Les affrontements en cours entre l’Europe occidentale et la Russie, entre les USA et la Chine, ou entre l’Inde et le Pakistan sont d’origine culturelle et sont des conflits de civilisation, plus que des conflits économiques ou territoriaux…
« La guerre culturelle et civilisationnelle est le fondement de toutes les autres » affirme l’essayiste François Martin dans le numéro d’Avril 2025 de la revue Géopolitique Profonde. Il ajoute : « Elle donne les raisons des grands affrontements. Elle est le résultat des oppositions les plus longues, celles issues de l’Histoire ».
La guerre en Ukraine illustre parfaitement les affirmations précédentes. Le pays est lui-même coupé entre un Ouest catholique, d’origine austro-hongroise, qui regarde vers l’Occident et l’Est orthodoxe qui regarde vers Moscou. Il n’est pas exagéré de dire que la guerre en Ukraine est aussi une guerre de religion. Nous pouvons affirmer la même chose à propos de Gaza…
Le nationalisme de l’ouest ukrainien fut attisé par les USA et, en particulier, par le clan Biden qui y soignait ses propres intérêts. Mais le terreau était fertile car il était nourri par la haine historique de cet Ouest vis-à-vis de la domination Russe et, surtout, de la domination soviétique. La suppression du Russe comme langue officielle, à partir de 2014, a mis le feu aux poudres !
Libéralisme et laïcité à l’Ouest
La doctrine et la tradition de l’Église Catholique fut de tous temps de protéger les pauvres. Mais, depuis le siècle des Lumières, depuis les sociologues allemands comme Weber, depuis les économistes libéraux anglo-saxons, et depuis le consumérisme débridé de l’époque moderne, l’Église a perdu sa rude et longue bataille contre la modernité.
Dans toute l’Europe libérale et capitaliste, l’Église devint l’ennemie à abattre, le frein au progrès et la modernité. Selon l’analyse de François Martin, l’industrialisation « ne pouvait se produire qu’à condition que les classes paysannes soient livrées à elles-mêmes, abandonnées, paupérisées et prolétarisées, à la merci des industriels pour en faire leurs ouvriers ».
L’effacement de l’Église menait tout droit à la laïcité et même à un laïcisme violemment anticatholique. Il apparut une sorte de religion civile, fédératrice, destinée à rassembler une communauté liée par un contrat social, base théorique de la démocratie. Ceci donna lieu a deux dérives possibles : soit une dérive socialiste dans laquelle l’État devient vite totalitaire, soit une dérive ultra-libérale sous le joug d’une oligarchie dominatrice. C’est cette dernière tendance qui prévaut actuellement.
C’est ainsi qu’à l’Ouest, le modèle traditionnel et chrétien fut remplacé par un post-modernisme athée, libéral et libertaire dans lequel l’argent est le nouveau dieu. Presque toutes les relations sociales, familiales ou professionnelles, sont sous la dépendance des impératifs économiques.
Nous ne pouvons qu’approuver cette remarque aussi sévère que tragique : « Les promoteurs de la nouvelle société tendent à détruire méthodiquement ce qui reste d’organisation sociale, familiale et culturelle, pour faire de l’homme moderne un individu désaffilié, déstructuré et déculturé, sans libre arbitre, sans bon sens, sans rationalité et sans méfiance, à la merci de l’information et du divertissement ».
Hybridation politico religieuse à l’Est
L’Église Orthodoxe est plus fragile que l’Église Catholique car elle est moins structurée et moins hiérarchisée. Par conséquent, elle aspire moins à l’autonomie et se satisfait d’une alliance avec le pouvoir temporel qui implicitement la protège.
Ainsi, « en Russie, l’organisation sociale n’a pas permis que la religion, la culture, la tradition et le sens de l’Histoire soient dévastés par l’argent roi et le marché. L’État n’a pas abdiqué en leur faveur. Le pouvoir politique a tenu à assumer avec beaucoup plus d’autorité qu’en Occident sa mission d’ordre social » remarque François Martin avec justesse, tout en ajoutant : « Pour y parvenir, les libertés individuelles ont été restreintes ».
