La natalité est en chute libre dans tous les pays. La situation est très grave dans les pays développés où les générations de se renouvellent plus et la moyenne d’âge augmente drastiquement. Partout, le désir d’enfant s’estompe et la fertilité des couples est à la peine.
La situation démographique constitue probablement le meilleur indice prédictif sur le dynamisme des nations dans les années à venir. Tous les pays sont concernés à des degrés divers mais, dans le royaume des aveugles, les borgnes sont rois !
L’allongement global de la durée de vie, et la baisse drastique de la mortalité infantile ont permis à la population mondiale de croitre. Mais ces données ont masqué deux phénomènes extrêmement pernicieux pour l’équilibre démographique de nos sociétés. D’une part nous assistons à un vieillissement rapide de la société et, d’autre part, à une importante dénatalité qui semble s’accélérer.
Les indices de natalité s’effondrent
En moyenne, dans le monde, les femmes font deux fois moins d’enfants qu’il y a soixante ans. On peut se réjouir de ce résultat compte tenu des effets nocifs de la surpopulation mondiale, génératrice de famines, de malnutritions, de pollutions diverses et variées ainsi que de manques en matières premières pour satisfaire tous les besoins de la modernité…
Il n’est pas exagéré d’utiliser le terme de « Baby crash » tant est spectaculaire l’effondrement du taux de fécondité dans de nombreux pays développés. La situation la plus critique se situe en Corée du sud ou ce taux atteint le chiffre alarmant de 0,7, c’est-à-dire proche de l’extinction dans peu de générations. La situation est également critique au Japon avec un taux de seulement 1,2 et deux fois plus de décès que de naissances !
En Europe, la situation est aussi très critique dans les pays de l’Est et en Italie avec un taux de 1,2 et où on enregistre chaque année 300.000 décès de plus que de naissances. En Hongrie, par exemple, le taux était de 1,38 en 2024 contre 1,51 en 2023, mais n’est pas remonté malgré des incitations fiscales massives du gouvernement.
Dans les autres pays de l’Ouest européen la situation est un peu moins mauvaise et le manque de naissances y est compensé par une forte ou très forte immigration comme au Royaume-Uni et en France. Dans ce dernier pays, le nombre de naissance a reculé de 20% en quinze ans, avec un taux de fécondité de 1,62 en 2024, malgré une politique familiale la plus généreuse de l’OCDE (3,5% du PIB).
Ces chiffres sont alarmants lorsque l’on sait que le taux de renouvellement de la population se situe autour de 2,2 enfants par femme. Nous en sommes très loin ! (Relire chronique libre n°963 « Menace sur la survie de l’humanité »).
L’infertilité progresse
Les motifs de la baisse continue de l’indice de fécondité sont dus à de nombreux facteurs qui se conjuguent. La première cause, qui saute aux yeux, réside dans l’âge de la mère à la naissance du premier enfant, la procréation tardive s’accompagnant d’une baisse rapide de la fertilité.
En moyenne, dans l’Union Européenne, l’âge de la mère à la naissance de son premier enfant est de 28 ans environ, tandis qu’il est de 30 ans en Italie. Ceci a deux conséquences : la fertilité est déjà en forte baisse à cet âge et le temps disponible pour avoir un deuxième enfant se raccourcit.
Les raisons du recul de l’âge de la procréation sont également multiples, à commencer par des raisons sociologiques. Les couples entrent plus tardivement sur le marché du travail et les moyens de prévenir une grossesse sont facilement à leur disposition ce qui permet un certain hédonisme, qui est dans l’air du temps.
Mais il est un phénomène plus profond, et plus insidieux, que l’on pourrait définir comme une baisse du désir d’enfant. Cet état d’esprit ou cet état d’âme semblent fréquemment partagés chez les plus jeunes, nés dans les années 2000 et qui arrivent à l’âge de procréer. Il semble, en outre, que la baisse du nombre de naissances s’accélère depuis l’épisode du covid et la vaccination massive et répétée. Certains peuvent y voir une relation de causes à effets ? A confirmer ou à infirmer…
La pollution chimique, intense et omniprésente, constitue un facteur peu étudié car les conclusions risquent d’être explosives et de contrarier les politiques gouvernementales qui font tout pour minimiser le problème.
Au premier rang des accusés se situent les tristement célèbres perturbateurs endocriniens que l’on trouve partout dans l’environnement, sous forme de phtalates, bisphénol, esters de glycol et les composés bromés et perfluorés. Ces substances font déjà des ravages dans le monde animal et tout laisse à penser qu’ils ont les mêmes effets chez les humains.
Chez les hommes, on note une baisse fulgurante de la concentration de spermatozoïdes, de l’ordre de 50% en 40 ans, et qui se poursuit au rythme de 1,5% par an. La situation est aussi alarmante chez les femmes, ce qui se traduit par une puberté précoce avec une augmentation du risque de cancer du sein, mais aussi d’endométriose, d’insuffisance ovarienne et de fausses-couches à répétition.
Sans compter la pollution atmosphérique et la teneur élevée en métaux lourds dans notre environnement et dans l’eau de boisson. A propos de ce qui précède, vous pourrez lire le document officiel français récent intitulé « La pollution diminue-t-elle la fertilité ? ». (Relire aussi la chronique n°981 « Autodestruction »).
