Les idéologies politiques, religieuses, économiques, scientifiques ou sociétales sont des a priori et des dogmes qui évitent de penser par soi-même. Une idéologie est une pensée toute faite, un credo que l’on refuse de remettre en question, même face à l’évidence du contraire.
Nul n’échappe totalement aux idéologies. Elles découlent de notre éducation, de notre culture, de notre vision du monde et, probablement aussi de notre caractère. Nous sommes immergés dans un environnement médiatique, culturel, religieux et autres, qui imprègne notre psychisme, notre façon de penser et, finalement, nos croyances. (Relire la chronique-libre n° 1081 « Conformisme »).
Peut-on penser par soi-même ?
Nous croyons que nous sommes indépendants d’esprit, alors que nous sommes souvent enchainés dans un carcan d’a priori, de tabous et de principes qui nous aveuglent et obstruent notre pensée. Notre première mission, en tant qu’humain responsable, devrait consister à prendre conscience de nos illusions.
Il revient à chacun de passer en revue les différents domaines dans lesquels notre pensée n’est pas libre, mais sous influence, de façon à tenter de s’en détacher si cela est possible et, au minimum, de prendre du recul, de la hauteur et de relativiser nos affirmations. Le but étant de s’éloigner au maximum des idéologies…
Le chemin est étroit car nous sommes toujours confrontés à la nécessité d’avoir un avis, de défendre des valeurs et même d’affirmer des opinions. Nous devons simplement être toujours conscients qu’il ne s’agit que d’un point de vue qui peut être remis en cause avec des arguments de bon sens.
Ce relativisme est particulièrement inconfortable car il introduit le doute dans chacune de nos pensées et nous éloigne de nombre d’organisations humaines basées sur des affirmations péremptoires et des principes intangibles. C’est le cas des partis politiques et des religions, mais aussi de certains cercles scientifiques ou rationalistes.
L’épisode du covid et de sa vaccination nous a amplement démontré que les milieux scientifiques peuvent aussi être soumis au diktat de l’idéologie dominante et devenir aussi aveugles et intolérants que les milieux politiques ou religieux. L’arme de la peur étant, comme toujours, la plus efficace pour rassembler le peuple docile sous sa bannière…
On en vient donc à se demander s’il est humainement possible d’échapper à l’aveuglement dogmatique de toutes les formes possibles d’idéologie… Sommes-nous même capables de développer une pensée sans des convictions, des points de vue et des préjugés préalables ? Nous ne sommes que le fruit de nos croyances, de nos apprentissages, de notre éducation et de notre culture… Nous pouvons seulement en être conscients afin d’être plus modestes dans nos affirmations et plus tolérants avec la vision du monde des autres… L’exercice est périlleux ! (Relire la chronique-libre N°1075 « L’ordre ou la liberté »).
Mourir pour ses idées
Nous devons donc admettre que notre esprit, nos pensées et nos affirmations ne sont que l’expression de nos états d’âme, de nos humeurs et de nos croyances du moment. Mais comment se fait-il que nous soyons si attachés à nos convictions, au point que nous sommes, parfois, prêts à mourir pour les défendre ? Quel autre animal serait prêt à mourir pour ses idées ?
L’idéologie est une pensée calcifiée et figée qui a perdu sa fluidité et sa souplesse. Plus elle s’affirme et plus elle s’enkyste pour devenir certitude. Mais, une certitude devient vite un bastion à défendre, un étendard autour duquel on se rassemble, et finalement un dogme sacré inviolable, qui doit être partagé par le plus grand nombre.
C’est le mécanisme qui mène à l’intolérance dogmatique de toutes les idéologies. Les adeptes doivent être prêts à se battre pour défendre leur idéologie et la propager. C’est la raison pour laquelle les idéologies furent souvent à l’origine des guerres, qui deviennent alors des guerres idéologiques.
Les guerres les plus meurtrières et les plus grandes exterminations eurent lieu au nom d’une idéologie religieuse, politique ou économique. Nous pouvons égrener le chapelet des mots en -isme pour faire le tour des idéologies totalitaires : christianisme, islamisme, fascisme, communisme, socialisme, marxisme, capitalisme, scientisme… Nous pourrions y ajouter le mot conformisme…
Nous devons aussi nous méfier des nouvelles idéologies à la mode qui n’ont pas encore eu le temps de déployer leurs méfaits, tel le wokisme, le progressisme, le féminisme, le transhumanisme, qui font déjà preuve d’une particulière intolérance. Est-ce un mauvais présage ?
Idéologies et valeurs
Nous avons tous des idées et des valeurs à défendre et à partager. Nous avons des convictions profondes, des intimes convictions, des valeurs fondamentales qui constituent notre structure mentale, notre façon de penser et finalement notre personnalité.
Comment faire le tri entre une idéologie dogmatique et une valeur noble ? Les adeptes des idéologies affirment qu’ils défendent de nobles valeurs. Par ailleurs, les plus nobles valeurs peuvent devenir des idéologies totalitaires. Comment s’y retrouver ?
On peut constater que les croyances deviennent des idéologies lorsqu’elles s’institutionalisent et se transforment en certitudes, sources d’intolérance. Les valeurs nobles sont simplement partagées, proposées, mais jamais imposées. Lorsque les idées sont monopolisées par une hiérarchie pyramidale, elles risquent de devenir dogmatiques et de se transformer en idéologie.
Les valeurs conduisent à une élévation de l’esprit et sont transmises en toute liberté. Elles se propagent de façon horizontale, tandis que les idéologies se propagent de façon verticale. Par exemple, le socialisme peut être une valeur élevée, basée sur l’égalité et partagée librement. Mais la même doctrine socialiste peut devenir une idéologie lorsqu’elle est imposée de l’extérieur et qu’elle est structurée avec des dogmes et des exclusives, comme dans les partis politiques…
Dans les régimes démocratiques, les partis politiques sont encadrés et l’idéologie est plus mesurée. Néanmoins, la tendance de tous les partis politiques est de devenir hégémonique et d’imposer ses vues et ses dogmes idéologiques. Le rôle des élections est précisément d’empêcher les partis politiques de devenir totalitaires.
De la même façon, la pluralité religieuse, dans le respect des croyances de chacun, constitue le garant de la liberté religieuse et protège de l’intégrisme totalitaire qui a trop souvent sévi et qui sévit encore dans les régimes théocratiques… Néanmoins, son opposé, le laïcisme, peut devenir intolérant et dogmatique comme on peut l’observer en France.
Nous pouvons avoir des idées politiques et des penchants religieux, mais en toute liberté et en toute conscience, en dehors des structures rigides, des exclusives et des dogmes. L’idéologie nous asservit tandis que nos valeurs nous servent !
Notre esprit manque généralement de fluidité, de souplesse et de clarté. Nous avons besoin de nous rassurer et d’organiser nos idées en systèmes structurés rigides, avec des affirmations péremptoires auxquelles nous croyons à force de les répéter. Notre esprit est très influençable, et le talent des leaders consiste à rassembler les idées, à les hiérarchiser et en les transformant en dogmes intangibles, à la base de toutes les idéologies… La puissance d’attraction des idéologies réside dans leur capacité à mettre de l’ordre dans le chaos ! C’est le ciment de toutes les dictatures…
En effet oui
Merci de ce rappel à l’esprit