L’Occident et ses dérives sociétales, son wokisme, sa cancel culture, ses féministes, ses LGBT+ et ses lois eugéniques, apparait comme l’anti modèle. Les autres peuples ne veulent pas nous suivre sur la voie folle de la « déconstruction sans reconstruction » et nous apparaissons isolés. Face à ce naufrage, il n’est pas étonnant que l’axe Pékin-Moscou soit devenu l’axe autour duquel, désormais, le monde tourne.
Le modèle Russe
Il faut voir la guerre en Ukraine comme une guerre de civilisation. Ce qui est véritablement en jeu, ce sont deux visions du monde. D’un côté une société décadente, eugénique et rongée par la drogue, sans morale et sans valeurs hautes et, de l’autre, une société qui veut rester debout et lutter contre les forces d’autodestruction d’une philosophie postmoderne, en remettant l’Homme au centre. (Relire chronique n°926 « Est-ce une guerre de civilisation ? »).
Il semble que la nouvelle administration Trump soit consciente de l’enjeu. Le discours historique du secrétaire d’État John Vance à Munich le 14 février 2025 redonne espoir à tous ceux qui refusent de baisser les bras et veulent relever le défi du déclin. Selon lui, la menace sur la liberté et la démocratie en Europe ne vient « ni de la Russie, ni de la Chine, ni d’aucun autre acteur extérieur… Ce qui m’inquiète, c’est la menace qui vient de l’intérieur, le recul de l’Europe par rapport à certaines de ses valeurs les plus fondamentales… Il n’y a pas de sécurité si l’on a peur des voix, des opinions et de la conscience qui guident son propre peuple ».
Ni les media, ni les principaux leaders politiques européens sont en état de comprendre ces paroles lucides qui dénoncent les menaces intérieures, c’est-à-dire les dérives sociétales et les mœurs dissolues. Les citoyens qui sont conscients des menaces souhaitent une paix juste en Ukraine et refusent l’activisme guerrier d’un Macron qui joue avec le feu et n’a aucune vision géopolitique cohérente. Pense-t-il sérieusement que Poutine soit responsable du déclin accéléré de la France et qu’il présente la plus grande menace ? La plus grande menace, n’est-ce pas Macron lui-même ?
Une paix juste est une paix basée sur une entente cordiale avec la Russie qui représente un bastion encore solide face aux forces d’autodestruction de notre civilisation occidentale. L’Occident, qui fut longtemps un modèle, est devenu un contre-modèle. Il a besoin d’être revivifié par ceux qui ont encore conservé les valeurs fondamentales et traditionnelles sur lesquelles sont basées les civilisations. (Relire chronique n°1076 « Ukraine : fin de partie »).
« La Russie apparait comme le principal obstacle à la diffusion de l’idéologie woke au reste du monde… Elle ne pense pas, comme les soi-disant « progressistes » que la transgression de toutes les normes morales soit l’avenir du monde ». Ainsi s’exprime un ancien diplomate
La guerre en Ukraine va constituer pour l’Europe un tournant historique fondamental. Une paix rapide, avec la reconnaissance d’une certaine autonomie de la partie Est russophone de l’Ukraine et une indépendance de la partie Ouest, pro-occidentale, mais hors OTAN et débarrassée des militaires occidentaux ? Cette paix juste permettrait un rapprochement amical avec la Russie. Dans ce contexte, l’intervention du Président américain est bienvenue, il préfère le business pacifique et profitable à la guerre meurtrière et ruineuse !
Mais, c’est un discours auquel les européens, englués dans leur passé belliqueux, ne comprennent rien ! Dans le cas d’une poursuite des hostilités, due à l’entêtement des Européens, la situation peut devenir dramatique pour l’Ukraine qui pourrait être totalement envahie et demeurer durablement sous le joug Russe.
Le quarteron de chef d’États, réuni récemment à Kiev, apparait comme une alliance de boutefeux dangereux et irresponsables qui se permettent d’envoyer un ultimatum à la Russie. Outre qu’ils ridiculisent l’Europe, ils font tout pour envenimer le conflit et provoquer inutilement Poutine. Ces gens-là sont méprisables car ils ne cherchent pas la paix mais veulent continuer la guerre, au risque du pire … Ils sont sans pitié pour ceux qui meurent, qui sont estropiés, qui perdent leur foyer et vivent dans une peur constante.