2 – Nature ou Culture

Posted on août 21, 2010 par

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Il est parfois nécessaire d’aller faire un tour dans les coulisses pour apprécier la valeur d’un spectacle. Le talent de l’artiste ou du comédien consiste à nous donner l’illusion de la facilité. Nous avons assisté en famille au travail d’Alexis Gruss dans son manège situé dans le parc du château de Piolenc dans le Vaucluse, à une encablure d’Orange . Il est là chaque matin à reprendre le même exercice avec ses six étalons portugais qu’il dresse depuis trois ans pour un nouveau spectacle. Comme les humains les chevaux sont parfois rétifs, désobéissants, indisciplinés et le fouet n’est jamais loin. Il faut inlassablement répéter les mêmes ordres, avec douceur mais avec fermeté; il faut savoir encourager, féliciter et récompenser. C’est le maître au milieu de ses élèves….

Dans ces répétitions didactiques Alexis Gruss cherche à nous faire comprendre la différence fondamentale entre la Nature et la Culture. Entre ce qui appartient à l’instinct et ce qui appartient à l’apprentissage. La domestication est la première étape qui permet à l’animal de côtoyer l’homme en perdant ses peurs instinctives; le dressage consiste à modifier le comportement de l’animal et à lui faire acquérir un savoir faire qui l’éloigne de l’état de nature. On comprend ainsi tout ce que le dressage comporte de contraintes et d’effort contre-nature. On mesure à quel point le dressage est un nouveau conditionnement et ce qu’il contient d’artificiel, voire de mutilant et d’aliénant. On admire les performances des étalons d’Alexis Gruss lorsqu’ils se cabrent tous ensemble et se redressent en s’appuyant sur leurs pattes arrières, mais dans le même temps on ne peut s’empêcher d’avoir une certaine réticence.

On ne peut demander à un Percheron d’accomplir les performances d’un fougueux cheval Andalou et vis versa. Certains individus sont plus doués que d’autres. Il faut savoir choisir ses chevaux et repérer leurs aptitudes. Certains peuvent apprendre plus facilement que d’autres… Autrement dit le dressage doit tenir compte de la Nature. Mais à l’école, se préoccupe t-on des aptitudes individuelles ou cherche t-on à mettre en place une filière commune, valable pour tous, quels que soient les goûts et les capacités de chacun ?

Comment ne pas faire l’analogie aussi avec nos propres systèmes d’apprentissage ? Le sport de haut niveau ne demande t-il pas souvent un dressage inhumain et aliénant?. Jusqu’où peut-on « dresser » nos enfants? A un certain point le dressage éducatif aboutit à une perte de liberté et à une sorte de mutilation. Comme souvent tout n’est question que de mesure et d’harmonie: il n’y a pas d’apprentissage sans dressage car l’homme doit quitter l’état de Nature ce qui est parfois douloureux, la difficulté consiste à trouver le juste équilibre.

C’est pourquoi, tout leader politique sait bien que la main mise sur le système éducatif est le socle du leadership. Des citoyens bien formatés seront plus dociles et plus faciles à gouverner.

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