisée.

Autrement dit, cette crise énergétique qui est spécifiquement européenne est la conséquence de nos folles décisions. Selon un rapport établi par des spécialistes, 40% des besoins en gaz de l’UE en 2025 risquent de ne pas être pourvus ou reposent sur « des sources d’approvisionnement non identifiées » à ce jour. A l’horizon 2030, « le déficit mondial à redouter en l’absence d’un retour à la normale est de l’ordre de 100 gigamètres cubes, soit l’équivalent du retrait du Qatar du marché du GNL » (Gaz Naturel Liquéfié).

L’Allemagne, qui a pris l’habitude de faire cavalier seul, vient de signer un accord avec le Qatar pour la fourniture de 2 millions de tonne de GNL par an. Mais le terminal capable de le recevoir ne sera prêt qu’en 2026 ! Les grands gagnants sont d’une part les USA qui nous vendent désormais leur gaz de schiste au prix fort et la Chine qui va pouvoir profiter du gaz Russe à bas prix. Nous sommes vraiment bien gouvernés !

On peut faire des remarques identiques sur le pétrole. Les européens ont eu la naïveté de croire qu’ils avaient les moyens de plafonner le prix d’achat à la Russie à 60$ le baril, afin de s’affranchir des lois du marché. Naturellement, si le prix du marché est supérieur, la Russie vendra son pétrole ailleurs et les européens seront, une fois de plus, ridiculisés…

Le résultat immédiat de cette politique autodestructrice a multiplié par 3 à 4 le prix de l’énergie sur le vieux continent, et nous venons d’apprendre que le revenus Russes de la vente du pétrole et du gaz ont triplé depuis les stupides décisions européennes !

« L’ampleur du désastre qui s’annonce est inquiétante » écrivait récemment le journal Le Monde.

La crise industrielle

« Si l’Europe n’est pas capable de fournir une énergie électrique décarbonée aux industriels à un coût compétitif par rapport à la Chine et aux États-Unis, le déclin prendra quelques mois ou quelques années, mais il sera inéluctable » estime l’organisation patronale industrielle.

D’après les experts, la demande mondiale de GNL va conduire les prix à rester globalement aux niveaux hors norme actuels, au moins jusqu’en 2025, c’est-à-dire quatre fois plus élevés qu’avant la crise. « L’UE entre dans une zone de récifs, et il va y en avoir beaucoup » peut-on lire dans un rapport.

Dans ces conditions, les industriels européens ne peuvent survivre et n’ont pas d’autres solution que de se délocaliser. La situation est d’autant plus grave que Joe Biden, choyé par les européens avant même son élection, vient d’annoncer un plan d’investissement de 369 milliards de dollars pour doper l’industrie verte à coups de crédits d’impôts et de subventions réservés au « made in America ». Ce n’est pas la visite de Macron à Washington qui va changer le cours des évènements, d’autant qu’il a perdu toute crédibilité dans les capitales étrangères.

« Ce n’est pas encore une hémorragie mais ça pourrait le devenir.  Chaque jour, en Europe, un industriel annonce qu’il va investir aux Etats-Unis ou qu’il y songe. Ces dernières semaines, en Allemagne, on a appris que les constructeurs automobiles Volkswagen et BMW voulaient y accroître leur capacité de production ou encore que le suédois Northvolt pourrait finalement y ouvrir la gigafactory de batteries qu’il devait installer outre-Rhin. En Belgique, le chimiste Solvay a décidé de participer à un projet géant de batteries outre-Atlantique. Le français Saint-Gobain va s’agrandir en Californie. Quant à l’énergéticien espagnol Iberdrola, il souhaite consacrer au Nouveau Monde près de la moitié de ses investissements des prochaines années… » pouvait-on lire dans les pages du journal Le Monde. On ne peut être plus clair, c’est la débandade !

On apprend par ailleurs, à titre d’exemple, que l’industrie française du textile et de l’habillement est en très grande difficulté face à l’augmentation vertigineuse du prix de l’énergie. C’est le cas de la fabrique de chaussure TBS, dans le Maine-et-Loire, de la société de teinture Danjoux près de Roanne, ou du fabriquant de pulls Le Minor dans le Morbihan…

Aux USA, non seulement l’énergie est 3 à 4 fois moins cher, mais le gouvernement distribue des subventions massives. L’Europe va sortir exsangue de la crise qu’elle a elle-même générée. Vous pouvez féliciter les gouvernants pour lesquels vous avez voté, ils organisent votre ruine !

En France, le sabotage industriel !

Je viens d’écouter l’audition de Yves Bréchet devant une commission de l’Assemblée Nationale concernant l’énergie. Yves Bréchet est l’ancien Haut-Commissaire à l’énergie atomique du temps de François Hollande et du premier mandat d’Emmanuel Macron. Le niveau d’incompétence et d’inculture scientifique des hommes politiques qui sont en charge de prendre des décisions concernant l’avenir de la France est affligeant !

Au sujet des décisions fluctuantes et contradictoires concernant l’énergie, Yves Bréchet parle de « Canard sans tête » ! Il explique comment la France, qui était pionnière dans le domaine de l’énergie atomique, a perdu sa compétence industrielle et a abandonné sa souveraineté, à la suite de décisions politiques incohérentes. Les politiciens qui devaient prendre des décisions ne lisaient même pas les rapports techniques qui faisaient des recommandations.

La décision de ne plus investir dans l’énergie nucléaire a détourné les jeunes ingénieurs de cette filière qui aujourd’hui manque de compétences pour construire l’avenir. Sans compter l’arrêt de la centrale de Fessenheim, sans aucune justification technique ou sécuritaire, mais pour récolter quelques voix écologistes. Cette décision est d’autant plus déplorable que, dans le même temps, la France a été obligée de redémarrer la centrale à charbon de Saint Avold dans la Moselle ! Il est vrai que ceci n’est rien à côté des 20 centrales à charbon que l’Allemagne vient de rouvrir ! Pouvez-vous imaginer plus cynique scénario concocté par nos politiciens alors qu’ils prétendent lutter contre le réchauffement climatique ?

Yves Bréchet n’hésite pas à parler de stupidité et de cynisme lorsque le gouvernement a décidé d’abandonner la filière des neutrons rapides qui permet de recycler les matériaux fissibles utilisés et de produire de l’énergie propre, sans déchets radioactifs. Cette technologie prometteuse a été reprise par les USA et par la Chine ! Cette absence de vision d’avenir met en évidence toute la différence qu’il y a entre un homme politique et un homme d’État …

L’Europe a commis de nombreuses erreurs stratégiques qui vont lui faire perdre, pour longtemps, sa position industrielle dans le monde. Cette attitude délibérée va profiter à l’Amérique et à la Chine qui, chacune de leur côté, nous font cocus. De son côté, le gouvernement français procède à un véritable sabotage industriel que j’assimile à un crime d’État !

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