478 – PERTE DE SENS DE LA SOCIETE PORTUGAISE

Posted on novembre 4, 2013 par

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Analysons le mal-être de la société portugaise qui va sans doute au-delà de la crise économique aigüe qui sévit actuellement.

 

On pourrait penser que la propreté ne coûte pas plus cher aux pauvres qu’aux riches. On est donc étonné de constater ici si peu d’attention et de respect à l’environnement. Rien n’est correctement entretenu, ni les champs, ni les jardins, ni les routes, ni les maisons. Il en ressort comme une impression d’abandon. Malgré un certain désoeuvrement, on ne trouve pas ici beaucoup d’énergie dépensée à seulement maintenir en état ce qui existe. Tout se passe comme s’il était dans la nature des choses de se désagréger et d’aller vers la décrépitude.

 

Ce pays de mer et de lumière a été richement doté par la nature, mais semble se complaire dans la médiocrité et la laideur. Il exprime comme une sorte de déprime latente et un manque du courage nécessaire pour rendre hommage à la beauté. Les constructions pour touristes accentuent cette atmosphère de désolation. A part le soleil et la mer, il ne reste plus grand-chose ici pour élever l’âme. J’ai connu le Portugal plus pimpant et à l’humeur plus festive.

 

" Dix mille personnes quittent le Portugal tous les mois" (30 Octobre 2013)

 » Dix mille personnes quittent le Portugal tous les mois » (30 Octobre 2013)

 Même le journal quotidien concoure à la déprime ambiante. Le Diàrio de Noticias égraine chaque jour, en première page, les mauvaises nouvelles économiques, les coupes budgétaires, les baisses de salaires et les nouvelles exigences de la Troïka. La  double page intérieure, intitulée « Relax VIP » est encore plus affligeante, consacrée au sexe le plus vulgaire et le plus sordide : un foisonnement de petites annonces, accompagnées de photos, avec abondance de culs, de fesses, de seins et de « chattes » offertes à tous les fantasmes ! Rien pour redresser le moral et chasser la morosité…

 

Pas étonnant donc que les Portugais les plus dynamiques, et qui refusent la morosité ambiante, cherchent à partir. L’émigration actuelle est supérieure à ce qu’elle était du temps de la dictature de Salazar, lorsque les jeunes gens fuyaient les 4 ou 5 ans de service militaire et que les campagnes se vidaient de sa surpopulation. Signe des temps, le nombre de mariage  été divisé par deux entre 2000 Unknownet 2012. Il n’y a jamais eu moins de naissances, en baisse de 30% sur la même période. Dans cette société dépressive, les divorces sont à leur plus haut historique et le vieillissement de la population en forte progression. Il faudra une génération courageuse pour guérir de cette hémorragie démographique !

 

Il est dit que le diable se cache dans les détails. Je dirais autrement que « tout est symptôme ». Dans une société malade, la maladie transparait toujours dans chacune de ses composantes. Or, toutes les apparences tendent à montrer que la société portugaise est atteinte d’une maladie de langueur. Néanmoins, Il conviendrait de disposer de plus de temps pour rechercher quelles sont les causes de ces symptômes qui, peu ou prou, sont les mêmes que dans nombre de pays européens.

 

Il manque en effet un dynamisme, une énergie, un goût de faire et d’entreprendre, un élan mobilisateur, une raison d’être optimiste et de croire en l’avenir. Ce qu’il manque peut-être le plus, c’est le goût de la vie, l’amour de la vie et le plaisir de faire. Attendre demeure le maître mot et faire le dos rond, rester chez soi, dans sa tanière. Ce qui manque donc, c’est une motivation fondamentale, comme une foi en la vie.

 

images-3 Comment redonner une perspective et à nouveau apercevoir l’horizon ? Peut-être que les portugais, comme beaucoup d’européens, ont été des enfants gâtés qui ont cru que la vie était facile. Ils ont donc baissés les bras à la première difficulté et attendu de l’assistance des autres. Ils sont peut-être atteints de ce mal du siècle, reposant sur la croyance qu’il suffit de demander pour obtenir. Les sociétés en déclin ont, depuis toujours, été caractérisées par ce manque du goût de l’effort. Le travail devient une corvée et non pas une source d’épanouissement. Il faut parfois plusieurs générations pour, à nouveau, retrouver la joie de l’espérance…

 

Il va sans doute falloir, au Portugal comme ailleurs, remettre à sa place la société de consommation qui n’est qu’un moyen et non pas une fin en soi. Réapprendre la frugalité, l’efficacité, le goût du travail bien fait. Bref, la recette universelle des sociétés qui refusent le déclin et veulent progresser.