Vieillissement de la population
Le corollaire d’une baisse de la natalité se traduit par une augmentation parallèle de l’âge moyen des populations, accéléré par l’augmentation de la durée de vie à laquelle nous avons assisté dans la deuxième moitié du XXème siècle. Il en résulte ce qu’il faut bien dénommer un vieillissement global, dont les conséquences sur nos sociétés futures risquent d’être gigantesques.
Il est intéressant de considérer l’âge médian. Cela consiste à partager la population en deux groupes égaux, en fonction de l’âge, et dont l’âge médian constitue l’équilibre entre les plus jeunes et les plus âgés. En Europe, l’âge médian était de 36,6 ans en l’année 2000 et est passé à 44,7 ans en 2024. Sauf bouleversement, il devrait dépasser 50 ans dans quelques décennies…
Les personnes de plus de 80 ans représentent actuellement 6,5% de la population européenne totale et ce chiffre pourrait atteindre 15% dans 25 ans !
Les répercussions socio-économiques de tels changements sont considérables et peuvent totalement déstabiliser les sociétés qui nous succèderont.
Il apparait que le redressement de la natalité constitue le seul remède au vieillissement accéléré des sociétés. Les méthodes pour arriver supposent, certes, des incitations économiques et sociétales ainsi que des modifications drastiques de nos styles de vie et de notre environnement. Mais, dans un premier temps, cela consiste aussi à améliorer la fécondité par des moyens cliniques.
L’ère des traitements médicaux
Le marché de l’infertilité est explosif et les spéculateurs y affluent. Les causes étant multiples, les réponses sont nombreuses et variées et nécessitent des interventions de plus en plus techniques.
J’ai vécu à une période où la préoccupation des jeunes couples était de trouver des moyens pour ne pas avoir d’enfants. Désormais, cette problématique étant réglée, de nombreux couples sont confrontés au problème inverse, sous les effets pervers d’une certaine modernité qui n’a pas que des avantages…
Dans un couple infertile, l’origine est liée à la femme dans 30% des cas, à l’homme dans 30% et aux deux 20%. Mais l’âge de la femme demeure le facteur le plus déterminant. Après 40 ans le risque d’infertilité chez la femme est multiplié par 6.
Actuellement, environ 15% des couples n’arrivent pas à procréer naturellement.
On dénombre au moins 7 techniques différentes adaptées à chaque cas :
- La stimulation hormonale qui consiste, chez les couples non pas stériles mais infertiles, à stimuler la production d’hormones chez l’homme ou chez la femme. Cette technique peut être complétée, ou pas, par une fécondation in vitro (FIV).
- L’insémination artificielle intra-utérine. Cette méthode simple et déjà ancienne peut être pratiquée, suivant les cas, avec le sperme du conjoint ou celui d’un donneur.
- La fécondation in vitro (FIV) est née en Angleterre en 1978. Cette méthode consiste à ponctionner des ovocytes dans les ovaires, à la suite d’une stimulation hormonale, et de les mettre en laboratoire en présence de spermatozoïdes du conjoint ou d’un donneur. Après incubation, un ovocyte fécondé est implanté dans l’utérus. Selon une étude parue dans The Lancet, 9% des naissances dans les pays développés sont le résultat d’une FIV.
- L’injection intracytoplasmique de spermatozoïdes est une variante de la FIV qui consiste à injecter directement les spermatozoïdes dans les ovocytes. Cette technique est nécessaire lorsque la concentration de spermatozoïdes chez le conjoint est insuffisante.
- Le diagnostic préimplantatoire consiste à analyser sur le plan génétique les ovocytes fécondés avant d’être implantés dans l’utérus. Ceci afin d’éviter de graves maladies héréditaires en cas de doutes.
- La préservation de la fertilité est une technique qui consiste à vitrifier des spermatozoïdes ou des ovocytes afin d’envisager une grossesse ultérieure. Certains pays acceptent même de congeler des embryons.
- La gestation pour autrui (GPA) consiste d’avoir recourt à une « mère porteuse » dans l’utérus de laquelle sera implanté un œuf fécondé par FIV, en provenance de la mère biologique et du conjoint ou d’un donneur. Cette pratique est interdite en France, Allemagne, Espagne et Suisse.
Le marché de l’infertilité est, de son côté, très fertile ! On peut même dire qu’il s’agit d’un marché en or avec une croissance de 10% par an. Des sociétés comme la suédoise Vitrolife spécialisée dans les FIV, comme Natera dans le dépistage génétique, Femasys dans le matériel de laboratoire et CooperSurgical le grand spécialiste américain qui développe les produits nécessaires aux différentes techniques. Toutes ces sociétés ont la faveur des investisseurs !
Nous pouvons légitimement nous poser la question de savoir si les humains seront encore capables de se reproduire de façon naturelle d’ici la fin du siècle… ou avant ? Plusieurs facteurs se conjuguent pour que le nombre d’humains sur terre commence à baisser de façon importante et rapide à partir de 2040, lorsque les enfants du baby-boom disparaitront. Faut-il s’en plaindre ou s’en réjouir ? Nous pourrions nous en réjouir sauf à considérer l’augmentation vertigineuse de l’âge moyen et médian !…